CHAPITRE XXV
CO:VSOE.ATIOIV'S
Pendant l'entretien d'Adrienne et de Rose-Pompon, une scène tou» chante s'était passée entre Agricol et la Mayeux, restés fort surpris de la condescendance de mademoiselle de Cardoville à l'égard de la grise l te.
{ Aussitôt après le départ d'Adrienne, Agricol s'agenouilla devant la couche de la Mayeux, et lui dit avec une émotion profonde : — Nous sommes seuls... je puis enfin te dire ce que j'ai sur le cœur. Tiens... vois-tu!... c'est aflieux, ce que tu as tait... momùr de misère... de désespoir... et ne pas m'appeler auprès de toi!
— Agricol... écoute-moi...
— Non... tu n'as pas d'excuse... A quoi sert donc, mon Dieu! de nous être appelés frère et sœur, de nous être donné pendant quinze
m LE JUIF ERRANT
ans les preuves de la plus sincère afTecUon, pour qu'au jour da malliour lu te décides ainsi à quitter la vie, sans l'inquiéter de ceux que lu laisses... sans songer que te luer, c'est leur dire : « Vous n'êtes rien pour moi! »
— Pardon, Agricol... c'est vrai... je n'avais pas pensé à cela, — dit la Mayeux en baissant les yeux; — mais... la misère... le manque de travail!...
— La misère,., le manque de travail! et moi donc, est-ce que je n'étais pas là?
— Le désespoir!...
— Et pourquoi le désespoir? Cette généreuse demoiselle te recueille chez elle; appréciant ce que tu vaux, elle te traite comme son amie, et c'est au moment où tu n'as jainais eu plus de garanties de bonheur... pour l'avenir, pauvi-e enfant... que tu abandonnes brusquement la maison de mademoiselle de Cardoville... nous laissant tous dans une horrible anxiété sur ton sort !
— Je... je... craignais d'être à charge... à ma bienfaitrice... — dit la Mayeux en balbutiant.
— Toi à charge... à mademoiselle de Cardoville... elle si riche, ?.i bonne !...
— J'avais peur d'être indiscrète... — dit la Mayeux de plus en plus embarrassée...
Au lieu de répondre à sa sœur adoptive, Agricol garda le silence, la contempla pendant quelques instants avec ime expression indéfinissable; puis s'écria tout à coup, comme s'il eût répondu à une question qu'il se posait à lui-même : — Elle me pardonnera de lui avoir désobéi; oui, j'en suis sûr. — Alors s'adrcssant à la Mayeux, qui le regardait de plus on plus étonnée, il lui dit d'une voix brève et émue : — Je suis trop franc; cette position n'est pas tenable; je te fais des reproches, je te blâme... et je ne suis pas à ce que je te dis... je pense à autre chose...
— A quoi donc, Agricol ?
— J'ai le cœiu- navré en songeant au mal que je t'ai fait...
— Je ne comprends pas... mon ami... tu ne m'as jamais fait de mal...
— Non... n'est-ce pas?... jamais... pas même dans les petites choses? lorsque, par exemple, cédant à une détestable habitude d'enfance, moi qui pourtant t'aimais, te respectais comme ma ^œur... je t'injuriais cent fois par jour...
— Tu m'injuriais?
— Et que faisais-je donc, en te donnant sans cesse un sobriquet odieusement ridicule... au lieu de l'appeler par ton nom?
A ces mots, la Mayeux regai-da le forgeron avec effroi, tremblant
LÉ JUIF ËRUANT Ci
qu'il ne fût instruit de son triste secret, molgré l'assurance contraire qu'elle avait reçue de mademoiselle de Cardoville; pourtant elle se calma en pensant qu'Agricol avait pu réfléchir à l'humiliation qu'elle devait éprouver à s'entendre sans cesse appeler la Jlayeux. Aussi ripondit-elle en s'efforçant de sourire: — Peux-tu te chagriner pour î' peu de chose? C'était, comme tu le dis, Agricol, une habitude li enfance... Ta bonne et tendre mère, qui me traitait comme sa lîlle... m'appelait aussi la Mayeux, tu le sais bien.
