‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 9 sur 93 · SAMUEL · texte numérisé non relu

SAMUEL

Le monothéisme venait de triompher pour quelque temps, obtenant un répit pour se préparer à de nouvelles luttes. Sous

(1) Nombrei, XXXIIf, 51-96.

— soles derniers juges, ridoifttrie avait dispara du sein d'Israël et ne devait 7 reparaître qu^aprës le schisme politique scindant Israël en deux royaumes. Mais on dirait que Thumanité est condamnée àpasser d*ane erreur à Tautre, d'un vice àFautre, tant il est rare de rencontrer dans Thistoire une situation parfaite sous le rapport religieux et moral. Débarrassé temporairement de ridolâlrie, Tisraélitisme avait à combattre dans son propre sein, à lutter contre de nouveaux et très-dangereux éléments de dissolution : c'étaient la décadence du pontificat, la violation et le mépris des traditions de la race d'Âron, la prévarication dans le sanctuaire, le trafic et la profanation des choses saintes, crimes qui se personnifiaient dans les fils indignes du pontife Êli (1). On sait avec quelle énergie, avec quelle indignation rhistoire sainte flétrit cette conduite sacrilège, enveloppant toute cette race pontificale dans la proscription, dans Tarrét de condamnation prononcé contre les fils, et même contre le père, pour ne pas avoir suffisamment usé envers eux de sa double autorité de père et de Cohen (2). Mais, ce qu'il y a de plus remarquable dans le récit des fautes et de l'expiation de la race d'Éli, c'est que trois fois le récit est interrompu rien que pour nommer Samuel (3). Faut-il y voir le simple effet du hasard, la méprise d'un historien^peu habile à coordonner les faits? Ce n'est guère probable, la chose se reproduisant trois fois de suite dans la même narration. Il est beaucoup plus raisonnable d'adopter la leçon de la tradition (4), de voir dans cette répétition du nom de Samuel au milieu de l'épisode d'Ëli une nouvelle preuve du gouvernement providentiel. Il y a là un enseignement aussi important que consolant, à savoir que le génie de la religion ne se retire jamais complètement de la scène humanitaire ; que la filiation se continue, tantôt visible, tantôt invisible, à travers les événements et le jeu des passions humaines; qu'à des fils d'Ëli, coupables et corrompus, la Provi-

(0 I Samuel, II, 11. (4) Beréschith Rabba, Beet. S8, V^i^ 19

{«) I Samuel, p. 17, It et 16 ; 111, i f-l 4. i,^^^^ l,^ ^^^ „^^ ^l,, l,^ ^^ ^ns (3) 1 Samael, II, 18 et 26; III, 1.

dence sait opposer à temps *des Samuel, vertueux et réparateurs.

Qaoi qu'il en soit de cette interprétation, on voit déjà par les prédications faites à Ëli, soit directement, soit par Tintermëdiaire de Samuel (1), on voit déjà se dessiner le rôle de ce dernier. Relever le culte de sa chute, de sa dégradation, de ses tendances matérialistes; revendiquer les droits du spiritualisme et de la morale; mettre Tobëissance à Dieu au-dessus des holocaustes et des oblations; rejeter les pratiques extérieures, en tant qu'elles ne sont pas l'expression de la pensée et du sentiment religieux ; bâtir la cité de Dieu moins sur les cérémonies et les actes du culte que sur les bases éternelles de la connaissance et de Tamour de Dieu: telle fut la mission de Samuel, telle fut celle du prophétisme, dont il est le glorieux fondateur.

La grandeur de la mission de Samuel a été parfaitement appréciée par la tradition, qui, dans un de ces mots brefs, mais si pleins de choses, lui attribue une importance égale à celle de Moïse et d'Aron réunis (2). Ce qui veut dire sans doute que Samuel sut faire la juste part du culte intérieur et du culte extérieur, celui-ci représenté par Aron, celui-là par Moïse. Et, en effet, Samuel est le premier qui, devant le roi Saûl et en présence de tout le peuple, prononce ceS remarquables paroles : tf Est-ce que le Seigneur aime autant les holocaustes que Tobéissance à ses œuvres? Non ; obéir vaut mieux qu'offrir des sacrifices, et la soumission l'emporte sur la graisse des béliers. Désobéir égale le crime de sorcellerie, résister à Dieu n'est pas un fait moins criminel que d'adorer des idoles (3). » Et ce grand principe, et cette éternelle vérité devient comme un lieu commun chez la plupart des prophètes, nouveaux interprètes de la loi (4).

(1) I SAmnel, II, S7; III, 11. (4) Psanmet, L, 9-16; Ibid,, LI, te ei

(t) Bemidhar Rabba, Bect. 18, itlCm^ 19; IsaTe, I, 11-17; Jérémle, VII, 4-15;

l'ThKI niOn lias h^pmW ^**«'m ^^^* «t-«5; Exéohlel, XX, 85-31;

(3) I Samuel, XV, SS et »3. Osée, VI, 6 ; Malachle, II, 4-6.

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