CHAPITRE XLII
LE LIOIV BLESSÉ
Telle était la scène dont le retentissement avait si fort elfrayé Rose et Blanche. D'abord, seul chez lui, le maréchal Simon, alors dans un état d'exaspération difficile à rendre, s'était mis à marcher précipitamment, sa belle et mâle figure enflammée de colère, ses ■jeux étincelants d'indignation, tandis que sur son large front couronné de cheveux grisonnants, coupés très court, quelques veines, dont on aurait pu compter les battements, semblaient gonflées à se rompre; parfois son épaisse moustache noire s'agitait par un mouvement convulsif, assez semblable à celui qui tord la face du lion en fureur. Et de même aussi qu'un lion blessé, harcelé, torturé par mille piqûres invisibles, va et vient avec un courroux sauvage dans la loge où il est retenu, le maréchal Simon haletant, courroucé, allait et venait dans sa chambre, pour ainsi dire par bonds; tantôt il marchait un peu courbé comme s'il eût fléchi sous le poids de sa colère j tantôt, au contraire, s'arrêtant brusquement, se redressant ferme sur ses reins, croisant ses bras sur sa robuste poitrine, le front haut, menaçant, le regard terrible, il semblait défier un ennemi invisible en murmurant quelques exclamations confuses; c'était alors l'homme de guerre et de bataille dans toute sa fougue intrépide. Bientôt le maréchal s'arrêta, frappa du pied avec colère, s'approcha de I9 cheminée, et sonna si violemment que le cordon lui resta dans U taaaiii. Un domestique accourut à ce tintement précipité.
i06 LE JUIF ERRANT
— Vous n'avez donc pas dit à Dagobert qiie je voulais lui pailer?
— s'écria le maréchal.
— J'ai exécuté les ordres de mdnsieut- le duc; mais M. Dagobert 'iccompagnait son fils jusqu'à la porte de la cour, et...
— C'est bon, — dit le maréchal Simon en faisant de la main ut.. g este impérieux et brusque.
Le domestique sortit, et son maître continua de marcher à grande pas, en froissant avec rage une lettre qu'il tenait dans sa main gauche. Cette lettre lui avait été innocemment remise pa? Rabat' Joie, qui, le voyant rentrer, était accouru lui fau-e fête.
Enfin la porte s'ouvrit, Dagobert panit.
— Voilà bien longtemps que je vous ai fait demander, monsieur,
— s'écria le maréchal d'un ton irrité.
Dagobert, plus peiné que surpris de ce nouvel accès d'emportement, qu'il attribuait avec raison à l'état de surexcitation presque continuelle où se trouvait le maréchal, répondit doucemeïit : — Mon général, excusez-moi, mais je reconduisais mon fils... et...
— Lisez cela, monsieur, — dit brusquement le maréchal en l'interrompant et lui tendant la lettre.
Puis, pendant que Dagobert Usait, le maréchal reprit avec une colère croissante, en renversant du pied une chaise qui se trouvait sur son passage ; — Ainsi, jusque chez moi, jusque dans ma maison, il est des misérables sans doute gagnés par ceux qui me harcèient avec un incroyable acharnement... Eh bien! avez-vous lu, monsieur?
— C'est une nouvelle infamie... à ajouter aux autres, — dit froidement Dagobert.
Et il jeta la lettre dans la cheminée.
— Cette lettre est infâme... mais elle dit \ra\, — reprit le maréchal.
Dagobert le regarda sans le comprendre.
Le maréchal continua : — Et cette lettre infâme, savez-vous qui l'a remise entre Vr^ \aains? car on dirait que le démon s'en mêle : c'est votre chien! ''
— Rabat-Joie?... — dit Dagobert au comble de la surprise.
— Oui, — reprit amèrement le maréchal; — c'est sans doute unfi. plaisanterie de votre invention?...
— Je n'ai guère le cœur à la plaiï^anterie, mon général, — reprit Dagobert de plus en plus attristé de l'état d'irritation où il voyait le maréchal; — je ne m'explique pas comment cela est arrivé... Rabat- Joie rapporte très bien, il aura sans doute trouvé la lettre dans la maison, et alors...
