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arrivée pour prendre une dernière résolution... Toutes mes dispositions sont prises, et, ce matin même, nous commencerons à agir...

— Vos soupçons ont-ils augmenté, depuis votre dernière lettre?

— Oui... je suis certaine qu'elle est plus instruite qu'elle ne veut le paraître... et, dans ce cas, nous n'aurions pas de plus dangeureuse ennemie.

— Telle a été toujours mon opinion... Aussi, il y a six mois, vous ai-je engagée à prendre en tous cas les mesures que vous avez prises, et qui rendent facile aujourd'hui ce qui sans cela elît été impossible.

— Enfin, dit la princesse avec une expression de joie haineuse et amère, ce caractère indomptable sera brisé, je vais être vengée de tant d'insolents sarcasmes que j'ai été obligée de dévorer pour ne pas éveiller ses soupçons ; moi... moi, avoir tout supporté jusqu'ici... car cette Adrienne a pris comme à tâche, l'imprudente... de m'irriter contre elle...

— Qui vous offense m'offense. Vous le savez, Herminie, mes haines sont les vôtres.

— Et vous-même... mon ami... combien de fois avez- vous été en butte à sa poignante ironie !

— Mes instincts m'ont rarement trompé... je suis certain que cette jeune fille peut être pour nous un ennemi dangereux... très dangereux, dit le marquis d'une voix brève et dure.

— Aussi faut-il qu'elle ne soit plus à craindre, répondit M""* de Saint- Dizier en regardant fixement le marquis.

— Avez-vous vu le docteur Baleinier et Tripeaud? demanda-t-il. — ■ Ils seront ici ce matin... Je les ai avertis de tout.

— Vous les avez trouvés bien disposés contre elle?

— Parfaitement... Adrienne ne se défie en rien du docteur, qui a toujours su consen'er, jusqu'à un certain point, sa confiance... Du reste, une circonstance qui me semble inexplicable vient encore à notre aide.

— Que voulez-vous dire?

— Ce matin ^P" Grivois a été, selon mes ordres, rappeler à Adrienne que je l'attendais à midi pour une affaire importante. En approchant du pavillon, M""^ Grivois a vu ou a cru voir Adrienne rentrer par la petite porte du jardin.

— Que dites-vous?... Serait-il possible?... En a-t-on la preuve positive? s'écria le marquis.

— Jusqu'à présent-il n'y a pas d'autre preuve que la déposition spontanée de IVP^ Grivois... Mais j'y songe, dit la princesse en prenant un papier placé auprès d'elle, voici le rapport que me fait chaque jour une des femmes d'Adrienne.

— Celle que Rodin est parvenu à faiie placer auprès de votre nièce?

— Elle-même, et comme cette créature se trouve dans la plus entière

dépendance de Rodin, elle nous a parfaitement servis jusqu'ici... Peut-être dans ce rapport trouvera-t-on la confirmation de ce que M"'' Grivois affirme avoir vu. A peine la princesse eut-elle jeté les yeux sur cette noie, qu'elle s'écria presque avec effroi : *

— Que vois-je?... mais c'est donc le démon que cette fille?

— Que dites-vous?

— Le régisseur de cette terre qu'elle a vendue, en écrivant à Adriennc pour lui demander sa protection. Ta instruite du séjour du prince indien au château. Elle sait qu'il est son parent... et elle vient d'écrire à son ancien professeur de peinture, Norval, de partir en poste avec des costumes indiens, des cachemires, afin de ramener ici tout de suite ce prince Djalma... lui... qu'il faut à tout prix éloigner de Paris.

Le marquis pâlit et dit à M"'' de Saint-Dizier :

— S'il ne s'agit pas d'un nouveau caprice de votre nièce... l'empressement qu'elle met à mander ici ce parent... prouve qu'elle en sait encore plus que vous n'aviez osé le soupçonner... Elle est instruite delaffairedes médailles. Elic peut tout perdre... prenez garde!...

— Alors, dit résolument la princesse, il n'y a plus à hésiter... il faut pousser les choses plus que nous ne l'avions pensé... et que ce matin même tout soit fini...

— • Oui... mais c'est presque impossible.

