Dép, de Benoist
1445] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. dvdli
été dirigé, sans succès, contre le ministre ^ « Auquel temps, dit « cet auteur, aucuns grans seigneurs furent congédiez de la court « du Roy, par le moyen d'aucunes tribulacions qui se esmeurent c layens. Et leur fût dit, par la bouche du Roy meisme, qu*ilz « ne tournassent jusques à tant qu'on les manderoit. » Si nous en croyons un passage de Guillaume Gruel, cet édat aurait été provoqué par les soupçons non justifiés de Brézé. <c Puis, dit-il, il y eut un grand brouillis que le sénéchal de c Poitou mit sus, parce quMl se doutoit que le roy de Sicile, le a connétable, les seigneurs du Maine et de Saint-Paul estoient a alliez ensemble et faisoient une Praguerie^ ce qui fût mal a trouvé; car ils n'y pensoient point ^. »
Bien que le Dauphin ne soit point nommé, ni lui ni ses conseillers ne devaient être étrangers à cette affaire. En ce qui concerne Bueil, d'après Benoist, il conspirait déjà en 4445, lorsqu'il entra dans la maison du Dauphin^. Ce qui est certain, c'est que, dès l'été de 4446, Jean V était en pleine disgrâce et avait, en apparence du moins, perdu son ascendant
1. Escouchy-Beaucourt, I, 68. — Marguerite d'Ecosse mourut à Ghâ- Ions, le 16 août 1445. La cour quitta cette ville aussitôt après (dès le 18 août), pour se diriger vers la Touraine (Vallet de Vir., III, 89 et s.). G^est à ce moment qu'Escouchy place ce fait Pas plus que Gruel, cet auleur ne mentionne la conspiration et la disgrâce du Dauphin en 1446.
2. Gruel, Mém, de Richemont, p. 380. — Cet auteur place cet événement après le mariage du connétable avec Catherine de Luxembourg (juillet 1445) et avant le départ du Roi, de Nancy, pour Ghâlons. Or, le Roi était le 7 mai à Gomraercy (Escouchy-Beaucourt, I, 42) et dès le 3 juin à Sarry-lez-Ghâlons. Gruel fait donc une confusion évidente. Au lieu de l'arrivée du Roi à Ghâlons, Gruel a sans doute voulu parler de son départ de cette localité, ce qui mettrait ce texte d^accord avec celui d'Escouchy et permettrait de fixer pour la date de cette cabale la deuxième partie de l'été de 1445, à partir du milieu d^août
3. Dép. de Benoist, 6. — Geci se passait après l'expédition d'Allemagne. En effet, pendant celte dernière campagne, Bueil n^est mentionné que comme lieutenant du prince et non comme faisant partie de sa maison. En tous cas, la conversation de Bueil avec Benoist, où ce fait est mentionné, est antérieure au voyage de Benoist en Dauphiné (l'** moitié de 1446). ^ Vers la fin de 1445, Louis de Bueil et Châtillon sont envoyés à Nantes par le Dauphin. Le duc de Bretagne leur fait remettre 116 livres, c pour leur deffroy. > Morice, Mém. pour Vhist. de Bretagne, II, col. 1894. — Dom Lobinean, II, 1111.
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sur rhéritier du trôoe^ En réalité, cependant, il reatail d'aeoord avec œ prince.
Quant à ce dernier, durant les premiers mois de i 446, il paraissait être au mieux ayec Brézé; car il poursuirait alors, par son entremise, la conclusion d'un arrangement très avantageux avec le duc de Savoie, à propos du Faucigny et des comtés de Valentinois et de Diois^. Mais, aussitôt la ratification royale obtenue, Louis changea de tactique et commença ouvertement à conspirer, pour s^emparer du pouvoir. D'après la déposition d'Antoine de Ghabannes, comte de Dammartin^, ce ftit, en effet, vers le mois d^avril 4446 que le Dauphin entreprit la nouvelle campagne qui devait le brouiller définitivement avec son père.
1. Dëp. de Benoistj 1 et 4. Ea jaillet, au plus tard. — ^Bueil n'est pas présent à Ghinon, lors de l'hommage prêté par Pierre de Bretagne (14 mars 1446). — Art de vérifier. — Cependant on trouvera un peu plus bas (p. cxliv) la preuTe que^ dès le dernier trimestre de 1446, Bueil commandait à un certain nombre de gens d^armes au service du Roi^ et touchait même, semble-t-il, sa pension.
2. y. Guichenon, Histoire généalogique de la maison de Savoy e, W, Preuves f le texte du traité contresigné par Beuil. — Par ce traité, le Dauphin abandonnait au duc de Savoie l'hommage de la baronnie de Faucigny, jadis cédée par le roi Jean au comte Amé. En échange, le duc abandonnait toutes prétentions sur les comtés de Valentinois et de Diois. En outre, il s'engageait à payer au Dauphin 54,000 écus d'or, et à le tenir quitte de 3,000 que ce dernier lui devait. Pour avoir la ratification du Roi et gagner Brézé, le Dauphin obtint du duc qu'il donnerait au sénéchal le comté de Maulévrier en Normandie, fief remis en 1354 au comte de Savoie, lors de la cession du Dauphiné par Humbert. Les négociations durèrent jusqu^au 3 avril 1446 et le traité fut ratifié dans le courant du même mois par Charles VU. Dans le mois de janvier de la même année, le Dauphin avait fait transporter à Ghinon, pour en faire don à Brézé, 25 queues de vin du Rhin, rapportées d^Allemagne. — Lettres de Louis XI, I, 196 et 204. — Vallet de Viriv., III, 107. — Dép, de Benoist, 7. — Outre le traité mentionné ci-dessus, le Dauphin méditait encore, avec le duc de Savoie, un projet de partage du Milanais (février 1446). V. Bibl. de l'Ecole des chartes, XLIV, en 1883, le texte du traité publié par M. de Mandrot.
