‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 39 sur 198 · DANIEL · texte numérisé non relu

DANIEL

Au moment où la nation était engagée dans la lutte suprême avec Antiochus Épiphane, une grande voix se fit entendre, venue d'un passé déjà lointain, des temps où l'empire Ghaldéen avait été remplacé par les Perses : c'est celle du prophète Daniel, enfant de race noble, peut-être royale, transporté à Babylone lors de la conquête de Nabuchodonosor, et dont la sagesse inspirée de Dieu s'était imposée au respect de ce grand roi, puis de Baltasar, le dernier roi de Babylone, enfin de Gyrus et de Darius. L'œuvre de Daniel est sous nos yeux, avec cette particularité unique que le texte qui contient son histoire et ses prophéties nous est parvenu en fragments écrits en trois langues : une partie en hébreu, une partie en araméen, une partie en grec (2).

Les critiques qui n'acceptent pas l'autorité des opinions traditionnelles sont unanimes à reconnaître dans ce livre, du moins dans les parties hébraïque et araméenne, l'œuvre d'un juif patriote et fidèle à la Loi clans la grande crise religieuse, qui apporta à ses frères le secours de sa foi enflammée, annonçant d'après ses révélations la ruine d' Antiochus, et le règne de Dieu établi sur les débris des grands royaumes de la terre.

L'exégèse conservatrice note avec raison les indices d'antiquité contenus dans le livre. Il nous disait, ce que personne ne savait jusqu'à ces derniers temps, que Baltasar avait été le dernier roi de Babylone, et on l'a accusé d'erreur jusqu'au jour où les inscriptions cunéiformes ont fait connaître ce nom, et révélé en 1924 qu'en effet Baltasar avait été nommé roi de Babylone par son père Nabonide. De pareils faits commandent la réserve. D'autre part, les inscriptions araméennes anciennes découvertes récemment (3) permettent de classer à une époque postérieure, vers le

(1) La prophétie des soixante-dix semaines de Daniel, dans RB,, 1930, p. 167-198.

(2) La partie grecque est l'histoire de Suzanne et Bel et le dragon (XIH et XIV), deux appendices qui n'ont aucun rapport avec la période maccliabéenne. L'araméen va de II, k^ à la fm du ch. VII. Le reste est en hébreu. Sur l'origine de cette double forme et les différentes rédactions, on peut consulter R. H. CiiAnLES, A critical and exegetical Commentary on the hooli of Daniel, Qxfovd., 1929, et la recension de la RB., 1930, p. 276-283.

(3) Les papyrus d'Assouân.

IB RÈ&NE BE »ÏEU ET XES EMPIRES, 63

iti* OU le 11° siècle av. J.-C, la langue des fragments araméens, date qui ^on^ent aussi à la langue des fragments en hébreu. Les conservateurs sorà doue obligés de postuler un original sémitique plus ancien, demeuré incoanu jusqu'au moment où il fut publié, plus probablement en araméen, avant l'an 165. Quelle fut la portée de ce remaniement, nul ne peut le dire, ^e qui est évident, c'est la puissante unité spirituelle du livre, malgré une apparence de compilation. Point d'unité historique, si l'on entend par là un enchaînement des faits de rhistoire, ou simplement leur développement suiyi. Point d'unité littéraire, puisque des épisodes détachés <le la vie de Daniel (I-Vl) sont suivis du récit de ses visions (VII-XII). Et cependant une même pensée, haute et forte, dispose tous ces éléments pour conduire à la conclusion inéluctable de la domination de Dieu sur les royaumes. Le Dieu qui donne aux rois « de grandes et terribles leçons », se contente de les humilier comme Nabuchodonosor, ou de les éprouver, comme Darius, mais il frappe sans pitié un sacrilège comme Baltasar. Ce Dieu qui laisse la main à un persécuteur, est aussi celui qui établira son règne au moment qu'il aura choisi.

Laissant donc de côté une discussion critique, qui serait sans résultat, sur les origines et les destinées du livre, nous le prenons comme un tout, ignoré jusqu'au moment de la crise syrienne, il éclate comme une lumière très vive, la même lumière que projetaient les prophètes, mais sur des objets nouveaux, de sorte qu'il fut vraiment une révélation nouvelle, montrant sous un nouvel aspect le règne de Dieu et celui qui en sera le Chef.

Jusqu'alors la prophétie se manifestait dans des circonstances particulières, et visait un horizon restreint. Son but était déjà d'exciter les Israélites à l'obéissance envers leur Dieu, et elle ne manquait pas de fonder cette obéissance sur son droit absolu, qui s'exerçait même sur les autres nations. C'est ainsi que Moïse avait montré dans la sortie d'Egypte • un triomphé de lahvé. Dieu d'Israël, sur l'endurcissement du Pharaon.

Le Pharaon n'avait été que récalcitrant. Sennachérib avait insulté le Dieu d'Israël. Il l'avait positivement mis au rang des dieux, qu'il avait vaincus, et il espérait bien le vaincre aussi. L'invasion assyrienne n'était donc pas seulement le fruit de l'ambition, une guerre de conquêtes engagée au hasard des intérêts politiques et économiques, c'était déjà une guerre religieuse. Pour bien établir qu'il avait été le vainqueur, Dieu avait frappé les Assyriens sans le concours des armes du roi de Juda.

La crise syro-macédonienne créa un autre état du conflit.

Dans les vieilles guerres, les Israélites n'avaient chance de vaincre que s'ils s'étaient repentis; il fallait donc qu'ils se reconnussent coupables. Cependant ils Tétaient moins que leurs oppresseurs, et se sachant la

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