— Et cette lettre, qui l'avait laissée ici? Je suis donc entouré de traîlres? vous ne surveillez donc r:en,vp''~"-:i qui j'àî tdiité cdhfiaiicef
— Mon général... écoutoi-moi...
Mais le maréchal reprit sans vouloir Tentendrc : — Comment, mordieu! j'ai fait vingt-cinq ans la guerre, j'ai tenu tète à des armc'es, j'ai victorieusement lutté contre les plus mauvais temps de l'exil et de la proscription, j'ai résisté à des coups de massue... et je serais tué à coups d'épingle! Comment! poursuivi jusque chez moi, je serai impunément harcelé, obsédé, torturé à chaque instant, par suite de je ne sais quelle misérable haine! Quand je dis je ne sais... je me trompe... d'Aigrigny, le renégat, est au fond de tout cela, j'en suis sûr. Je n'ai au monde qu'un ennemi... et c'est cet homme; il faut que j'en finisse avec lui, je suis las... c'est trop.
— Mais, mon général, songez donc que c'est un prêtre, et...
— Et que m'importe qu'il soit prêtre? Je l'ai mi manier l'épée; je saurai bien faire monter à la face de ce renégat son sang de soldat!...
— Mais, mon général...
— Je vous dis, moi, qu'il faut que je m'en prenne à quelqu'un, — s'écria le. maréchal en proie à une violente exaspération; — je vous dis qu'il faut que je mette un nom et une figure à ces lâchetés ténébreuses, pour pouvoir en finir avec elles!... Elles m'enserrent de toutes parts, elles font de ma vie un enfer... vous le savez bien... et l'on ne tente rien pour épargner ces colères qui me tuent à petit feu. Je ne puis compter sur personne!...
— Mon général, je ne peux pas laisser passer cela, — dit Dagobert d'une voix calme, mais ferme et pénétrée.
— Que signifie?...
— Mon général, je ne peiu pas vous laisser dire que vous ne comptez sur personne; vous fiuiiiez par le croire, et ça serait encore plus dur pour vous que pour ceux qui savent à quoi s'en tenu" sur leur dévouement et qui se jetteraient dans le feu pour vous, et... je suis de ceux-là... moi... vous le savez bien.
Ces simples paroles, dites par Dagobert avec un accent profondément ému, rappelèrent le maréchal à lui-même; car ce caractère loyal et généreux pouvait bien de temps à autre s'aigrir par l'irritation et le chagrin, mais il reprenait bientôt sa droiture première ; aussi, s' adressant à Dagobert, il reprit d'un ton moins bi~usque, mais qui décelait toujours une vive agitation : — Tu as raison, je ne dois pas douter de toi; l'irritation m'emporte; cette lettre in- ' fàme m'a mis hors de moi... c'est à en devenir fou. Je suis injuste, bourru... ingrat... oui, ingrat... et envers qui!... envers toi.., encore...
— Ne parlons plus de moi, mon général; avec des mots pareils au bout de l'an, vous pomriez me brutaliser toute l'année... Maia que vtius est-il arrivé?...
La physionomie du maréchal redevint sombre, il dit d'une voix brève et rapide : — Il m'est arrivé... qu'on me mépiise, qu'on me dédaigne.
— \'ous... vous!...
— Oui, moi, et après tout, — reprit le maréchalavec amcrtumi;, — pourquoi te cacher cette nouvelle blessure? J'ai douté do toi, cl j^ te dois un dédommagement; apprends donc tout : depuis quehin; temps, je m'en aperçois, lorsque je les rencontre, mes anciens coin pagnons darmes s'éloignent peu à peu de moi...
— Comment... cette lettre anonyme do tout à l'heure... c'était à cela...
— Qu'elle faisait allusion... oui... et elle disait vrai, — reprit le maréchal avec un soupir de rage et d'indignation.
— Mais c'est hnpossible, mon général, vous si aimé, si respecté...