— Tout se peut; le docteur et M. Tripeaud sont à nous, dit vivement la princesse.

— Quoique je sois aussi sûr que vous-même du docteur... et de M. Tripeaud dans cette circonstance, il ne faudra aborder cette question, qui les effrayera d'abord... qu'après l'entretien qua nous allons avoir avec votre nièce... Il vous sera facile, malgré sa finesse, de savoir à quoi nous en tenir... Et si nos soupçons se réalisent... si elle est instruite de ce qu'il serait dangereux qu'elle sût... alors aucun ménagement, surtout aucun retard. Il faut qu'aujourd'hui tout soit terminé. Il n'y a pas à hésiter.

— Avez-vous pu faire prévenir l'homme en question? dit la princesse après un moment de silence.

— Il doit être ici à midi... 11 ne peut tarder.

— J'ai pensé que nous sciions ici très commodément pour ce que nous voulons... cette pièce n'est séparée du petit salon que par une portière; on l'abaissera... et votre homme pourra se placer derrière.

— A merveille.

— C'est un homme sûr?

— Très sûr... nous l'avons déjà souvent employé dans des circonstances pareilles; il est aussi habile que discret...

A ce moment on frappa légèrement à la porte.

— Entrez ! dit la princesse.

— M. le docteur Baleinier fait demander si madame la princesse peut le recevoir, dit un valet de chambre.

— Certainement, priez-le d'entrer.

— Il y a aussi un monsieur à qui M. l'abbé a donné rendez-vous ici à midi, et que, selon ses ordres, j'ai fait attendre dans l'oratoire.

— C'est l'homme en question, dit le marquis à la princesse, il faudrait d'abord l'introduire ; il est inutile, quant à présent, que le docteur Baleinier le voie.

— Faites venir d'abord cette personne, dit la princesse; puis, lorsque je sonnerai, vous prierez M. le docteur Baleinier d'entrer ; dans le cas où M. le baron Tripeaud se présenterait, vous le conduiriez de même ici ; ensuite ma porte sera absolument fermée, excepté pour M"" Adrienne.

Le valet de chambre sortit.

LES ENNEMIS d'aDRIENNE

Le valet de chambre de la princesse de Saint-Dizier rentra bientôt avec un petit homme pâle, vêtu de noir et portant des lunettes ; il avait sous son bras gauche un assez long étui en maroquin noir.

La princesse dit à cet homme :

— Monsieur l'abbé vous a prévenu de ce qu'il y avait à faire ?

— Oui, madame, dit l'homme d'une petite voix grêle et flûtée, en faisant un profond salut.

— Serez- vous convenablement dans cette pièce? lui dit la princesse.

Et ce disant, elle le conduisit à une chambre voisine, seulement séparée de son cabinet par une portière...

— Je serai là très convenablement, madame la princesse, répondit l'homme aux lunettes avec un nouveau et profond salut.

— En ce cas, monsieur, veuillez entrer dans cette chambre, j'irai vous avertir lorsqu'il en sera temps...

— • J'attendrai vos ordres, madame la princesse.

— Et rappelez-vous surtout mes recommandations, ajouta le marquis en détachant les embrasses de la portière.

— Monsieur l'abbé peut être tranquille...

La portière, de lourde étoffe, retomba et cacha ainsi complètement l'homme

326 LE JUIF ERRAM

aux lunettes. La princesse sonna; quelques moments après, la porte s'ouvrit et on annonça le docteur Baleinier, l'un des personnages importants de cette

histoire.

