‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 285 sur 324 · Var. : Aussi fais-je. » Id · texte numérisé non relu

Var. : Aussi fais-je. » Id

3. Ici commence dans le ms. B. une version toute différente de celle des autres manuscrits. Elle contient le récit d'un autre fait d'armes que nous identifierons plus loin. Voici le texte de cette variante :

« Ainsi vindrent et chargèrent sur ceulx d'Ëscallon qui ne véoient que trois cens chevaulx et ne véoient point les trois cens hommes de pié, qui derrière eulx estoient. Si approucherent ; et, quant ilz furent au joindre, les dits trois cens hommes de pié descendirent et se mirent à pié et en bataille à la pente tirant vers la ville. Et, quant ceulx de la ville, qui estoient issus, veirent ce, si furent moult esbahis et dirent Tun à l'autre : « Gomment dea! il « n'y a homme à cheval. Certes, firent-ilz, nous doubtons bien € l'entreprinse. » Adoncq envoyèrent en la ville dire que tout saillist.

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vindrent et chargèrent sur ceulx d'Escallon, qui ne véoient que trois cens chevaulx et ne véoient point les

« Et ainsi approucherent soudainement le Jouvencel et sa compaignye sur ceulx de la ville avec le Gappitaine et aussi les gens de pié, tellement que ceulx de la ville se mirent en fuite devers la ville, là où ilz trouvèrent le sire de Roqueton et les deux cens hommes à pié, qui ou fumier estoient, qui bien les recueillirent et mirent juz la barrière et entrèrent avecques eulx pesle-mesle en la ville, tant que ledit sire de Roqueton fust maistre de la porte et tellement que le cappitaine de Grathor et le Jouvencel entrèrent pareillement et mirent par la ville leurs ennemys en fuyte. Et, pour ce qu'il y avoit une grosse rivière entre eulx, ceulx d'Escallon, au moins la pluspart, s'enfuirent et se sauvèrent. Et pour ce, par bien et saigement commencer et bien exécuter, fait tout venir à bonne fin. Et est par ce point finy et determyné l'efifect de ce présent chappitre. »

GHAPPITRE Vm.

Comment le Jouvencel et sa compaignie, etc.

« Après la bonne fortune et adventure envoyée au cappitaine de Grathor, au Jouvencel et au sire de Roqueton, de la conqueste ot prinse de la ville d'Escallon, laissèrent la garde de la place au dit seigneur de Roqueton et y mirent garnison et s'en retournèrent à Grathor.

« Et, eulx estans à Grathor, leur vint nouvelles que plusieurs seigneurs, leurs ennemys, estoient venus mettre le siège devant une ville de leur party nommée Sardine. Et leur avoient fait assavoir ceulx de Sardine qu'ilz leur envoyassent secours. La matière fut mise sur les rencz es présences des messaiges de Sardine, qui dirent qu'ilz ne se soussioient point de retourner en là ville* et y entrer à toutes heures pour deux ou trois hommes seullement.

« Adonc parla le cappitaine de Grathor et dist ainsi au Jouvencel, à Gervaise, au Mareschal et à Piètres : « Nos ennemys sont en c aguet sur eulx et n'est ja mestier que nous leur fassons assavoir « par messaiges nostre venue. Mais convient pour bien ouvrer

1. C'est-à-dire, qu^ils n'aaraient nul souci pour rentrer en viU6y qa'ils le feraient sans peine.

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trois cens hommes de pié, qui estoient derrière yceulx ; ne aussi point ne veoient le sire de Rocqueton et sa