— Et ma mère..,, est-elle aussi allée te consulter sur mon mariage, le parler de la rare beauté de ma fiancée, te prier de voir cette jeune fille, d'étudier son caractère, dans l'espoir que l'instinct de ton attachement pour moi t'a^'ertirait... si je faisais un mauvais choix? Dis, ma mère a-t-elle eu cette cruauté ? Non... c'est moi qui ainsi te déchirais le cœur.
Les craintes de la Mayeux se réveillèrent; plus de doute, Agiùcol savait son secret. Elle se sentit mourir de confusion; pourtant, faisant un dernier effort pour ne pas croire à cette découverte, elle murmura d'une voix faible : — En effet... Agricol... ce n'est pas ta mère qui m'a priée de cela... c'est toi... et... et... je l'ai su gré de celte preuve de ta confiance.
— Tu m'en as su gré... malheureuse enfant ! — s'écria le forgeron les yeux remplis de larmes; — non...cen'est pas vrai, car je te faisais im mal affreux... j'étais impitoyable... sans le savoir... mon Dieu !
— Mais... — dit la Mayeux d'une voix à peine intelligible, — pourquoi penses-tu cela?
— PoTu-quoi? parce que tu m'aimais ! — s'écria le forgeron d'une voix palpitante d'émotion, en serrant fraternellement la Mayeux entre ses bras.
— Oh ! mon Dieu !... — murmiua l'infortunée en tâchant do cacher son visage entre ses mains, — il sait tout.
— Oui... je sais tout, — reprit le forgeron avec une expression de tendresse et de respect indicible, — oui, je sais tout... et je no veux pas, moi, que tu rougisses d'un sentiment qui m'honore et dont je m'enorgueillis; oui, je sais tout, et je me dis avec bonheur, avec fierté, que le meilleur, que le plus noble cœur qu'il y ait au monde a été à moi, est à moi... sera toujours à moi... Allons, Made!eine,j laissons la honte aux passions mauvaises; allons, le front haut, relève les yeux, regarde-moi... Tu sais si mon visage a jamais menti... tu sais si une émotion feinte s'y est jamais réOéchie... eh bien, regarde-moi, te dis-je, regarde... et tu liras sur mes traits combien je suis fier, oui, entends-tu, Madeleine, légitimement fier de ton amour...
La Mayeux, éperdue de douleur, écrasée de confusion, n'avait pas
jusqu'alors osé lever les yeux sur Agricol; mais la parole du forgeron exprimait une conviction si profonde, sa voix vibrante révélait une émotion si tendre, que la pauvre créature sentit malgré elle sa-, honte s'effacer peu à peu, surtout lorsque Agricol eut ajouté avec une' exaltation croissante : — Va, sois tranquille, ma noble et douce Madeleine, de ce digne amour... j'en serai digne; crois-moi, il te causera autant de bonheur qu'il t'a causé delarmes.-.Pourquoi donc cet amcui serait-il désormais pour toi un sujet d'éloignement, de ccnfusion ou de crainte? Qu'est-ce donc que l'amour, ainsi que le comprend ton adorable cœur? Un continuel échange de dévouement, de tendresse, une estime profonde et partagée, une mutuelle, une aveugle confiance? Eh bien, Madeleine, ce dévouement, cette tendresse, cette confiance, nous les aurons l'un pour l'autre, oui, plus encore que par le passé. Dans mille occasions, ton secret t'inspirait de la crainte, de la défiance... à l'avenir, au contraire, tu me verras si radieux de remplir ainsi ton bon et vaillant cœur, que tu seras heureuse de tout le bonheur que tu me donnes... Ce que je te dis là est égoïste... c'est possible; tant pis !... je ne sais pas mentir.