Le docteur Baleinier avait cinquante ans environ, une taille moyenne, replète, la figure pleine, luisante et colorée. Ses cheveux gris, très lissés et assez lonss, séparés par une raie au milieu du front, s'aplatissaient sur les tempes ; il avait conservé l'usage de la culotte courte en drap de soie noire, peut-être encore parce qu'il avait la jambe belle; des boucles d'or nouaient ses jarretières et les attaches de ses souliers de maroquin bien luisants ; il portait une cravate, un gilet et un habit noirs, ce qui lui donnait l'air quelque peu clérical ; sa main blanche et potelée disparaissait à demi cachée sous une manchette de batiste à petits plis, et la gravité de son costume n'en excluait pas la recherche. Sa physionomie était souriante et fine, son petit œil gris annonçait une pénétration et une sagacité rares; homme du monde et de plaisir, gourmet très délicat, spirituel causeur, prévenant jusqu'à l'obséquiosité, souple, adroit, insinuant, le docteur Baleinier était l'une des plus anciennes créatures de la coterie congréganiste de la princesse de Saint-Dizier. Grâce à cet appui tout-puissant dont on ignorait la cause, le docteur, longtemps ignoré malgré un savoir réel et un mérite incontestable, s'était trouvé nanti, sous la Bestauration, de deux sinécures médicales très lucratives, et peu à peu d'une nombreuse clientèle ; mais il faut dire qu'une fois sous le patronage de la princesse, le docteur se prit tout à coup à observer scrupuleusement ses devoirs religieux ; il communia une fois la semaine, et très publiquement, à la grand'messe de Saint-Thomas-d'Âquin. Au bout d'un an, une certaine classe de malades, entraînée par l'exemplo et par l'enthousiasme de la coterie de M"^ de Saint-Dizier, ne voulut plus d'autre médecin que le docteur Baleinier, et sa clientèle prit bientôt un accroissement extraordinaire. On juge facilement de quelle importance il était pour l'ordre d'avoir parmi ses membres externes l'un des praticiens les plus répandus de Paris. Un médecin a aussi son sacerdoce. Admis à toute heure dans la plus secrète intimité de famille, un médecin sait, devine, peut aussi bien des choses... Enfin, comme le prêtre, il a l'oreille des malades et des mourants. Or, lorsque celui qui est chargé du salut du corps et celui qui est chargé du salut de l'âme s'entendent et s'entr'aident dans un intérêt commun, il n'est rien... (certains cas échéants) qu'ils ne puissent obtenir de la faiblesse ou de l'épouvante d'un agonisant, non pour eux-mêmes, les lois s'y opposent, mais pour des tiers appartenant plus ou moins à la classe si commode des Itommes de paille. Le docteur Baleinier était donc l'un des membres externes les plus actifs et les plus précieux de la congrégation de Paris. Lorsqu'il entra, il alla baiser la main de la princesse avec une galanterie parfaite.

— Toujours exact, mon cher monsieur Baleinier.

— Toujours heureux, toujours empressé de me rendre à vos ordres.

madame; puis, se retournant vers le marquis, auquel il serra cordialement la main, il ajouta :

— Enfin! vous voilà... Savez-vous que trois mois, c'est bien long pour vos amis?...

— Le temps est aussi long pour ceux qui partent que pour ceux qui restent, mon cher docteur... Eh bieni voilà le grand jour... M"^ de Cardoville va venir...

— Je ne suis pas sans inquiétude, dit la princesse; si elle avait quelque soupçon?

— C'est impossible, dit M. Baleinier; nous sommes les meilleurs amis du monde... Vous savez que M"° Adrienne a toujours été en confiance avec moi... Avant-hier encore nous avons ri beaucoup... Et comme je lui faisais, selon mon habitude, des observations sur son genre de vie au moins excentrique... et sur la singulière exaltation d'idées où je la trouve parfois...

— M. Baleinier ne manque jamais d'insister sur ces circonstances en apparence fort insignifiantes, dit M""' de Saint-Dizier au marquis d'un air significatif.

— Et c'est en effet très essentiel, reprit celui-ci.

— Jr^" Adrienne a répondu à m.es observations, reprit le docteur, en se moquant de moi le plus gaiement, le plus spirituellement du monde ; car, il faut l'avouer, celte jeune fille a bien l'esprit des plus distingués que je connaisse.

- — Docteur!... docteur!... dit jp^ de Saint-Dizier, pas de faiblesse au moins !

Au lieu de lui répondre tout d'abord, M. Baleinier prit sa boîte d'or dans la poche de son gilet, l'ouvrit et y puisa une prise de tabac qu'il aspira lentement, et regardant la princesse d'un air tellement significatif qu'elle parut complètement rassurée :

— De la faiblesse! ... moi, madame ! dit enfin M. Baleinier en secouant de sa main blanche et potelée quelques grains de tabac épars sur les plis de sa chemise ; n'ai -je pas eu l'honneur de ra'offrir volontairement à vous afin de vous sortir de l'embarras où je vous voyais?