A que nous-meêmes leur en portons les nouvelles. Car à gens, qui A tiennent siège, ne leur doit point faire assavoir, synon au cornc batre et à la chasse et promptement. Puisque ainsi est que ces c messaigesbien entreront dans la ville, il fault faire de deux choses f l'une. Jouvencel, vous aurez la charge de aller lever le siège avec « le Mareschal, Piètres et Gervaise Nardereau, et autres deux cens c lances et trois cens archiers. Ce sera assez avec l'ayde que vous « pourrès avoir de la ville par le moyen que je vous diray. Vous, A messagiers, dires au cappitaine de Sardine qu'il face tenir prests « et en armes niic hommes de pié et que, samady la nuyt dont A il est mardy^, nostre gent sera près de Tost et du siège, et A trouveront moyen de faire passer deux hommes à nage la rivière < au dehors de la ville de l'autre costé ; lesquelz deux hommes, A en cest autre costé où le siège ne sera point, metteront le feu i en une maison. Et, quant cellui feu sera esprins, ceulx de Sar- « dine pourront ouvrir la porte de deçà et issir quatre cens hommes A de pié, qui vendront de front sur le siège sans gueres de bruyt. A Et le Jouvencel, monseigneur le Mareschal, Gervaise et tous A nos gens et leur traict arriveront dessus le dit siège. Et ainsi € sera le dit siège prins des deux costez et de nuyt ; par quoy A ceulx du siège ne sçauront où courir, ou devers la ville, ou devers « les champs, et n'est pas possible que par ce point le siège ne A soit levé; et si gardez bien que aiez quelque cincquante A hommes bouteffeux que incontinent qu'ilz verront rassemblée, A qu'ilz mettent en feu toutes tentes et pa veillons et les loges; A car cela espovantera fort l'ost et est l'une des maistrisses à « prendre et lever ung siège et de nuyt, et si hardy homme A de soy abuser au villaige [sic]. »

« Cest accord et advertissement fut bien entendu par le Jouvencel, le Mareschal et les autres, qui à tout se accordèrent et promirent ainsi le faire, tellement qu'il ne restoit que le partir.

« Quant vint le vendredy après midy, le Jouvencel, le MareschaJ, Piètres et Gervaise se mirent en la voye et prindrent deux cens hommes d'armes et trois cens archiers avecques autres gens de guerre, et laissèrent Grathor en la garde du Cappitaine. Et tant

1. Cette phrase veut dire probablement : la huit du samedi de la semaine dont nous sommes au mardi.

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compaignîe, qui estoieDt ou fumier. Pourquoy ilz furent fiers et se retirèrent ensemble, pas pour pas, jucques à

cheyaucherçnt que celle nuyt de samedy environ mynuyt se trouyerent à nng traict d'arc du siège, et prindrent environ à ung quart de lieue le guet du siège et l'emmenèrent avec eulx, qui leur fat ung grant cas. Puis firent passer deux hommes noeurs * la rivière, qui estoient grosse et parfonde, non pas large ; et allèrent mettre le feu à deux maisons du costé de la ville. Et ainsi le cappitaine de Sardine, qui estoit en armes, et quatre cens hommes vindrent saillir par leur porte sur ledit siège. Et le Jouvencel et deux cens hommes d'armes avec trois cens archiers se mirent dedens le dit siège avec leurs ennemys pesle-mesle. Et le Mareschal d^moura à ung guet atout soixante hommes. Et ainsi ceulx qui estoient ordonnez de hrusler les logiz, tentes et paveillons, incontinent firent leur devoir. Et là eussiês vu heau hutin, telle-» ment que, en pou d'heures, l'en eust veu ensemble de ceulx du siège pas cent hommes ensemble qu'ilz ne fussent les ungs mors et les autres en fuyte. Et ainsi, par ceste bonne conduite et à peu de gens, levèrent le siège de leurs ennemis, qui estoient plus de six mille hommes. Et alla le Jouvencel, le Mareschal, Piètres et toute la compaignie eulx ra£freschir au dit lieu de Sardine, où le cappitaine du lieu et ceulx de la ville leur firent grant chière; et furent honnourablement receuilliz. Et pour ce disoit bien le Gappitaine que, à lever sièges et faire destrousses, ne fault point envoyer le faire sçavoir; mais fault soy-meismes porter le messaige à ses ennemys, et promptement, et non pas par coureurs ne autrement. Aussi est-il une autre manière de coureurs, etc... » comme dans les autres manuscrits. (Voir la suite p. 149.)

Ce récit du ms. B. est celui d'une aventure tout à fait diffê«* rente de celle racontée dans les autres manuscrits. Il a trop d'analogie avec la narration de la levée du siège de Montai^s en 1427 dans Monstrelet (ch. xli) pour que Jean deBueil n'ait pas voulu peindre ce fait d'armes. (Voir Commentaire, VII.) Sardine signifierait donc ici Montargis.

Le ms. E. pt l'édition de Vérard ne donnent pour ce long passage que la leçon suivante, bien courte comparativement aux deux autres :

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