— Tout cela, ce sont des mots ; je te parle de faits, moi. Quand je parais, souvent l'entretien commencé cesse tout à coup ; au lieu de me traiter en cainarade. de guerre, on aff^'cte envers moi une politesse rigoureusement froide; ce sont enfm mille nuances, mille riens qui blessent le cœur, et dont on ne peut se formaliser...
— Ce que vous me dites là... mon général, me confond, — reprit Dagobert atterré. — Vous me l'assui'ez... je dois vous croh-e...
— C'était intolérable. J'ai voulu en avoir le cœur net; ce matin je vais chez le général d'Havrincouit ; il était avec moi colonel dans la garde impériale : c'est l'honneur et la loyauté même. Je viens à lui le cœur ouvert. « Je m'aperçois, lui dis-je, de la froideur qu'on me témoigne ; quelque calomnie doit circuler contre moi ; dites-moi tout; connaissant les attaques, je nie défendrai hautement, loyalement. »
— Eh bien, mon général?
— D'Iîavrincourt est resté impassible, cérémonieux; à mes questions, il m'a répondu froidement : « Je ne sache pas, monsieur le maréchal, qu'aucun bruit calomnieux ait été répandu sur vous. — 11 ne s'agit pas de m'appeler monsieur le maréchal, mon cher d'Ili- "vrincourt ; nous sommes de vieux soldats, de vieux amis; j'ai l'honneur inquiet, je l'avoue , car je trouve que vous et nos camarade!-; ne m'accueillez plus cordialement comme par le paesé. Ce n'est pa> à nier... je le vois, je le sais, je le sens... » A cela, d'Havrincourl me répond a"vec la même froideur : « Jamais je n'ai vu qu'on ail manqué d'égards eii\"rs vous. — Je ne vous parle pas d'égards, me suis-je écrié en sen&nt affectueusement sa main, qui a faiblement répondu à mon étreinie; je vous parle de la cordialité, de la confiance qu'on me témoignaiî . tandis que maintenant l'on me traite de plus en plus en étiangcr Pourquoi cela? pourquoi ce chan-
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gement? » Toujours froid et réservé, il me répond : « Ce sont là des réserves si délicates, monsieur le maréchal, qu'il m'est impossible de vous donner un avis à ce sujet. » Mon cœur a bondi de colère, de douleur. Q\ie faire? Provoquer d'Havrincourt, c'était fou; par dignité, j'ai rompu cet entretien, qui n'a que trop confirmé mes jcraintes... Ainsi, — ajouta le maréchal en s'animant de plus en jplus, — ainsi je suis sans doute déchu de l'estime à laquelle j'ai ,' droit, méprisé peut-être, sans en savoir seulement la cause ! Cela n'est-il pas odieux? Si du moins on articulait un fait, un bruit quelconque, j'aurais prise au moins pour me défendre, pour me venger ou pour répondre. Mais rien, rien, pas un mot; une froideur polie aussi blessante qu'une insulte... Oh! encore ime fois, c'est trop... c'est trop... car tout ceci se joint encore à d'autres soucis. Quelle vie est la mienne depuis la mort de mon père?... Trou vé-je du moins quelque repos, quelque bonheur dans ma maison? Non. J'y rentre, c'est pour y lire des lettres infâmes... et de plus, — ajouta le maréchal d'un ton déchirant après un moment d'hésitation, — et de plus, je trouve mes enfants de plus en plus indifférentes pour moi... Oui, — ajouta le maréchal en voyant la stupeur de Dagobert, — et elles ne sa,vent pourtant pas combien elles me sont chères.
— Vos filles... indifférentes ! — reprit Dagobert avec stupeur, — vous leur faites ce reproche ?
— Eh ! mon Dieu ! je ne les blâme pas ; à peine si elles ont eu le temps de me connaître.
— Elles n'ont pas eu le temps de vous connaître ! — reprit le soldat d'un ton de reproche, en s'animant à son tour. — Ah ! et de quoi leur mère leur parlait-elle, si ce n'est de vous ? Et moi donc, est-ce qu'à chaque instant vous n'étiez pas en tiers avec nous ? Et qu'aurions-nous donc appris à vos enfants, sinon à vous connaître, à vous aimer ?
