LEON XIII, PAPE
Pour future mémoire. Le second jour du mois de novembre consacré à la Commémoraison des Fidèles trépassés soumis aux flammes purifiantes du purgatoire, avant d'être reçus au ciel^ doit être signalé tout particulièrement cette année à la piété chrétienne. Il achèvera heureusemen t le neuvième siècle écoulé depuis que saint Odilon, abbé de Cluny, par l'inspiration du Saint-Esprit, prescrivit à ses moines de pieuses supplications en vue de hâter l'entrée dans la félicité céleste de leurs frères morts et condamnés à l'expiation de leurs fautes. Cette pieuse institution, si salutaire et si excellente, admirablement en harmonie avec la charité chrétienne et tout à fait conforme à la parole des Machabées : « C'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés, » l'Eglise de Dieu non contente de l'approuver l'adopta volontiers et retendit à la catho* licite tout entière. Aussi bien, Nous ne doutons pas que ce centenaire solennel ne soit pieusement et sainte-
ment célébré dans l'Eglise militante qu'une commu* nion fraternelle relie à celle du purgatoire. Mais surtout il sera fêté comme un héritage par le diocèse d'Autun, illustré jadis par la résidence du saint abbé et actuellement le gardien de ce qui reste des ruines ou pour mieux dire des reliques d'un monastère autrefois florissant par le nombre, les entreprises et la sainteté de ses moines. C'est pourquoi Nous ne Nous étonnons pasque Notre cher Fils Adolphe-Louis-Albert Perraud, cardinal de la sainte Eglise romaine, par dispense apostolique évèque d'Autun, Nous ait adressé une pressante requête pour qu'il Nous plût, dans l'heureuse rencontre d'un si grand événement, d'accorder à lui et au peuple confié à ses soins par Notre Autorité apostolique, quelque témoignage de bienveillance qui profitât au salut spirituel . de tous et au bonheur éternel des âmes. Voulant donc accueillir favorablement la prière et les vœux si opportuns de l'évêque d'Autun, et dans l'espoir que le souvenir des morts excitera davantage les vivants à la méditation des fins dernières et aux bonnes œuvres chrétiennes, par la miséricorde du Dieu toutpuissant, fort de l'autorité de saints apôtres Pierre et Paul, par Notre Autorité apostolique et, selon la teneur des présentes, Nous érigeons à perpétuité et nous instituons dans l'église paroissiale consacrée à Dieu sons le vocable de la Bienheureuse Vierge Marie, dans la cité de Cluny, une Archiconfrérie avec tous les privilèges et indulgences que possède et dont jouit l'Archiconfrérie de la Prière et de la Mort établie dans la ville de Rome. Nous ratifions et Nous confirmons par Notre Autorité apostolique les statuts de cette
Archiconfrérie qui ont été soumis à Notre approbation et Nous louons très fort le but qu'elle se propose, d'exciter le zèle du peuple chrétien pour la prière et les bonnes œuvres, en faveur des âmes des trépassés qui se purifient dans les flammes du purgatoire des sou il* lures emportées de ce bas monde. Aux directeurs et aux associés de l'Archiconfrérie ainsi érigée par Nous, pour le présent et pour l'avenir, de Notre Autorité, par ces mêmes lettres, Nous accordons et donnons le droit d'affilier toutes autres confréries du même nom et du même but, dans toute la France et ses colonies, pourvu qu'on observe la forme de la Constitution de Clément VIII, Notre prédécesseur^ et les autres prescriptionsapostoliques sur la matière, etde leur communiquer licitement et validement toutes et chacune des Indulgences, rémissions des péchés et relaxations de pénitences accordées à l'Archiconfrérie elle-même et communicables à d'autres.
En outre, à tous et à chacun des fidèles de l'un et l'autre sexe vraiment repentants qui se seront confessés et auront communié et qui, à partir du dernier jour d'octobre jusqu'au neuvième jour du mois de novembre inclusivement, et le jour de la fête de saint Odilon, visiteront dévotement l'église susdite ou l'église paroissiale de Saint-Marcel, et qui y prieront avec piété pour la concorde entre les princes chrétiens, l'extirpation des hérésies, la conversion des pécheurs et l'exaltation de notre sainte mère l'Église, Nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur, pour cette année seulement, au jour que chaque fidèle voudra choisir parmi ceux qui ont été indiqués pour
accomplir ces œuvres, une indulgence ou rémission plénière de tous leurs péchés qu'ils pourront aussi appliquer par manière de suffrage aux âmes des fidèles qui ont quitté cette terre dans l'état d'union à Dieu par la charité. Pour que les fidèles puissent participer plus facilement à ces grâces célestes, Nous accordons à tous les confesseurs légitimement approuvés et désignés par l'Ordinaire tous les pouvoirs qui sont énumérés dans nos Lettres analogues à celles-ci, du 15 février 1879 et qui commencent par les mots : Pontifices maximiy en exceptant tout ce qui est excepté dans ces Lettres. Nous accordons aux prêtres, en ce même jour de la Commémoraison des Morts, pour cette année seulement, la permission de célébrer dans les deux églises paroissiales susdites *, une seconde messe pour les défunts, pourvu qu'ils ne prennent pas les ablutions à la première et qu'ils observent les autres conditions prescrites par les saints Rites. Ils pourront encore, pendant le temps du Jubilé, célébrer la messe solennelle pour les défunts nonobstant l'occurrence de fêtes doubles. Relativement à toutes ces concessions Nous décrétons que Nos présentes Lettres seront et demeureront fermes, valides et efficaces; qu'elles auront et obtiendront leur effet plein et entier, et qu'elles profiteront pleinement, en tout, à ceux qu'elles concernent et pourront concerner dans l'avenir. Tous juges ordinaires ou délégués devront juger et prononcer conformément à ce qui est exprimé
1. Une concession postérieure a étendu ce privilège aux chapelles de THôpital et des sœurs de Saint-Joseph.
ci-dessus, et tout ce qui pourrait être entrepris sciemment ou inconsciemment par une autorité quelconque contre toutes ces dispositions demeurera nul et vain. Nonobstant tout ce qui pourrait être allégué en sens contraire. Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 25 mai 1898, la vingt et unième année de Notre pontificat.
Anneau f du Pêcheur.
Louis, Cardinal MACCHI.