‹ Le JouvencelChapitre 26 sur 184 · Var. : « bras. » B. G. E. F · texte numérisé non relu

Var. : « bras. » B. G. E. F

4. G est-à-dire en tenant votre lance de manière à frapper en pointe. On ne peut tenir aussi horizontalement une lance lourde qu'une légère.

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courroit contre son amy estoit un moult adextre homme et que son amy estoit en dangier de sa lance, je croy fermement qu'il eust esté tué. Et le conseil qu'il lui donna fut qu'il lui fist oster les vervellesS qui tenoient la visière de son armet, et la fit attachier à une esguillette et o de la cire, et lui souffisoit seullement qu'elle tenist pour le gallop du cheval. Et, toutes les foys que son adverse partie le rencontroit, il lui donnoit tousjours à la visière de l'armet sans faillir, et, pour ce qu'elle ne tenoit guère, l'autre l'emportoit et sa lance ne prenoit point. Et l'ancien hommes d'armes demandoit tousjours, au tour, de la visière de son homme et puis la lui remettoit comme devant. Et ainsi cellui qui courroit contre luy vit bien qu'il perdoit sa peine et fallut qu'il advisast de donner autre part. Et, pour ce, se vous voyez que vostre adverse partie ait tousjours l'œil de donner en aulcun lieu, rompez lui son propotz, se vous povez. Et, se c'est en la veue comme l'autre, vous y povez donner semblable provision. Et, se vous aviez vostre entendement de donner tousjours à vostre adversaire en ung lieu et vous veissiez qu'il y donnast provision, pareillement devez changer propos ; car j'ai veu beaucoup de gens, pour tousjours se amuser à faire une chose, estre deceupz et leur en advenir mal.

« Et, quant à vous qui vouliez combatre à pié, je vous conseille estre armé le plus legier que vous pourrez, mais que vous soiez couvert. Vous n'avez

1. Anneaux, ou plutôt rivets, qui fixaient la visière au timbre de l'armet.

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à craindre que le giet de la lance ; vous avez vostre pavoix ; mais encore y a ung autre remedde : jetiez vostre lance le premier, se vous povez, et la suivez de prez et, se vous trouvez vostre honmie entibardé de sa lance et de son pavoix, ainsi vous eschevez le gect de sa lance ; et si sera bien empesché de se deffendre, quant il vous verra si prez de lui. Cela fait, se à l'arrivée vous y povez trouver aucun avantaige de faire ung bon coup, faictes le y. Au surplus, Gombatez froidement et gardez vostre alaine tant que pourrez sur toute chose, et, quelque chose que vous faciez, ne vous eschauffez point et pensez que vostre ennemy a plus grant paour que vous. Et, se vous sentez aucunement lassé ou afToibli d'alaine, pensez qu'il est encores plus las et plus malmené^ que vous ; et tousjours reputez vostre vertu plus grant que la sienne. Car je vous certifie que, en cela, le povoir des gens est tel conmie ilz se donnent^. € Mes enfans, c'est ce que je vous sauroye pour ceste heure conseiller, sinon que je vous prie, si Dieu vous donne grâce d'en saillir à vostre honneur, que vous ne vous y bouttez plus; car c'est une chose qui ne plaist gueres à Dieu. Quant au monde, s'il vous en prent maU on n'en pourroit dire nul bien ; et, s'il vous en prent bien, chascun aura envie sur vous. Car armes sont de telle nature que les ungs y sont envieulx sur les aultres en deux manières ; aucuns ont envie et desplaisance de la vaillance et prospérité des aultres, qui est bien

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