POURCENTAGE DES JUIFS PARMI LES MIGRATEURS
Les chiiîres que nous venons d'indiquer ne donnent pas encore, à eux seuls, une idée claire des dimensions de l'éinigration juive ; ils ne nous disent pas encore si
Tauleac II
Vhnmiijration aux Etats-Unis par (iroupes ethnogra})hiqucs {lS99-n)IO)
Peuplei
Italiens du Sud ,
Juiis
Polonais. . . .
Allemands . . .
Scandinaves . .
Irlandais. . . .
Anf/lais et (lalloii Slovai)ues . . .
Italiens du Xoid.
Ci'uates et Slovènes
Immigration totale aux Ktats-Unis
Immiïrsnts
CliilTres ali.-olus
l.yi 1.933 1.074.442 949.0G4 754.3i55 586.306 439.724 429.366 377.527 372 Ù>S 337.351 335.543 9 555.673
Pour 100
(lo
'imniigralioii
totale ai Klats-l"r;
une telle migration allcint des proiiortioiis cxlraordi-
30 LES DIMENSIONS DE I.'kM ICUATION Jl IVE
naires OU bien si elle est relativement faible. Pour nous faire une idée nette de la valeur des chilires que nous venons (l'exaiiiiiier, il faut les coinparer avec les clùlfres d'émigration chez d'autres [)eu[)les ; alors, et alors seulement, nous verrons clairement la place qu'occupe l'émigration juive dans le mouvement migratoire contemporain.
Si nous nous contentons d'envisager les peuples dont l'immigration aux Etals-Unis^ durant les 12 années qui vont do 189U à 1910, a dépassé le chiffre de 300.000, nous obtenons le tableau suivant [page 211).
Notre tableau nous montre que la différence numérique entre l'émigration italienne et l'émigration juive, même si l'on n'envisage que les émigrants se dirigeant vers les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, reste énorme. D'autre part, il est vrai, aussi que l'émigration de tous les peuples ne se porte pas dans une égale mesure vers les Etats-Unis (1). Pourtant, laissant de coté les Russes dont l'émigration vers la Sibérie s'est dernièrement élevée à un demi-million par an en mo3'^enne (2), cette dernière circonstance — l'émigration à des pays autres que les Etats-Unis — reste sans influence sur la place occupée par les immigrants juifs parmi les émij^rants transocéaniens de nos jours ; de. tous les peuples européens, les Juifs occupent acluelleniemenl la seconde place par le
(1) Cette réserve s'impose surtout en ce qui concerne les Russes et les Espagnols, car, d'une façon générale, le nombre de leurs émigrants se dirigeant vers les Etats-Unis ne représente même pas le 5 0 0 du total de leur émigration. De même, environ un tiers seulement des émigrants portugais et moins d'une moitié des émigrants britanniques se dirigent actuellement vers les Etats-Unis.
(2) En 1906, 218.879 Russes ont immigré en Sibérie; en 1907, 572.579; en 1908, 758.812; en 1909, 707.463; en 1910, 352.950; soit au total 2.610.683 pendant une période de cinq ans seulement.
POURCENTAGE DES JLIFS PARMI LES MIGRATEIRS 31
nombre de leurs émigrants transocéaniens. Ils ne sont dépassés à cet égard que par les Italiens.
En moyenne, on peut dire que les 11 0 0 de toute rimmigration contemporaine des Etats-Unis sont formés de Juifs. Mais le pourcentage des Juifs parmi les immigrants, loin de rester toujours le même, est lui aussi susceptible de fortes variations. Ainsi que le montre la colonne 7 de notre tableau I, il varie entre 14 0/0 au maximum 'pendant l'année sanglante de 1906) et 8 0/0 au minimum (en 1909 et 1910).
On peut se demander encore si, à travers les variations annuelles, le pourcentage des Juifs parmi les immigrants ne manifeste pas une certaine tendance générale vers la hausse ou vers la baisse ?
La colonne 7 du tableau I paraît indiquer que, à l'beure où nous sommes^ le pourcentage des Juifs parmi les immigrants a déjà une tendance marquée vers la baisse. En effet, les deux dernières années (1909, qui fut une année de crise et de diminution de l'inmiigration générale aux Etats-Unis, et 1910, qui a été une année de notable prospérité économique et de hausse de l'immigration) ont apporté un pourcentage d'immigrants juifs inférieur à celui des dix années précédentes (8 0/0) (1).
(1) l,a 11, lusse du pourcentage des Juifs en l'.iOH s'oxpliciue par le phénomène suivant. Chez les peuples de l'Est et du Sud europt^'en Cllaliens, Slaves, Magyars, etc.). où une forte partie, souvent même la majeure partie des «^migrants se compose di' travailleurs ruraux, l'émigialion a lieu surtout au printemps ; comme d'autre pari, au printemps de l'.KiH on était déj;i en pleine crise, leur immigration aux Ktals-lJnis a, dnncoup, extrêmement baissé celle année-là. Par contre, chez les peuples où l'élément rural ne fournit (pi'une fraction relativement |ielileiles émigrants, l'émiKiation se n'partit d'une faioii plus égale entre les divers mois de l', innée ; un noinlMf impoi t.int de leurs émigrants est ainsi venu aux l'Uals luis au courant dos uïois du juillet-octobre lyo", c'est-à-dire ni^mi la crise, cpiaiid l'épa-
LES hlME.N.SIO.NS lii; 1. KMICU ATKi.N JLIVK
11 ne s'ensuit pas que, désormais, les Juifs ne dépasseront plus la proportion de 8 0/0 de rinunigration générale aux Etats-Unis; ce pourcentage, comme nous l'avons vu, est soumis à d'importantes lluctuations ; nous constatons seulement que tout en oscillant, il manifeste déjà une certaine tendance générale vers la baisse.