— Et vous seul au monde pouviez nous rendre cet important service, di^ M. d'Aigrigny.

— Vous voyez donc bien, madame, reprit le docteur, que je ne suis pas un homme k faiblesse.,, car j'ai parfaitement compris la portée de mon action... mais il s'agit, m'a-t-on dit, d'intérêts si immenses...

— Immenses... en effet, dit M. d'Aigrigny ; un intérêt capital.

— Alors je n'ai pas dû hésiter, reprit M. Baleinier ; soyez donc sans inquiétude! Laissez-moi, en homme de goût et de bonne compagnie, rendre jus-

tice et hommage à l'esprit charmant et distingué de M"^ Adrienne, et quand viendra le moment d'agir, vous me verrez à l'œuvre...

— Peut-être... ce moment sera-t-il plus rapproché que nous ne le pensions... dit M™" de Saint-Dizier en échangeant un regard avec M. d'Aigrigny.

— Je suis et serai toujours prêt... dit le médecin; à ce sujet je réponds de toutcequime concerne... Je voudrais bien être aussi tranquille sur toutes choses.

— Est-ce que votre maison de santé n'est pas toujours aussi à la mode... que peut l'être une maison de santé? dit M™^ de Saint-Dizier en souriant à demi.

— Au contraire... je me plaindrais presque d'avoir trop de pensionnaires. Ce n'était pas de cela qu'il s'agit; mais en attendant M"^ Adrienne, je puis vous dire deux mots d'une affaire qui ne la touche qu'indirectement, car il s'agit de la personne qui a acheté la terre de Cardoville, une certaine M"^ de la Sainte-Colombe, qui m'a pris pour médecin, grâce aux manœuvres habiles de Rodin.

— En effet, dit M. d'Aigrigny, Rodin m'a écrit à ce sujet... sans entrer dans de grands détails.

— Voici le fait, dit le docteur. Cette M""" de la Sainte-Colombe, qu'on avait crue d'abord assez facile à conduire, s'est montrée très récalcitrante à l'endroit de sa conversion... Déjà deux directeurs ont renoncé à faire son salut. En désespoir de cause, Rodin lui avait détaché le petit Philippon. Il est adroit, tenace, et surtout d'une patience... impitoyable... C'était l'homme qu'il fallait. Lorsque j'ai eu M"" de la Sainte-Colombe pour cliente, Philippon m'a demandé mon aide, qui lui était naturellement acquise ; nous sommes convenus de nos faits... Je ne devais pas avoir l'air de le connaître le moins du monde... Il devait me tenir au courant des variations de l'état moral de sa pénitente... afin que, par une médication très inoffensive, du reste, car l'état de la malade est peu grave, il me tut possible de faire éprouver à celle-ci des alternatives de bienêtre ou de mal-être assez sensibles, selon que son directeur serait content ou mécontent d'elle... atin qu'il put lui dire: ce Vous le voyez, madame : êtes-vous dans la bonne voie, la grâce réagit sur votre santé, et vous vous trouvez mieux... retombez-vous, au contraire^ dans la voie mauvaise, vous éprouvez certain malaise physique : preuve évidente de l'influence toute-puissante de la foi, non seulement sur l'âme, mais sur le corps. »

— Il est sans doute pénible, dit M. d'Aigrigny avec un sang-froid parfait, d'être obligé d'en arriver à de tels moyens pour arracher les opiniâtres à la perdition, mais il faut pourtant bien porportionner les modes d'action à l'intelligence ou au caractère des individus.