Plus le forgeron parlait, plus la Ma yeux s'enhardissait... Ce qu'elle avait smtout redouté dans la révélation de son secret, c'était de le voir accueilli par la raillerie, le dédain, ou une compassion humiliante; loin de là, la joie et le bonheur se peignaient véritablement sur la mâle et loyale figure d'Agricol; la Mayeux le savait incapable de feinte; aussi s'écria-t-clle cette fois sans confusion, et au contraire, elle aussi... avec ime sorte d'orgueil : — Toute passion sincère et pure a donc cela de beau, de bien, de consolant, mon Dieu ! qu'elle finit toujours par mériter un touchant intérêt lorsqu'on a pu résister à ses premiers orages ! elle honorera donc toujours et le cœur qui l'ins]Mre et le cœur qui l'éprouve! Grâce à toi, Agricol, grâce à tes bonnes paroles qui me relèvent à mes propres yeux, je sens qu'au lieu de rougir de cet amour, je dois m'en glorifier... Ma bienfaitrice a raison... tu as raison; pourquoi donc aurais-je honte? N'est-il donc pas saint et vrai, mon amour? Être toujours dans ta vie, t'aimer, te le dire, et le prouver par une affection de tous les instants, qu'ai-je espéré de plus? et pourtant la honte, la crainte, jointes au vertige que ."^^nne le malheur arrivé à son comble, m'ont poussée jusqu'au suicrcfe ! C'est qu'aussi, vois-tu, mon ami, il faut pa: donner quelque chose aux mortelles défiances d'une pauvre créature vouée au ridicule depuis son enfance... Et puis, enfin... ce secret... devait mourir avec moi, à moins qu'un hasard impossible à prévoir ne te le révélât... Alors, dans ce cas, tu as raison, sûre de moi-même, sûre de toi... je n'aurais rien dû redouter; mais il faut m'être indulgent : la méfiance, la cruelle méfiance de soi... fai*. malheureuse-
meni clouter des autres... Oublions tout cela... Tiens, Agricole, mon génèceux frère, je te dirai ce que tu me disais tout à l'heure : Regardiî-moi bien, jamais non plus, tu le sais, mon visage n^'a menti ; eh bien, regarde... vois si mes yeux, fuient les tiens... vois si, de ma vie, /ai eu l'air aussi heureux... et pourtant tout à l'heure j'allai: mourir.
La Mayeux disait vi-ai... Agricol lui-même n'eût pas espéré un efTef si pmmpt de ses paroles; malgré les traces profondes que la misèrOj que k chagrin, que la maladie, avaient imprimées sur le visage de la jeuntî fille, il rayonnait alors d'un bonheur rempli d'élévation, de sérénité, tandis que ses yeux bleus, doux et purs comme son âme, s'attachaient sans embarras sur ceux d'Agricol.
— Oh ! merci, merci! — s'écria le forgeron avec ivresse. — En te voyatit si calme, si hem-euse, Madeleine... c'est de la reconnaissance que j'éprouve. «
— Oui, calme, oui, heureuse, — reprit la Slayeux, — oui, à tout jamais heureuse, car maintenant... mes plus secrètes pensées tu les sauras... Oui, heureuse, car ce jour, commencé d'une manière si funeste, finit comme un songe divin; loin d'avoir peur, je te regarde avec ivresse; j'ai retrouvé ma généreuse bienfaitrice, et je suis tranquille sur le sort de ma pauvre sœur... Oh ! tout à l'heure, n'est-ce pas ? nous la verrons, car cette joie, il faut qu'elle la partage.
La xMayeux était si heureuse, que le forgeron n'osa ni ne voulut lui apprendre encore la mort de Céphyse, dont il se réservait de l'instruire avec ménagements; il répondit : — Céphyse, par cela même qu'elle est plus robuste que toi, a été si rudement ébranlée, qu'il sera prudent, ra'a-t-on dit tout à l'heure, de la laisser pendant toute cette journée dans le plus grand calme.
— J'attendrai donc; j'ai de quoi distraire mon impatience, j'ai tant à te dire...
— Chère et douce Madeleine...
— Tiens, mon ami, — s'écria la Mayeux en interrompant Agricol A en pleurant de joie, — je ne puis te dire, vois-tu, ce que j'éprouve cjuand tu m'appelles Madeleine... C'est quelque chose de si suave, de si doux, de si bienfaisant, que j'en ai le cœur tout épanoui.
