‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 18 sur 93 · I. Les trois derniers prophètes · texte numérisé non relu

I. Les trois derniers prophètes

HagaI, Zacbabib et Malachib.

Une nouvelle ère, toute différente de celle que nous venons de retracer à grands traits, va commencer pour le judaïsme. Nous disons \e judaïsme, parce que ce nom sert à la caractériser et à la distinguer de celle du mosaïsme pur. Au règne de la loi écrite va succéder celui de la loi orale : après le texte va venir l'interprétation, formant comme le trait d^union entre les deux époques.

Mais, si la philosophie de Thistoire, pour la plus grande intelligence des faits et des idées dont ils sont l'expression, peut faire des parallèles, décrire des zones distinctes et séparées dans le domaine de Tabstraction, il n'en est pas tout à fait de même dans la réalité historique. Là, les frontières des idées et des principes dirigeants ne sont pas aussi nettement dessinées ; on les voit se mêler, se croiser, s'enchevêtrer, empiéter sur leur terrain respectif, et faire brèche aux cercles tracés par la raison spéculative.

Cette réflexion nous est suggérée par le spectacle que nous offre le début du nouveau cycle. A côté d'Ezra, représentant soit des idées, soit des besoins nouveaux, figurent les trois prophètes ses contemporains, qui continuent la tradition prophé-

tique pendant les quarante premières années (1) dn retour de la captivité. Xous disons qu'ils continuent la tradition prophétique, en ce sens qu'ils proclament, àTégal de leurs prédécesseurs, la supériorité de la religion sur le culte, de Tamour et de la crainte de Dieu sur des pratiques où le cœur et Tesprit n'auraient point leur part. C'est ainsi que nous voyons Zacharie s'élever contre le jeûne qui ne serait pas accompagné d'un retour à la justice, à la probité, à la charité , à la défense des faibles et des opprimés, en s'appuyant textuellement sur l'aatorité des premiers prophètes (2) ; c'est ainsi qu'il prédit la transformation des douloureux anniversaires de la catastrophe nationale en jours de fête et d'allégresse , sous la seule condition de faire prévaloir au sein d'Israël la vérité et la paix (3) ; c'est ainsi que Halachie proteste contre les offrandes impures, rebut del'étableet de la bergerie, produit de la rapine et du vol, ou bien arrachées par la contrainte à la mauvaise volonté (4) ; c'est ainsi que, d'après le même prophète, le cohen et le lévite sont moins les chefs des cérémonies du culte et les sacrificateurs du temple que les propagateurs de Tinstruction religieuse, les guides spirituels dn peuple dans le chemin de la droiture et de la réparation morale (5). C'est sans doute ce que veut enseigner la tradition , lorsqu'elle dit : « Avec Haggaï, Zacharie et Malachie s'en va l'esprit saint, auquel vient se substituer un simple écho de l'antique inspiration, le Bath kol (fille de la voix) (6). — Oui, l'esprit saint, le souffle prophétique qui a duré, sans solution de continuité, depuis Moïse jusqu'à Malachie, nommé pour ce motif — le sceau de la prophétie (7), — se retire. On en gardera les étemels enseignements, mais on n'en entendra plus la voix et les divins accents : on n'entendra plus ni chanter la lyre de David, ni parler la sagesse de Salomon, ni retentir l'éloquente prédication d'Osée, d'Isaie et de Jérémie ; on ne les

1) Le Khosari, 1II« partie, n» «0. (5) fbid.. Il, 6 et 7.

(1) Zacharie, VU, K-fO. i6) Talmod, Sanhédrin, fol. il.

(3) /*w., VIII, 19. (7) rwash DMin.

(4) Malachie, I, 7-14.

entendra plus jasqu'aux temps promis et fixés par la volonté immuable de Dieu (i).

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