— Vous les défendez... c^est justice... elles vous aiment mieux que moi, — dit le mai'échal avec une amertume croissante.
Dagobert se sentit si péniblement ému, qu'il regarda le maréchal sans lui répondre. »
— Eh bien, oui, — s'écria le maréchal avec une douloureusd expansion, — oui, cela est lâche et ingrat, soit; mais il n'importe!... Vingt fois j'ai été jaloux de l'affectueuse confiance que mes enfanhj vous témoignaient, tandis qu'auprès de moi elles semblent toujours craintives. Si leurs figures mélancohques s'animent quelquefois d'une expression un peu plus gaie que d'habitude, c'est en vous parlant, c'est en vous voyant ; tandis que pour moi il n'y a que respect, contrainte, froideur... et ce calme me tue. Sûr de l'affection de mes enfants, j'aurais tout bravé... tout surmonté. — Puis, voyanl
Dagobcrt s'élancer vers la porte qui communiquait dans l'appai temciit de Rose et de BlanchC;, le maréchal lui dit : — Où vas-tu ?
— Chercher vos filles, mon général.
— Pourquoi faire?
— Pour les mettre en face de vous, pour leur dire : « Mes enfants, votre père croit que vous ne l'aimez pas... » Je ne leur dirai que ce!:i... et vous verrez...
— Dagobert! je vous le défends, — s'écria vivement le père de Ro3e et de Blanche.
— Il n'y a pas de Dagobert qui tienne... Vous n'avez pas le droit d'être injuste envers ces pauvres petites.
El le soldat fit de nouveau un pas vers la porte.
— Dagobert, je vous ordonne de rester ici, — s'écria le maréchal.
— Écoutez, mon général : je suis votre soldat, votre inférieur, votre serviteur, si vous voulez, — dit rudement l'ex-grenadier à cheval; — mais il n'y a ni rang ni grade qui tienne quand il s'agit de défendre vos filles... Tout va s'expliquer... Mettre les braves gens en face... je ne connais que ça.
Et si le maréchal ne l'eût arrêté par le bras, Dagobert entrait dans l'appartemeîU des orphelines.
— Restez, — dit si impérieusement le maréchal, que le soldat, habitué à l'obéissance, baissa la tête et ne bougea pas.
— Qu'allez-vous faire? — reprit îe maréchal : — dire à mes filles que je crois qu'elles ne m'aiment pas? provoquer ainsi des affections de tendresse que ces pauvres enfants ne ressentent pas... ce n'est pas leur faute... c'est la mienne sans doute.
— Ah ! mon général , — dit Dagobert avec un accent navré , — ce n'est plus de la colère que j'éprouve... en vous entendant parler ainsi de vos enfants... c'est de la douleur... vous me brisez le cœur...
Le maréchal, touché de l'expression de la physionomie du soldat, reprit moins brusquement : — Allons, soit, j'ai encore tort; et pourtant... voyons, je vous le demande... sans amertume... sans jalousie... mes enfants ne sont-elles pas plus confiantes, plus familières/ avec vous qu'avec moi? '
— Eh! mordieu! mon général, — s'écria Dagobert, — si vous le^ prenez par là... elles sont encore plus familières avec Rabat-Joie qu'avec moi!... Vous êtes leur père... et si bon que soit un père, il impose toujours... Elles sont familières avec moi? pardieu! la belle histoii-c! Quel diable de respect voulez-vous qu'elles aient pour moi, qui, sauf mes moustaches et mes six pieds, suis environ comme une vieille viie qui les aurait bercées... Et puis, il faut aussi tout dire : dès avant la mar^ de votre brave père, vous étiez triste... préoccupé..j!ces enfar' >iant remara"'* "''Ja... et ce que vous prencï
pour de la froideur... de leur part, jo suis sûr que c'est de l'inquiétude pour vous... Tenez, mon général, vous n'êtes pas juste... vous vous plaignez de ce qu'elles vous aiment trop...