— Malheureuse enfant, elle a donc bien souffert, mon Dieu ! — s'écria le forgeron avec un attendrissement inexprimable, — qu'elle montre tant de bonheur, tant de reconnaissance, en s'entendant appeler de son modeste nom...
— Mais, pense donc, mon ami, que ce mot dans ta bouche résume pour moi toute une vie nouvelle 1 Si tu savais les espérances, les délices qu'en un instant j'entrevois pour l'avenir ! si tu savais toutes les chères ambitions de ma tendresse... Ta lemme, cette charmante An-;
C^ LE JUIF EUKANT
gèle... avec sa figure d'apge et son âme d'ange... oh! ù mon tour, je te (lis : Regarde-moi, et tu verras que ce doux nom m'est doux aux lèvres et au cœur... oui, ta charmante et bonne Angèle m'apellei a aussi Madeleine... et tes enfants... Agricol... tes eulanls ! ! chers i^etils êUes adorés ! pour eux aussi... je serai iMadeleine... leur bonne Madeleine,- par Tamour que j'aurai pour eux, ne seront-ils pas à nioi aussi bien qu'à leur mère? car je veux ma part des soins maternels; ; ils seront à nous trois, n'est-ce pas, Agricol?... Oh! laisse, laisse-moi pleurer. ..laisse-moi, c'est sibon des larmes sans amertume, des larmes qu'on ne cache pas!... Dieu soit béni! grâce à toi, mon ami... la source de celles-là est à jamais tarie.
Depuis quelques instants, cette scène attendrissante avait un témoin invieijjle. Le forgeron et la Mayeux, trop émus, ne pouvaient apercevoir niademoisellc de Cardoville debout au seuil de la porte.
Ainsi que l'avait dit la Mayeux, xe jour, connnencé pour tous sous de funestes auspices, était devenu pour tous un jour d'ineffable félicité. Adrienne aussi était radieuse : Djalma lui avait été fiJèle, Djalma l'aimait avec passion. Ces odieuses apparences dont elle avait été dupe et victime étaient évidemment une nouvelle trame de Rodin, et il ne restait plus à mademoiselle de Cardoville qu'à découvrir le but de ces machinations. Une dernière joie lui était réservée... En fait de bonheur... rien ne rend péuélrant... comme le bonheur : Adrienne devina, aux deiuiières paroles de la Mayeux, qu'il n'y avait plus de secret entre l'ouvrière et le forgeronj aussi ne put-elle s'empêcher de s'éciier en entrant : — Ah ! ce jour est le plus beau de ma vie... car je ne suis pas seule à être heureuse.
Agricol et la Mayeux se retournèrent vivement.
— Mademoiselle, — dit le forgeron, — malgré la promesse que je vous ai faite, je n'ai pu cacher à Madeleine que je savais qu'elle m'aimait.
— Maintenant que je ne rougis plus de cet amour devant Agricoî, comment en rougirais-je devant vous, mademoiselle, devant vous qui, tout à l'heure encore, me disiez : « Soyez lière de cet amour... car il est noble et pur!...» — dit la Mayeux; et le bonheur lui donna la force de se lever, et de s'appuyer sur le bras d'Agricol.
— Bien! bien! mon am.ie, — lui dit Adrienne en allant à elle et l'entourant d'un de ses bras afin de la soutenir aussi; — un mot seulement pour excuser une indiscrétion que vous pourriez me reprocher... Si j'ai dit votre secret à M. Agricol...
— Sais-tu pourquoi, Madeleine? — s'écria le forgeron en interrompant Adiiem!3. — Eiicove une preuve de celte délicate générosité de cœur qui ne se dément jamais chez inulemoiselle. «J'ai hésité longtemps à vous coniicr ce tcciet^ m'a-t-c!lo dit ce uialin, mais
je m'y décide; nous allons retrouver votre sœur adoptive; vous èks pour elle le meilleur des frères, mais, sans le savoir, sans y songer. Lion des fois vous la blessiez cruellement; maintenant vous savez son secret... je me repose "^ur votre cœur pour le garder fidèlement, et pour épargner mille douleurs à cette pauvre enfant... douleurs d'autant plus amèros qu'elles viennent de vous, et qu'elle doit soulnùr eu silence. Ainsi, quand vous parlerez de votre femme, de votre bonhem', mcltez-y assez de ménagements pour ne pas froisser ce cœur noble, bon et tendre...» Oui, Madeleine, voilà pourquoi mademoiselle a commis ce qu'elle appelle une indiscrétion.
