HYRCAN U GRAND PRETRE
Dans tout l'empire, et en dépit de la résistance des villes grecques, les Juifs avaient pleine liberté d'exercer leur culte et de se réunir pour cela. iLes lois si sévères pour les associations n'avaient pas de force contre eux, imême à Rome (1). Ils n'étaient pas assujettis au service militaire (2).
Ainsi les Juifs, comme nation, étaient censés les amis et les alliés du peuple romain. Dans l'empire le pouvoir comptait sur leur docilité, leur faisait confiance sans les astreindre à l'aider par les armes. Dès lors commença pour eux unç situation vraiment privilégiée, qui leur fut toujours garantie. Cependant ils n'étaient pas d'ores et déjà citoyens d'Alexandrie comme Josèphe l'a soutenu d'après une pièce fausse (3), mais il leur était permis d'acquérir le titre de citoyens romains.
Investi de la confiance de César, Antipater y répondit en prêchant partout la soumission aux Romains, et il profita de cette faveur pour avancer sa famille. Ses fils furent nommés stratèges, Phasaël à Jérusalem, Hérode en Galilée. Hérode, âgé de vingt-cinq ans (4), fit ses premières ^rmes contre une bande que Josèphe dit avoir été des brigands, dirigés par un certain Ézéchias. Il le tua avec un bon nombre de ses fidèles. Dans ces termes, l'affaire n'aurait pas dû. avoir de suites. Or les grands de Jérusalem se plaignirent, comme si la justice avait été lésée, personne ne devant être mis à mort sans un jugement du sanhédrin. Ils regardaient donc Ézéchias et ses partisans moins comme des brigands armés qu'il faut bien tuer sur place que comme un parti politique. Jaloux du pouvoir croissant d' Antipater et de ses fils, et attachés sans doute à la dynastie asmonéenne qu'on faisait tomber dans le mépris public, ils remontrèrent à Hyrcan que l'occasion était bonne pour ruiner les ambitions d'une maison dont Hérode promettait d'être un chef plus gênant que le sage Antipater. Hérode cité devant la cour de justice de Jérusalem, c'est-à-dire le sanhédrin, demeuré seul debout dans la débâcle des institutions de Gabinius, se présenta en général vainqueur, escorté d'une garde du corps. Un seul sanhédrite, Saméas, où il faut reconnaître le célèbre Chem-maya, ne se laissa pas intimider et grâce à son influence une condamna-
(1) « Car Caïus César, notre général en clief, a interdit par ordonnance la formation d'associations à Ronae, les Juifs sont les seuls qu'il n'ait pas empêchés de réunir de l'argent ou de faire des banquets en commun ». [Ant., XIV, x, 8). Décret en faveur des Juifs de Délos, l'île sainte, où l'on voyait sans doute avec plus de répugnance les Juifs pratiquer leur culte. On a retrouvé dans l'île leur synagogue {RB., 1914, p. 523 ss., La synagogue de Délos, par M. A, Plassart). Cf. SoÉTONE, Caesar, 42 : Cunela coUegia praeter antiquitus conslituta distraxit,
(2) Celft dès l'an 49, quand Lentulus fut chargé par le Sénat de recruter dans la province d'Asie deux légions de citoyens romains [Ant., XIV, x, 12).
(3) Ant.y XIV, X, 1 ; cf. C. Apion, II, 4. Coateslé par M. Chamonard parce que Claude n'en parle pas dans son décret si favorable aux Juifs d'Alexandrie (Ant., XIX, v, 2). La question est tranchée dans le sens négatif par la découverte de la lettre de Claude aux alexandrins; cf. RB., 1931, p. 273 ss.
(4) Josèphe dit 15, en contradiction avec l'âge de 70 ans qu'il donnera à Hérode à sa mort.
tion aurait été prononcée si Hyrcan n'avait reçu l'ordre de Sextus Gésàr, gouverneur de Syrie, de ne pas toucher à Hérode. On lui conseilla donc de se dérober au jugement par la fuite. Après quoi Sextus le nomma préfet de- Gœlésyrie et le mit en état de maf chef contre Jérusalem. Antipater seul eut assez d'autorité sur son fils pour le renvoyer dans son domaine de Galilée.
César fut aissassiné aux ides de mars de l'an 44. Les provinciaux le pleurèrent, mais personne plus que les Juifs de Rome qu'on voyait se lamenter jour et nuit auprès de son bûcher (1).
Les Juifs de Judée et la maison d'Antipater avaient encore plus sujet de gémir, mais il eût été imprudent de témoigner des regrets. Gassius, un des meurtriers, était maître de l'Orient. Il avait besoin d'argent, et imposa aux Juifs une contribution de sept cents talents. Les habitants d'Emmaûs, de Lydda, de Thamna et de Gophna qui s'y refusèrent furent vendus comme esclaves. Les défenseurs de la liberté romaine avaient la main lourde pour les provinciaux. Hérode fut le premier à payer et montra, tant d'empressement à gagner les bonnes grâces de Gassius qu'il fut nommé de nouveau préfet de Gœlésyrie. G'était sur lui que reposaient désormais les destinées de sa famille, Antipater, toujours si avisé, et dans cette occasion trop généreux, ne sut pas comprendre la haine implacable que nourrissait contre lui un certain Malichos, résolu aie supplanter dans la faveur d'Hyrcan : il périt empoisonné à la table du grand prêtre. On doit lui rendre cette justice que, s'il empiéta sur les pouvoirs de son souverain, il y était presque contraint par l'incapacité du bonhomme, et qu'il ne cessa de lui témoigner des égards. Son fils Hérode devait être moins scrupuleux.
Malichos n'était qu'un aventurier. Antigone, fils d'Aristobule, qui avait pris les armes, était pour Hérode un rival plus redoutable. Gassius, défenseur de l'aristocratie à Rome, avait installé en Orient des tyrans pour soutenir sa cause. Deux d'entre eux, Ptolémée de Chalcis et Marion de Tyr prirent le parti du prince asmonéen, le premier parce qu'il avait épousé sa sœur, le second dans le dessein de s'agrandir, et en effet il s'empara de trois forteresses, de Galilée. Hérode entra lui aussi en campagne, coupa le chemin à Antigone en route pour la Judée, le battit, et pénétra avant lui à Jérusalem, Déjà marié à une femme d'assez bonne condition, Doris (2), qui lui donna Antipater, il se fiança à Mariamme,.
(1) Suétone, Caesar, 84 : In siimmo publico liictu exterarum geniiumm'uUitudo cirmlatim- ' suo quaeque more lamentala &st, praecipue Judaei, qui etlani noclibus conùinuis bustum frequentarunt.
(2) Iduméenae d'après W. Olto (Pauly-Wissowa), mais, d'après Josèphe, d'une famille de Jérusalem (BelL, I, xxii, 1). S'il la nomme S-^[;.oTt; dans Ant., XIV, xii, 1, c'est sans doute pour diçe qu'elle n'était pas étrangère : dans Bell., I, xii, 3, ^xvo yuvaïxa twv èmycopiuiy oùx affïifxov. Il est vrai qu'on aimerait à supposer que « de Jérusalem » est une faute de copiste pour « de riduraée ».