— Du reste, reprit le docteur. M""» la princesse a pu observer, au couvent de Sainte-Marie, que j'ai maintes fois employé très fructueusement, pour le

'•'*Siii\ii

M. le baron entra en se confondant, depuis la porte, en salutations. (P. 332.)

repos et pour le salut de l'âme de quelques-unes de nos malades, ce moyen, je le répète, extrêmement innocent. Ces alternatives varient, tout au plus, entre le mieux et le moins bien; mais si faibles que soient ces différences... elles réagissent souvent très efficacement sur certains esprits... II en avait été ainsi à l'égard de M"^ de la Sainte-Colombe. Elle était dans une si bonne voie deguérison morale et physique, que Rodin avait cru pouvoir engager Philippon à conseiller la campagne à sa pénitente... craignant à Paris l'occasion des

F.rOÈNE SLE. — LE JUIF ERRANT. — .1. RflCFF, t.DlT. riv .'.«>

rechutes... Ce conseil, joint au désir qu'avait cette femme de jouer à la dame de paroisse, l'avait déterminée à acheter la terre de Cardoville, bon placement, du reste ; mais ne voilà-t-il pas qu'hier ce malheureux Phiiippon est venu m'apprendre que M™' de la Sainte-Colombe était sur le point de faire une énorme rechute, morale... bien entendu, car le physique est maintenant dans un état de prospérité désespérant. Or, cette rechute paraissait causée par un entretien qu'aurait eu cette dame avec un certain Jacques Dumoulin, que vous connaissez, m'a-t-on dit, mon cher abbé, et qui s'est, on ne sait pas comment, introduit auprès d'elle.

— Ce Jacques Dumoulin, dit le marquis avec dégoût, est un de ces hommes que Ton emploie et que l'on méprise; c'est un écrivain rempli de fiel, d'envie et de haine... ce qui hii donne une certaine éloquence brutale et iodsive... Nous le payons assez grassement pour attaquer nos ennemis, quoiqu'il soit quelquefois douloureux de voir défendre par une telle plume les principes que nous respectons... Car ce misérable vit comme un bohémien, ne quitte pas les tavernes, et est presque toujours ivre... Mais, il faut ]'avouer, sa verve injurieuse est inépuisable... et il est versé dans les connaissances tbéoîogiques les plus ardues, ce qui nous le rend parfois très utile...

— Eh bien... quoique JP" de la Sainte-Colombe ait soixante ans... il paraît que ce Dumoulin aurait des visées matrimoniales sur la fortune considérable de cette femme... Vous ferez bien, je croîs, de prévenir Rodin, afin qu'il se défie des ténébreux manèges de ce drôle... Mille pardons de vous avoir si longtemps entretenu de ces misères... Mais à propos du couvent de Sainte-Marie, àcmt j'avais tout à l'heure l'honneur de vous parler, madame, ajouta le docteur en s'adressant à la princesse, il y a longtemps que vous n'y êtes allée?

La princesse échangea un vif regard avec M. d'Aigrigny et répondit:

— Mais... il y a huit jours... environ.

— Vous y trouverez alors bien du changement: le mur qui était mitoyen avec ma maison de santé a été abattu, car l'on te construire là un nouveau corps de bâtiment et une chapelle... l'ancienne était trop petite. Du reste, je dois dire, à la louange de M"* Adrienne, ajouta le docteur avec un singulier demi-sourire, qu'elle m'avait promis pour cette chapelle la copie d'une Vierge de Raphaël.

— Vraiment... c'était plein d'à-propos, dit la princesse. Mais voici bientôt midi, et M. Tripeaud ne vient pas.

— II est subrogé tuteur de M"° de Cardoville, dont il a géré les biens comme ancien agent d'affaires du comte-duc, dit le marquis visiblement préoccupé, et sa présence nous est absolument indispensable: il serait bien à désirer qu'il fût ici avant l'arrivée de M"* de Cardoville, qui peut entrer d'un moment à l'autre.

— 11 est dommage que son portrait ne puisse pas le remplacer ici, dit le docteur en souriant avec malice et tirant de sa poche une petite brochure.

— Qu'est-ce que cela, docteur? lui demanda la princesse.

— Un de ces pamphlets anonymes qui paraissent de temps à autre... Il est intitulé : le Fléau, et le portrait du baron Tripeaud y est tracé avec tant de sincérité, que ce n'est plus de la satire... cela tombe dans la réalité ; tenez, écoutez plutôt. Cette esquisse est intitulée :

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