— Les termes me manquent, mademoiselle... pour vous remercier encore et toujours, — dit la Mayeux.
— Voyez donc un peu, mon amie, — reprit Adrienne, — combien les ruses des mécbants tournent souvent contre eux; on redoutait votre dévouement pour moi, on avait ordonné à cette malheureuse Florine de vous dérober votre journal...
— Afin de m'obliger de quitter votre maison à force de honte, mademoiselle, quand je saurais mes plus secrètes pensées livTées aux railleries de tous... Maintenant, je n'en doute pas, — dit la Mayeux.
— Et vous avez raison, mon enfant. Eh bien, cette horrible méchanceté, qui a failli causer votre mort, tourne, à cette heure, à la confusion des méchants; leur trame est dévoilée... celle-là, et heureusement bien d'autres encore, — dit Adrienne en songeant à Rose- Pompon. Puis elle reprit avec une joie profonde: — Enfin, nous voici plus unies, plus heureuses que jamais, et retrouvant dans notre fé:icité même de nouvelles forces contre nos ennemis; je dis nos en» nemis, car tout ce qui m'aime est odieux à ces misérables... Maisg courage ! l'heure est venue, les gens de cœur vont avoir leur tour...
— Dieu merci ! mademoiselle... — dit le forgeron, — et, pour ma part, ce n'est pas le zèle qui me manque; quel bonheur de leur arracher leur masque !
— Laissez-moi vous rappeler, monsieur Agricol, que vous avoiî demain une entrevue avec M. Hardy.
— Je ne l'ai pas oublié, mademoiselle, non plus ;:::■; vos offres géîici'ouses.
— C'est tout simple, il est des miens; rcpétez-Iui bien ce que je ',ais d'ailleurs lui écrire ce soir, que tous les fonds qui lui sont nécessaires pour rél:iblir sa-^abri({ue sont à sa disposition; ce n'est pas seulement pour lui (p'.e je parie, mais pour cent familles réduites à un sort précaire... Suppiie2-le surtout d'abandonner au plus tôt la funeste maison où il a été conduit ; pour mille raisons, il doit se défier de tout ce qui l'entoure.
— Soyez lran<juille, mademoiselle... la lettre qu'il m'a écrite, en
yéponsc à celle que j'étais parvenu à lui faire remctlre secrètement, était couite, affectueuse, quoique bien triste; il m'accorde une entre\'ue; je suis sûr de le décider,., à quitter cette triste demeure, et peut-être à l'emmener avec moi : il a toujoiu^s eu tant de confiance dans mon dévouement !
— Allons, bon courage, monsieur Agricol, — dit Adrienne en mettant son manteau sur les épaules de la Mayeux et en l'enveloppant avec soin. — Partons, car il se fait tard. Aussitôt arrivée chez moi, je vous donnerai une lettre pour M. Hardy, et demain vous viendrez me dire, n'est-ce pas? le résultat de votre visite. — Puis, se reprenant, Adrienne rougit légèrement et dit : — Non... pas demain... Écrivez-moi seulement, et après-demain, sur le midi, venez.
Quelques instants après, la jeune ouvrière, soutenue par Agricol et Adrienne, avait descendu l'escalier de la triste maison, cl étant montée en voiture avec mademoiselle de Cardoville, elle demanda avec les plus vives instances à voir Céphyse; en vain Agricol avait répondu à la Mayeux que cela était impossible, qu'elle la verrait le lendemain.
Grâce aux renseignements que lui avait donnés Rose-Pompon, mademoiselle de Cardoville, se défiant avec raison de tout ce qui entourait Djalma, cmt avoir trouvé le moyen de faire remettre, le soir même, et sûrement, une lettre d'elle entre les mains du prince.