ARISTOBULE II
de rendre Jérusalem, mais ses troupes ferment les portes. Pompée le jette en prison, et la Cité Sainte poursuit sans lui ses destinées. La ville où les partisans d'Hyrcan étaient sans douté en majorité s'en remit à la bienveillance de Pompée. Les prêtres, attachés à Aristobule, résistèrent dans le Temple, sans cesser jamais d'offrir les sacrifices exigés par la Loi, si bien que quelques-uns moururent à l'autel.
Pompée attaqua le Temple par le nord, où il n'était défendu que par un fossé et ses murailles. Les Juifs auraient combattu le jour du sabbat, à l'exemple des Macchabées, s'ils avaient été attaqués à main armée. Mais ces joùrs-là, les Romains se contentaient de combler le fossé et d'établir une terrasse pour leurs machines ; les assiégés les laissaient faire, ne se croyant pas autorisés à prendre l'initiative d'une bataille. Même dans le Temple régnait la discorde. Il tomba durant le troisième mois du siège, un samedi vers la fin de l'été (1), en l'an 63 av. J.-C, durant le consulat de Cicéron. Pompée pénétra dans le sanctuaire, jusqu'au Saint des Saints, visita curieusement toutes choses, mais ne toucha à rien. Dès le lendemain il fît reprendre les sacrifices, ayant rendu à Hyrcan le souverain pontificat. Néanmoins le carnage fut atroce dans l'enceinte sacrée et des Juifs y prirent part. Jérusalem et tout le territoire juif fut assujetti à un tribut. Pompée en détacha toutes les villes qui n'étaient devenues juives que par la force : Hippos, Scythopolis, Pella, Dium, Samarie, Marissa-, Azot, lamnia, Aréthuse (2). L'accès de la mer fut perdu avec les villes de Gaza, Joppé, Dora, la tour de Straton qui furent annexées à la nouvelle province de Syrie.
Pompée avait gardé captifs Aristobule et ses deux fils, Alexandre et Antigone; l'aîné s'enfuit sur la route. Le roi juif dut suivre au Capitole le char triomphal de son vainqueur (3). Les Juifs nombreux amenés à Rome en captivité, affranchis avec le temps, y fondèrent cette colonie appelée à un si brillant avenir. Les villes grecques d'outre-Jourdain, délivrées du joug des Juifs et restaurées, proclamèrent l'ère de Pompée (4).
(1) Josèphe dit : « le jour du jeûne », c'est-à-dire de l'expiation, ou le 10 Tichri, donc en octobre, et Schiirer tient beaucoup à la date de l'automne avancé. Mais-Slrabon ayant écrit que Jérusalem était tombée le jour du jeûne, par où il entendait à tort le samedi (Strabon XVI, 2, 40 : xyip-zj^a? irriv t^ç vvi^TSta; %spav, riv^xa àTteîxoviro ol 'louSaïO! itavTo; ëpyou), cf. Diox Cass. XXXVIl, 16 : èv t^ to-j Kpôvou T^fiepcf), la confusion s'explique aisément. Pompée qui se trouvait à Damas au printemps a pu gagner Jérusalem en huit ou dix jours. II se trouvait déjà dans le Pont à l'automne.
(2) Nom de la célèbre soui-ce de Sicile, inconnu en Palestine. Nous soupçonnons Blousa, fort loin.au sud de Marissa, mais placée tout près dans l'énumération des villes prises par Jannée qa'Hyrcan avait promis de rendre aux Nabatéens [Ant. XIV, i, 4).
(3) Plutarque, Pompée, i5. Cependant il ne fut pas ni.is à mort après, selon la coutumeromaine, car nous le verrons reparaître.
(4) Le point de départ de cette ère diffère suivant les villes de 64 à 61 av. J.-C. (Schûrer, II^ p. 149).
§ 5. — Hyrcan II, grand prêtre (63-40).
Il est vraisemblable que la Judée, avec ses dépendances, la Galilée, et une bande très restreinte au delà du Jourdain qu'on nomma la Pérée (1), ne fut point incorporée officiellement à, la Province de Syrie. Ce nom même de Province n'indiquait pas alor.5 une administration directe et régulière. Mais le pays avait perdu son indépendance. Il payait tribut, et le gouverneur de Syrie veillait aux portes, toujours prêt à intervenir.
L'occasion lui en fut fournie par une tentative d'Alexandre, ce fils d'Aristobule qui avait échappé aux Romains. Aussitôt qu'il montra l'intention de secouer le joug, il recruta des soldats, jusqu'à 10.000 fantassins bien armés et 1.500 cavaliers. Il semble que les Asmonéens s'étaient maintenus à Alexandreion, à Hyrcanion et à Machéronte, comme dans des fiefs personnels. Avec ces points d'appui, Alexandre essaya de s'emparer de Jérusalem et de s'y fortifier. Mais il se heurta à la résistance des Juifs partisans d'Hyrcan : Josèphe parle même des Romains qui habitaient la ville. Le gouverneur de Syrie, Gabinius, envoya contre lui Marc- Antoine, le futur rival d'Auguste.
Alexandre, bientôt défait, obtint la vie sauve en rendant ses forteresses. Gabinius essaya alors de rompre l'unité politique des Juifs en divisant leur territoire en cinq sections, gouvernées chacune par l'assemblée des anciens : Jérusalem pour la montagne de Judée, Gazara pour les collines basses qui dominent la plaine, Amathus (2) pour la Pérée, Jéricho pour la vallée du Jourdain, Sepphoris pour la Galilée (3). Ainsi la nation n'avait plus d'unité politique, Hyrcan ne conservant d'autres fonctions que celles du sacerdoce, et le grand conseil de Jérusalem n'ayant juridiction que dans son district, car chaque conseil avait même pouvoir. De sorte que Josèphe conclut : « C'est ainsi que les Juil's, délivrés du gouvernement monarchique, furent organisés en aristocratie. » (4)
Gela se passait en l'an 57. Les Juifs se croyaient si peu délivrés de la monarchie à laquelle ils tenaient, — sauf la secte Pharisienne, — que dès l'année suivante ils reprirent les armes sous le commandement d'Aristobule, échappé de Rome. Il y fut bientôt reconduit, ayant été pris dans son repaire de Machéronte. Entre temps Gabinius avait promis à la femme
(1) Terme grec pour signifier un au-delà.
(2) Ruines A'Ammata sur la rire orientale du Jourdain, au nord du labboc.
(3) Schiïrer se demande si ces o-Ovoôoi étaient des conoentus iuridici ou des régions organisées autour d'un centre oîi l'impôt (levait être perçu. Les textes de Josèphe ne permettent pas de trancher le cas avec une telle précision; la pensée de Gabinius était sans doute de créer des districts indépendants.
(4) Ant., XIV, V, 3.