Celte tendance devient plus palpable si on ne se contente pas de comparer le nombre des émigrants juifs avec les clùiïres totaux de l'immigration aux Etats-Unis, mais si on les rapporte encore au nombre des émigrants des peuples parmi lesquels se trouve surtout concentrée la population israelite. C'est ce que nous verrons clairement si nous comparons le nombre des immigrants juifs aux Etats-Unis avec celui des immigrants/;o/onrti5 ou ruthènes par exemple. Nous obtenons alors le tableau suivant :
Tableau 111 Vimmiriration juive, polonaise et ruthène aux Etats-Unis
Années
Nombre des immigrants
Immigrants
aifs sur 100
Juifs
Polonais
Ruthène»
Polonais
Ruthènes
nouissement économique était au plus haut point ; l'immigration de ces peuples (Anglais, Juifs, Allemands, etc.), a réelle-
POURCE.NTAGE OES .ILIFS PAUMl LES MIGRATEURS 33
Ici aussi, nous constatons de grandes fluctuations du pourcentage des Juifs; nous voyons qu'il a été particulièrement élevé sn 1904 après le progrome de Kichineff) et en 11J06 (après les progromes d'octobre), très élevé également en 1908 pour la raison indiquée dans notre dernière note. Si pourtant nous cherchons une tendance générale à travers les fluctuations annuelles, nous constatons facilement les faits suivants : Au commencement de la période présentée sur notre tableau, il y avait environ 130 immigi-ants juifs pour 100 Polonais, tandis qu'à la fin de cette même période il n'y en avait que 70 environ ; en d'autres termes, pour 3 immigrants polonais, il y avait, au conunencenient, 4 Juifs et, à la fin de cette période, pour 3 l^olonais, il n'}- avait que 2 immigrants juifs. La tendance indiquée saute aux veux si l'on compare l'immigration juive avec l'immigration ruthènc : tandis que, au commencement, il y avait, pour un immigrant ruthène, presque 27 immigrants juifs, à la lin, il n'y en a que trois ou quatre.
Mais notre tableau III nous montre cependant que la baisse du pourcentage des immigrants juifs est due à une hausse rapide de l'immigration polonaise et ruthène, bien j)lus qu'à une bRÎssc de l'immigration juive. Ainsi, si nous comparons les chiflres des immigrants de 1910 avec ceux de 1S99, nous constatons, en ellet, que la migration polonaise a plus que (inodnijdr (augmentation à laison (b^ KKI à i-il), <i'lle des Itulliènes a vingluplr (de lOO à lU93j, tandis (jue celle des Juifs n'a que (loul)l(' (augmentation à raison de 10(1 à 22."»).
nifiiit liaissé beaucoii|i iiciidanl, l^s mois siiiv;mts, mais an total pour l'ail fiscal l'.ios, cllr a moins (limimu- (jutt l'iinmi^ratioii des Slavps, ihîs Ilalieiis etc. I.e vnurcc)itu>i<' »1<'8 .Viif^lais.dcs ,\Ilcmands, des Juifs a ilù, par coiiséiiMcnt, montor en I'.hih (anM''c fiscale).
Ilersch 3
34 i-i:s DiME.NSio.NS m: i.'kmicuation jiivk
Néanmoins, il est encore vrai que, si l'on considère les totaux du mouvement migratoire des 12 dernières années, l'iniinif/ratioii des Juifs reste sensibletnent supérieure à celle des Polonais (de 13 0/0, soit une dillérence de 125.000 émigranls) et dépasse de plus de sept fois l'iniDiigration ruthène.
Mais, pour rendre la comparaison plus nette, pour faire mieux ressortir les caractères et les tendances propres au mouvement migratoire juif, pour pouvoir établir les forces motrices de ce mouvement ainsi que l'inlluence qu'exercent sur lui les conditions spéciales des divers pays, il est nécessaire de comparer l'émigration des Juifs et celle d'autres peuples pour chaque pays séparément. Nous le ferons pour l'empire russe et [)our la monarchie des Habsbourg, ces deux pays différant profondément au point de vue politique (surtout en ce qui concerne la situation juridique des Juifs) et fournissant à eux seuls les neuf dixièmes des émigrants juifs de nos jours. Nous comparerons donc, d'une part, le nombre des émigrants juifs de l'empire russe aux Etats-Unis avec celui des immigrants polonais et lithuaniens venus du même empire (car c'est surtout parmi les Polonais et les Lithuaniens qu'est concentrée la population israélite de l'empire des tsars) et, d'autre part, le nombre des immigrants juifs venus de la monarchie des Habsbourg avec celui des Polonais et des Ruthènes venus du même pays aux Etats-Unis (c'est en Galicie, donc parmi les Ruthènes et les Polonais, que sont surtout concentrés les sujets juifs des Habsbourg). Nous obtenons ainsi le tableau suivant : {page 35).
En ce qui concerne l'empire russe, nous constatons donc que l'émigration des Juifs dépasse de beaucoup celle des peuples au milieu desquels ils habitent : en prenant la première décade du xx« siècle, nous
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