C'est-à-dire en aval, sur le cours de la Loire
1435] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. boiq
chargé Bueil de mettre en défense une ville frontière * et priait Tours de bien vouloir Taider en hommes et en matériel. Les habitants montrant peu d'empressement à répondre, de leurs personnes, à cette invitation, la ville décida de consacrer une somme de cinquante livres tournois à l'achat d'un matériel de guerre, peu après expédié, par eau, à Angers, pour Tusage de Bueil 2. Quelle était la place inconnue que ce dernier était chargé si précipitamment de mettre en défense^? Nous l'ignorons; mais il s'agissait sans doute de quelque localité rapprochée de la Loire et menacée par Tinvasion subite d'un ennemi venu du Maine ^.
En efifet, si les Français gagnaient du terrain au nord, les Anglais étaient loin de rester inactifs au sud. C'est ainsi qu'au mois de septembre 4436, la ville de Tours en était réduite à craindre une incursion de Mathieu Gough et de la garnison du Mans'. Grâce aux places qu'ils avaient dans cette région, les ennemis pouvaient fort bien se présenter, sur la Loire, au même moment où les Angevins faisaient campagne en Normandie ou
1. Le texte dit : c une place sur les marches des A ... s. • Le dernier mot est illisible. II faut, sans doute, suppléer Angloys.
2. Reg. des Comptes de Tours^ XXVI, fol. 47. «... à Etienne Boucbart, « 43 livres pour 9 grosses coulyrines, garnies chacune d'un mdule et c d'une douzaine de plomroées, six livres de pouldre de canon et une (( grosse arbaleste d'if... données et envoyées par les bourgeois et habic tants de la ...ville, à monseigneur de Bueil, pour les causes, contenues c es lettres dudit consentement. » Le mandement des élus est du 31 juillet 1435. — L'on remarquera que^ les projectiles étant en plomb, ces couleuvrines n'étaient pas destinées à servir contre des retranchements.
3. Peut-être était-ce Sablé. Le fleuve était alorè le chemin le plus direct pour y transporter de Tours un matériel pesant. Cependant, Sablé, place importante, devait être, en tout temps, en état de défense.
4. Cette invasion ne pouvait guère venir de Normandie, les Anglais ayant été fort occupés, au commencement de l'année, dans cette province, par les révoltes et les incursions, auxquelles avait succédé alors le siège de Saint-Denis.
5. Reg. des Comptes de Tours, XXVI, fol. 112 V. La ville envoie jusque près du Mans la femme Bouchart (même nom que celui du fournisseur de couleuvrines), pour aller aux renseignements. L'emploi d'espions du sexe féminin était alors très fréquent et il en est souvent fait menUon dans ces registres ainsi que dans le JouvenceL
INTRODUCTION BIOGBAPHIQCJI. [1435
aux ^Tirons de Paris ^ Pendant que Bmil étdt i Toun, Saint- Denis avait été surpris par les Français*. Les Anglais revinrent bientôt en force pour l^assiéger, aidés d*an grand nombre de Bourguignons qui combattaient pour la dernière fois à leurs o&tés '. D'autre part, le bâtard d'Ortéans avec le sire de Lohéae, Bueil, Loré et les gens de FOuest formaient, en septembre 4435, une armée de secours, au Pont-de-lfaulan qni venait d'être enlevé à Tennemi '*. ^
Tandis qu'on cherchait ainsi à débloquer Saint -Denis très menacé, un poursuivant anglais, envoyé par sir Thomas Kiriel et Mathieu Gough, vint annoncer aux Français que ses maîtres se trouvaient à Étrépagny', avec huit cents hommes, et qu'ils comptaient pousser plus loin pour renforcer l'armée assiégeante. Mathieu Gough ne pouvait oublier que Bueil l'avait battu et pris à Beaumont, peu d'années auparavant, lorsqu'il croyait dégà tenir la victoire^. Il ne devait pas être plus heureux cette fbîs. Loré et Bueil, auxquels ce défi était particulièrement adressé, montèrent à cheval avec leurs compagnies ^, marchèrent à la rencontre des ennemis et les défirent complètement. Mathieu Gough^ démonté et errant à pied dans les champs, fut fait pri-
t. Ces faits caractérisent bien une situation militaire très complexe et dénuée de ces grandes lignes qui servent de guide à l'historien.
2. Le 1" juin 1435. — CharUer, ch. 101. — Monstrelet, V, ch. glziy. — Tringant, XXV. — Gruel, p. 305 et ss.
3. Les négociations se poursuiyaient alors activement, à Nevers, d'abord, au commencement de l'année 1435, puis à Arras, dès le mois de juUlet.
4. Chartier. — Il est impossible, ainsi que le prétend Vallet de Vir. (II, 346), que Saint-Denis se soit rendu aux Anglais le même jour où Meulan était pris (24 sept.). En effet, l'armée de Meulan avait été précisément réunie pour sauver Saint-Denis. — Meulan, sur la Seine, à dix lieues au N.-O. de Paris, était un point très important pour le ravitaillement de la capitale.
5. Eure. — Chartier dit Gisors, qui est un peu plus à TE., et Berry dit Pontoise. Du reste, ces trois localités se trouvent sur la route de Rouen à Saint-Denis, route que suivait sans doute le détachement anglais.
6. Tringant, l. c, et plus haut, fin du ch. m, à Saint-Célerin.
7. Tringant, XXV. — Bueil avait amené à l'armée cent vingt lances. — Berry (éd. Godefroy, p. 391) raconte le combat un peu difiéremment. Suivant lui, Bueil et Loré se seraient placés en embuscade, à la nuit.
1436] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. ÎMXS
sonnier pour la seconde fois ^ Malgré oe brillant épisode, le but pour lequel Tarmée s'était rassemblée ne put être atteint. Les Anglais, en effet, s^étaient entourés de lignes de circonvallation. En outre, ils avaient inondé les environs de Saint-Denis et se gardaient bien de sortir de leur camp. La place, qui manquait de vivres, dut se rendre ^ et eut ses fortifications rasées ^.
La perte de Saint-Denis n'avait pas empêché les Français de prendre Pontoise au mois de janvier 4436 et le château de Vincennesen février^. Gomme, d'ailleurs, ils tenaient Melun sur la Seine ^ et Lagny sur la Marne, Paris se trouvait à peu près bloqué, et, grâce à de nombreuses intelligences, le parti national s'attendait à y rentrer prochainement^. Durant cette campagne d'hiver, Bueil était à Poitiers avec le Roi, alors occupé à préparer la chute de la capitale. Le 3 mars, Charles signait les lettres d'abolition attendues par cette ville ^. Le 8, il nommait le connétable lieutenant général dans tous les pays exposés à la
1. Plusieurs sujets français, faits prisonniers, furent mis à mort.
2. En septembre, ou plutôt octobre 1435. Elle ayait été défendue par le maréchal de Rieu.
3. Le voisinage de cette place forte était, en effet, un danger pour Paris. Il était bien tentant, pour les Français, de s'y établir. — A ia fin de l'année, un soulèvement analogue à celui de ia Basse- Normandie éclata dans le pays de Caux et mit, en six semaines (déc. i435-févr. 1436), aux mains des Français toute cette région, sauf Caudebec. Mais, au bout de la campagne (même année), Français et Anglais le ravageant à qui mieux mieux, ce pays si ridle se trouva ruiné et désert. Les Français, désunis et battus, durent Tévacuer. La population fit de même. — Y., Basin, i. III, ch. IV et V, les malheurs des Cauchois, dont deux cent mille périrent.