Var. « craindre. » B
156 LE JOUYENGEL.
€ Et, se VOUS voullés dire : se nous trouvons € gens de moins de nombre que nous, qui aient « leur retraitte près, parquoy les peussons perdre, c et soient en bataille à pié^ les laisserons -nous € pour faulte de marchier contr'eulx et de les aler € combatre ? Nennyl , vous ne les laisserés pas ; € mais aussi ne marcherés vous pas contre eulx. Et « vecy que vous ferez : vous viendrez mettre une « turbe de gens d'armes à cheval viz-à-viz de leurs < enseignes, et non pas si près que le traict les puisse c batre, et une esle sur le costé où ilz seront les plus « forts ; et de l'autre costé, où vous verres qu'ilz seront c les plus foibles et le plus à vostre advantaige pour « les assaillir, vous ferés marchier le surplus de vostre c puissance à pié par ce bout là, qui assembleront et € combatront avec eulx; et tendrez ferme la bataille, c qui sera devant les enseignes et la puissance des c ennemys, et semblablement l'esle, sans assembler « avec eulx. S' ilz marchent pour aller courir sus à vos c gens qui combatent, en cellui cas, quant vous les « verres bransler, vous devez marchier, et vostre esle « pareillement, à grant dilligence et assembler à vos € ennemis.
« Et vous dy qu'il est de neccessité que en toutes « les trois parties il y ait bons chiefz et hardis et « qu'ils sachent bien congnoistre l'heure de marc chier. Car c'est une chose là où il ne fault pas dissi- <r muler, quant l'heure est venue. Et pour ce je vous « dy que tous les gens de bien ne doivent pas estre « en l'une des batailles seuUement; mais doivent estre « partis en toutes trois. Car, se l'une des batailles « failloit à faire son devoir, ce seroit pour tout perdre.
LE JOUVENGEL. 157
c Et dy que, quant vous ferez vos ordonuances pour c ocmibatre, ne les faittes pas si près de vos pnn^mk c qu'ilz vous puissent assaillir en donnaut ordre à voi c batailles. Et dy encores plus que une compaignie, c grande ou petite, ne doit point approuchier de ses c ennemys, se n'est à l'heure qu'ilz doivent combatre. c Et aussi je dy, par les raisons devant dictes, que c vous combatrés ces gens icy sans marchier front à c front droit à eulx ; et en despit d'eulx il faut qu'ilz c marchent ou qu'ilz se laissent tuer Tun après € l'autre ; et que vous devez amener vos trois batailles € tout d'un costé * et vous présenter devant vos enne-
< !his faignant de joindre de tous costés à l'heure que
< vos'gens vont combattre la plus foible partie. Mais c la bataille ne l'esle pour riens ne doit assembler tant € qu'ilz voient marcher l'autre bataille des ennemys, € ainsi comme devant ay dit; et par ce moyen vous « les ferés marchier et ne marcherez point contre c eulx.
€ Et c'est quant à combattre gens de pié. Et, en € quelque manière que vous combatés gens de pié, gar-
< dez que vous les amusés tousjours par ung bout et « par le lieu où ilz seront tousjours les plus fors, et c les assailles par là où ilz seront les plus foibles et € leur laissiés le derrière ouvert pour eulx enfouyr. « Car il y en aura tousjours de couars qui s'en iront et « espovanteront les hardis ; et pour eulx enfouyr ilz ne « seront pas sauvés ; mais chacun n'a pas cest enten- « dément.
€ Or, avons parlé de ceulx de pié, reste aux
i. Var. ; a quartier. » G. — t traict. • A.
1S8 LE JOUYENOEL.
c maistres de dire par dessus ce qu'ilz verront bon c estre à faire ; et parlons ung peu de ceulx de dieval € comment ilz se doivent conduire^. »
CHAPPITRE X.
De pluseurs bonnes praticques de guerre pour combatre ses ennemis estans en bataille à cheval^ en passaiges estroits et ailleurs.
c Quant à ceulx de cheval, en quelque manière € qu'ilz treuvent leurs ennemis à cheval, ilz les doivent € assaillir furieusement et doivent tousjours avoir une
< bataille ferme selon la puissance qu'ilz seront et à
< qui ilz auront à faire. S'ilz sont puissance contre <r puissance et ilz soient en pays qu'ilz s'entrepuissent « veoir, ilz doivent avoir leur bataille bonne et puis- « santé et deux esles des deux costés ; ou front, devant « les enseignes, une bataille petite, sans les escarmou- € cheurs, qui doivent estre devant; derrière, une « arrière-garde qui doit tenir ferme et ne doit bougier c ne se mouvoir pour riens, sinon pour aller au secours « de ceulx qui en ont besoing. Et doit tout le jour « soy tenir ferme sans soy départir, et tousjours « doivent à leur povoir assaillir ceulx de cheval leurs « ennemis et donner au gros de la bataille le premier « et aux esles, puis venir aux enseignes, et finablement
i . Var. : « Or avons parlé de ceulx de pié, sous la correction des maisfres qui y adjousteront ou diminueront, ainsi qu'ilz verront qu'il sera bon de faire. Et parlerons de ceulx de cheval. • Éd. Vérard et Lenoir.
faire tout le contraire de oeulx de pié. La bataille doit fietire l'exploit après la petite bataille, qui est devant et les escarmoucheurs. L'arrière-garde dmt estre puissante et tenir ferme, adfin que diacuu se recueille, touteffois s'ilz n'avoient à besongner par derrière ; ou quel cas, la bataille les devroit recueillir et tenir ferme et faire l'office d'arrière-garde, comme dessus est dit. Et pour ce dy je que l'arrièregarde soit puissante. Les esles sont pour donner^ sur les costez et pour chargier là où ilz verront que bon seroit. Le gouvernement des ennemis aprent beaucoup en ceste matière. Hais toute£Fois est-il neccessité qu'en une bataille à cheval, là où il y a puissance, il y ait des descouvreurs ^ de païs et des escarmoucheurs par ordonnance non pas à voullenté, une bataille petite que on appelle avant-garde après les escarmoucheurs, et les deux esles des deux costez, la grosse bataille après, et puis l'arrièregarde, et après l'arrière-garde aucun nombre de gens assez suffisans pour soustenir aucuns coureurs, s'ilz venoient par derrière pour faire crier alarme, et pour garder que bruyt ne viengne en vostre bataille. Vous devés tenir vos gens serrez en toutes vos batailles tant que l'un ne passe l'autre fors ceulx qui y sont ordonnés. Vous devés garder que nul ne soit soubz autre enseigne que sous la sienne. Et devez faire crier que chacun soit soubz son enseigne. Et sert cecy aussy bien pour gens de pié que pour gens de cheval. Les gens en combatent mieulx et en
i. Var. : « aider. » Éd. Lenoir.