3. Ecuyer, âgé de trente - quatre ans environ. — Bibl. nat. , ms. fr. 20427, p. 3 et s., copie du temps sur papier, en date du 27 septembre 1446. La déposition est faite à Candes ou Candé, par-devant le chancelier et Adam Roland, secrétaire. — Cette pièce a été publiée par Duclos dans les pièces justificatives de son Histoire de Louis XI, d'après un texte assez incomplet. — V. aussi Legrand, Histoire manuscrite de Louis ICI; Bibl. nat., mss. frs. 6960 à 6990, vol. I, p. 97.
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Aux environs de P&quesS Louiâ éUnt au châleau de Ghinon^, Dammartin s'y prêsenia. Le prince loi fil aocueil et, le meainl aussitôt dans ronbrasured^ine fenêtre, dit, en lui montranlun soldai de la garde écossaise qui passait sur la douve du teaé : c Véez oNilx qui tienn^t le royaulme de France en $ubjectton« » Dammartin ayant répondu que cette garde était une beUe e( bonne chose et qu'elle avait déjà préservé le Rch de bien des dangers, le Dauphin ne poussa pas plus loin 1 entretien sur ce sujet. Mais, la conversation étant tombée sur la Savoie, il enga*^ gea son Interlocuteur à se rendre promptement dans ce paya, lui promettant de lui accorder, à son retour, mille livres de rente sur le comté de Valentinois'.
Pendant le voyage de Dammartin, Benoist, le seryiteur de Bueil, était aussi absent en Dauphiné^. Au mois de juillet, il apprit que son maître « estoit fort ravalé de son authorité, qu'il « avoit eue en cour, tant devers le Roy que monseigneur le t Dauphin. » Il avait même dû quitter ses fonctions dans rh&tel de ce dernier'. Benoisl, fort inquiet, se rendit aussitôt au couvent de Sainte-Colombe pour obtenir une nouvelle consultation astrologique. Ganyvet était mort; mais il avait légué son secret à un sien disciple du même couvent, le ttèr^ Philippe, qui confirma les inquiétudes de Benoist et les prophéties de son prédécesseur. Benoist en écrivit aussitôt à Bueil , alors à
t. Pâques, 17 avril. Cette date concorde bien avec la conclusion du traité de Savoie.
2. D'avril à octobre 1446. — D'octobre à décembre, le Dauphin est k Tours, qu'il quitte fin décembre, pour être le 7 janvier 1447 à Lyon et se rendre de là en Dauphiné. — Lettres de Louis XI y I, passim, et Vallet de Vir., III, 110. — Au contraire, le Roi alterne entre Ohinon et Raiilly. Il est en avril à Chinon, en juillet à Razilly, en sept, à Ghinon. D'octobre à déc, la cour résida à Maillé, puis à Tours. — Dépos, de Benoist et Vallet de Vir., l, c.
3. Le voyage de Dammartin concernait, sans doute, le traité avec la Savoie. V. page précédente.
4. Comme serviteur de Bueil, il était employé aux réformes Introduites dans cette province par le Dauphin, réformes que les ennemis de Louis qualifiaient volontiers de bouleversement général. » J)ép. de Benoiêt, 1*
5. Fonctions qu'il occupait encore au moment du départ de Benoist.
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Razilly *, le conjurant de ne rien tenter pour s'emparer du goo* fumotnent et d^envoyer de suite une personne sûre ' pour interroger le frère Philippe. Le sénéchal se trouvait justement auprès de Bueil lorsqu'il reçut cette missive confidentielle. Quelque singulier que cela puisse paraître, Bueii n^hésita pas à la lui montrer et à le consulter sur ce point délicat'. Ne recevant pas de réponse, Benoist, de plus en plus inquiet, quitta le Dauphiné et vint trouver son maître * en Touraine, à Ussé'.
Sur ces entrefaites, Dammartin avait aussi quitté la Savoie. Trois semaines ou un mois après son retour, comme il revenait à cheval, de Raziliy, dans la suite du Dauphin, il eut avec ce dernier un nouvel entretien *. Louis fit part à son interlocuteur de son projet de s'emparer du château de Raziliy ^, où se trouvait le Roi. Dammartin s^étant engagé à lui prêter cinq ou six archers, le Dauphin ajouta que son oncle, le comte du Maine, lui avait promis la complicité de plusieurs personnages, entr'autres de Nicole Chambre, capitaine de la garde du Roi^. Puis il exposa de quelle
1. Ciomme nous l'avons vu un peu plus haut, le Roi s'y trouvait alors. » Benoist écrivait de Lyon. Dëp. de Benoist, 2.
2. P. ex., Tranchelion, soit Guillaume de Tranchelion, seigneur de PaUnau et des Roches-Tranchelion, en Touraine. — Y. plus bas, ch. ix, à la reprise des hostilités, et Diction, de BusseroUe.
3. Dép, de Benoist, 2. — Fin juillet ou août. On a peine à comprendre comment Bueil, alors en disgrâce, pouvait être en bons termes avec Brézé.
4. Dans la première quinzaine de septembre. C'était, dit-il, il y a six semaines.
5. Cette seigneurie, située dans l'arr. de Chinon, cant. d'Azay-le-Rideau, comm. de Rigny, appartint à Bueil et à son fils Antoine. Elle leur venait des Montejean, par Jeanne de Montejean. Jean Y rendit hommage pour cette terre le 16 janv. 1462. Antoine la vendit le 12 nov. 1485 à Jacques d'Espinay. — BusseroUe.