Le roy Amydas {Jouvencel
1435] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. Izh
capitale, Alençon^ où commandait Falstaff, alors gouverneuf de cette ville et lieutenant dans TAnyou et le Maine pour le roi d'Angleterre^. Falstaff sortit avec ses hommes pour escarmoucher contre les Français. Durant le combat, il lui prit tout à coup fkntaisie d'avoir une entrevue avec son adversaire Buûl : a Je verroye voullentiers le Jouvencel , dit-il à son éeuyer, a de quoy il est tant de nouvelles, et qui, en son jeune aige, a « tant fait de belles choses^. » L^écuyer, qui avait été récemment le prisonnier du Jouvencel, avait encore en mains un saufconduit de ce dernier^. Fixant à sa coififiire un papillon de papier^, il pique des deux au travers des combattants et rejoint
2. Tringant. — • V. Didot, Nouv. Biogr, générale, t. XVII, l'article de Vallet de Viriv. — Rerum Briiannic. med, xvi scriptores; Letters and papers illitstrative of the wars vf ihe English in France, par Stevenson, Londres, 1864; 2' part, da vol. II, à la Table, et particulièrement p. 544, où Ton voit qa'en 1434, Falstaff, lieutenant pour le Régent, commandait, à Alençon, vingt-six lances à cheval, quatorze lances à pied et cent vingt archers. — Dans le Jouvencel, FalstafT, qualifié de lieutenant du duc d'Ath (Bedford), est appelé c messire Jehan Helphy, noble chevalier et saige et riche d'argent content. » Sir John Falstaff ou Falstolf, baron de Guilliguillam (Sillé-le-6uillaume) , né vers 1377, et mort le 15 oct. 1459, vint en France vers 1410 et prit part à la plupart des faits de guerre qui suivirent. Il fut grand maître d'hôlel de Bedford, grand sénéchal, lieutenant aux bailliages de Rouen, Evreux, Alençon et Caen, lieutenant pour Alençon. En 1440, il se retira dans ses foyers et consacra ses richesses à protéger les arts et les lettres. Il fit bâtir par un prisonnier français son château de Caistre-Castle. — Cet honorable chevalier, personnage très historique, n'a d'autre rapport que le nom avec le Falstaff de Shakespeare, type comique créé de toutes pièces par le génie du poète. En effet, ce dernier, qui avait d'abord donné à son personnage le nom à'Oldcastle, le changea sur les réclamations de la famille de ce nom.
3. y. dans Qulcherat, Rodrigue, p. 153, l'entrevue de Huntingdon et de Rodrigue, en Guyenne (1438). L'auteur observe que c'était une coutume anglaise de boire, avec son ennemi, avant la bataille. Pareille proposition fut faite par Bedford à Douglas avant la bataille de Yerneuil, et apportée par un héraut.
4. Cet écuyer représentait peut-être, dans la pensée de l'auteur du Jouvencel, Mathieu Gough, qui, ayant été pris par Bueil à l'affaire de Vivoin (V. plus haut), devait être repris la même année (en septembre ou octol>re 1435. Y. plus bas), et que nous trouvons gouverneur du Mans en septembre 1436. Ceci est d'autant plus vraisemblable que l'écuyer s'appelait Guillaume, et que Gough figure dans le Jouvencel sous le nom de Guillaume Boucqueton.
5. « El estoit l'enseigne que les prisonniers et gens à sauf-conduit portoient pour le temps. » Jouv., l, c.
lu INTRODUCTION BIOGRAraïQUB. It494
le capitaine amemi. Reçu de la ftiçon la plus amicale, il loi prq)ose de se rendre auprès de Falstaff, lui garantissant la sûreté de sa personne , sur son honneur et sur celai de son maître. Le Jouvencel accepte aussitôt, non sans avoir pria le temps de se fleure soutenir, de loin, par un petit détachement composé d'hommes sûrs.
Mais, au moment où il atteint Falstaff, à Tautre liout du champ, les Français exécutent une charge, en poussant de grands cris, et refoulent les Anglais efHrayés jusque dans la place. Non loin de là, Tescorte du Jouvencel, qui s'est approchée, se tient immobile, en belle ordonnance. FalstafT, qui avait pensé recevoir Bueil au milieu des siens, se trouve ainsi tout à coup, seul avec son écuyer, au milieu des Français. Bueil avait la foi de Falstaff, mais il ne lui avait point donné la sienne. Strictement, le capitaine anglais pouvait donc être fait prisonnier. Aussi, dès les premiers mots, sentant la fausseté de sa situation : « Je me Qe à vostre visaige^, » dit-il. Et il ajoute : « Cette petite « bataille que je voy là est-elle à vous ? » Puis, sur la réponse affirmative de Bueil : « M'asseurez-vous que je les puisse aller « veoir? » Bueil fait alors très malicieusement sentir à Falstaff qu'il a fort bien saisi l'avantage de sa propre situation et que, si Falstaff a assuré la personne du Jouvencel, lui, le Jouvencel, n'a point assuré celle de Falstaff. Le pauvre gouverneur se borne alors à faire appel aux bons sentiments de son interlocuteur. Mettant fin à la torture de son adversaire, le Jouvencel consent à l'assurer et à lui permettre d'aller inspecter la petite bataille, tandis qu'il ira lui-même rendre visite aux Anglais dans la ville d'Alençon. Il est bientôt rejoint par Falstaff, qui fait abattre les ponts-levis pour introduire les amis du Jouvencel. « Et là, beurent et repeurent à leur plaisir et aise. »
A son retour auprès de ses hommes, le Jouvencel est fortement blâmé de sa générosité par les uns. Les autres, au con-
1. Bueil, en abordant Falstaif, avait, sans doute, par courtoisie, relevé la visière de son casque.
1435J INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. h
traire, louent sa délicatesse. Tel est Tavis du roi Amydas S tel est aussi Tavis de Fauteur, qui prend un plaisir évident . récit de cette piquante aventure.
Quelle que fût leur diligence, les Français arrivaient trop ta pour soutenir les paysans normands ^. Us entreprirent, cepei dant, le siège d' Avranches ^ ; mais la rigueur de Thiver et Tabsen des secours promis par le Roi les décidèrent bientôt à regagn le Maine, avec une partie des révoltés. Toutefois, le plus grai nombre de ces derniers préféra faire sa soumission. Ils errère longtemps dans les bois et la neige, en proie à la misère. A fin, Iqs Anglais en eurent pitié et leur accordèrent des lettr d'abolition^.
Le 2\ mai U35, Bueil était cité par le parlement à comp raître à Tours', pour justifier de ses prétentions dans un liU{ pendant entre lui et le chapitre, à propos des péages établ sur les ponts ^. Jean V avait encore à régler, avec la ville, d< questions concernant la maison d'Anjou.
Il s'agissait tout d'abord de la garnison de Cbâteau-du-Loir Bueil, lieutenant de Charles d'Anjou, y avait installé, pour 1 compte de ses princes, le bâtard de Beaumanoir. Or, ce demie s'était récemment vu expulser de la place, sur la demande d la ville de Tours et par ordre du Roi, pour avoir pillé plus qu