— Je me plains... de ce que je souffre, — "dit le maréchal avec un emportement doidoureux; — moi seul... je connais mes souffi'ances.
— Il faut qu'elles soient vives... mon général, — dit Dagobcrt, entraîné plus loin qu'il ne le voulait peut-être par son attacliemeni pour les orphelines; — oui, il faut que vos souffrances soient vives, car ceux qui vous aiment s'en ressentent cruellement.
— Encore des reproches, monsieur!...
— Eh bien! oui, mon général, oui, des reproches, — s'écria Dagobert; — ce sont vos enfants qui auraient plutôt à se plaindre de vous, à vous accuser de froideur, puisque vous les méconnaissez ainsi.
— Monsieur... — dit le maréchal en se contenant avec peine, — Monsieur... c'est assez... c'est trop...
— Oh! oui, c'est assez... — reprit Dagobert avec une émotion ' croissante; — au fait, à quoi bon défendre de malheureuses enfants
qui ne savent que se résigner et vous aimer? à quoi boa les défendre contre votre malheureux aveuglement?
Le maréchal fît un mouvement d'impatience et de colère, puis il reprit avec un sang-froid forcé : — J'ai besoin de me rappeler tout ce que je vous dois... et je ne l'oublierai pas... quoi que vous fassiez...
— Mais, mon général, — s'écria Dagobert, — pourquoi ne voulez-vous pas que j'aille chercher vos enfants?
— Mais vous ne voyez donc pas que cette scène me brise, me tue ! — s'écria le maréchal exaspéré. — Vous ne comprenez donc pas que je ne veux pas rendre mes enfants témoins de ce que j'endure!... Le chagrin d'un père a sa dignité, monsieur; vous devriez le sentir et le respecter.
— Le respecter?... non... car c'est une injustice qui le cause.
— Assez... monsieur... assez.
— Et non content de vous tourmenter ainsi, — s'écria Dagobert ne se contraignant plus, — savez-vous ce que vous ferez? vous ferez jnourir vos filles de chagrin, entendez-vous?... et ce n'est pas pour cela que je vous les ai amenées du fond de la Sibérie...
— Des reproches!...
— Oui; car la véritable ingratitude envers moi, c'est de rendre vos filles malheureuses...
— Sortez à l'instant, sortez, monsieur! — s'écria le maréchal complètement hors de lui, et si effrayant de colère et de douleur, que Dagobert, regrettant d'avoir été trop loin, reprit : — Mon général.
j'ai toi-t. Je vous ai peut-être manqué de respect... pardonnez-moi... mais...
— Soit, je vous pardonne, et je vous prie de me laisser seul, — re'pondit le maréchal en ?e contenant avec peine.
— Mon général... un mot...
— Je vous demande en grâce de me laisser seul... je vous le demande comme un service... est-ce assez? — dit le maréchal i-n redoublant d'efforts pour se contraindre.
Et une grande pâleur succédait à la vive rougeur qui , pendant cette scène pénible, avait enflamme les traits du maréchal. Dagobert, effrayé de ce symptôme, redoubla d'instances.
— Je vous en supplie, mon général, — dit-il d'une voix altérée,
— permettez-moi... pour un moment, de...
— Puisque vous l'exigez, ce sera donc moi qui sortirai, monsieur,
— dit le maréchal en faisant un pas vers la porte.
Ces mots furent dits de telle sorte que Dagobert n'osa pas insister; il baissa la tète, accablé, désespéré, regarda encore un instant le maréchal en silence et d'un air suppliant ; mais à un nouveau mouvement d'emportement que ne put retenir le père de Rose et de Blanche, le soldat sortit à pas lents...
Quelques minutes s'étaient à peine écoulées depuis le départ de Dagobert, lorsque le maréchal, qui, après un sombre silence, s'était plusieurs fois approché de la porte de l'appartement de ses filles avec une hésitation remplie d'angoisse, fît un violent elTort sur lui-même, essuya la sueur froide qui baignait son front, tâcha de dissinuiler son agitation, et entra dans la chambre où s'étaient réfugiées Rose et Blanche.