CHAPITRE IV
Sommaire. — Rodrigue de Villandrando, poussé par La Trémoille, envahit l'Anjou (sept. 1432). Jean de Bueil lui est opposé. Détrousse des Ponts-de-Cé. — Retraite de Rodrigue en Touraine. Ses exactions (oct.-nov.). — Louis de Bueil épouse Anne de Tucé. — Rôle du favori La Trémoille. L'invasion de TAnjou cause sa chute. — Coup de main de Ghinon (juin 1433) exécuté par Bueil à la demande de Charles d'Anjou. — Entrée aux affaires de ce dernier. — Son ingratitude envers Bueil et Chaumont (1433-1435).
Les gens d'armes étant tenus de pourvoir à leur nourriture sur une solde habituellement en retard \ ces pauvres hères n'étaient pas toujours responsables des désordres qu'ils causaient dans le royaume. Mais les chefs de bandes érigeaient volontiers en système ces déprédations que la faim excusait parfois. Les routiers, comme on les nommait alors, s'imposaient aux plus puissants par la fîrayeur qu'inspirait la force armée permanente, dans un temps où le Roi n'en possédait point encore. Soldats de profession, ils gardaient sur la plupart des milices féodales une incontestable supériorité.
Le premier de ces routiers était alors Rodrigue de VillandrandOy comte de Ribadeo^, Castillan de bonne famille^ mais pauvre'. La guerre et Tanarchie attiraient alors en France des
1. V., Reg, des Délibérations de Tours, fin da t. V, au l**" juin 1435, et plus bas (à cette date), l'opinion de Bueil. — Gruel {Mém. de Richemont, p. 375) raconte que, dans Thiver de 1443, des troupes de gens d'armes mouraient littéralement de £dm dans le Midi avec leurs chevaux. — V. aussi Quicherat, Rodrigue de VUlandrando,
2. Ghartier, cIl cxxvni. — ViUa-Andrando, entre Burgos et Valladolid (Yieilie-CastiUe), ne doit pas être confondu avec Villandraut en Guyenne. — Rodrigue, p. 4 et s.
3. Jbid. — D eut pour grand'mère une Française, Thérèse Lebesgoe de Villaijies (près Pontoise), sœur de Pierre de Villaines, qui serrit
aventuriers de tous pays^ Rodrigue fit comme tant d'aut et passa les Pyrénées pour chercher fortune ^.
La Gastille s'étant prononcée pour le Dauphin, il se rai du côté de ce dernier et le servit fidèlement. Car, s'il éprou peu de scrupules à Pégard du bien d'autrui, il avait des i( très arrêtées en matière d'honneur. Allié aux Bourbons', rentré en possession du comté de Ribadeo^, il sut se mena de puissants protecteurs et devint peu à peu le chef d'une pe armée de mercenaires. Aussi, après une campagne contre Anglo-Bourguignons, pouvait-il impunément prendre ses qu tiers d'hiver dans le Midi, pour mettre en coupe réglée quel< riche province. Mais, partout et toujours, la discipline la p rigoureuse ne cessait de régner dans son camp. Le premier semble avoir compris Timportance du problème des appro sionnements devenu capital aujourd'hui'. Il se distingi encore par la rapidité de l'exécution, et^ Timagination po{ laire aidant, il avait acquis la réputation légendaire d'être pi sent partout à la fois^. Tel était Thomme que nous allons v entrer en lutte avec notre Jouvencel.
sous du Guesclin en Espagne et fut comte de Ribadeo en Gai (V. Jouvencel, note, p. 40 et 41). Thérèse avait épousé Garcia Gutieri de Villandrando. Ils eurent deux fils, dont l'un, Pedro, seigneur de Ba biella, mourut jeune (1400), veuf de sa femme Aldonça de Gorral, laissant plusieurs fils. L'aîné était Rodrigue, qui, né vers 1388, sera d'après Quicherat, mort en 1457 ou 1458. Mais un érudit espagn M. Fabié, a prouvé dans un travail récent {Don Rodrigue de V,, con de Ribadeo, Madrid, 1882) que sa mort date d'avril 1448. — V., Bibl. VÉc. des ch,y 1884, p. 372, l'article de M. Morel-Fatio.
1 . Leurs prédécesseurs du xiv' s. appelaient déjà la France le Parac des gens d'armes.
% Avant 1418.
3. Un de ses principaux protecteurs était Charles, comte de Clermoi fils aîn^ du duc de Bourbon. Plus tard (contrat du 24 mai 1433), Rodrigi épousa la fille naturelle de ce dernier, Marguerite. — Rodrigue, p. i et s., pièce XXIV et passim.
4. Son grand-oncle, Pierre de Villaines, avait vendu ce comté poi acheter le royaume d'Yvetot (2 mai 1401); mais le roi de Castill Juan II, rendit le comté à Rodrigue, en 1431. — Ibid,, p. 6, 69 et s.