SCENE X
Les Précédems, BARBATüS, ÉLYMAS, Soldats, Païens,
Peüple.
BARBATÜS. Arrêtez! vous vous livrez encore à vos mystères impies.
SIMON. Grand Dieu! Barba tus et le sacril^e Élymas! {Il prend Esther par le bras.) Viens, mon enfant.
MANASSÈS. C’est à moi de la défendre.
BARBATUS. De quelle défense parles-tu? Savez-vous, fanatiques insensés, que je suis ici porteur des ordres et des instructions de l’empereur, votre maître? Toute résistance est inutile. {A Prochore.) Toi , prêtre de cette secte imprudente, réponds et ne trahis point la vérité.
PROCHORE. Explique-toi , et sache que jamais le mensonge ne souille mes lèvres.
BARBATUS. Quelle cérémonie célébrais- tu quand je suis entré ici?
PROCHORE. Celle du mariage de ces jeimes gens.
BARBATUS. De Manassès et d’Esther?
PROCHORE. Oui.
BARBATUS. Cela t’avait été expressément défendu, défendu au nom de l’empereiu-.
PROCHORE. Celui dont je suis le minisüe me l’ordonnait, et c’est à lui que j’obéis avant tout.
BARBATUS, aux ssens. Vous l’entendez? {A Prochore.) Tu rendras compte de cette insolence. {Au peuple.) \ous, qu’il abuse , peuple, soyez détrompé. {Bas à Elymas.) Tu es sûr de faire ce que tu as promis?
ÉLYMAS. Tout est préparé ; je puis répondre que rien ne manquera.
BARBATUS. Bien. {Au peuple.) Puisqu’il faut des prodiges pour vous attirer et gagner votre confiance, esprits grossiers
et crédules, soyee attentifs à ce que va faire Eiymas le mage, celui dont les pareils sont entre vous traités avec mépris. Voyez qu’il n’exerce pas une puissance plus limitée , qu’il ne possède pas une science moins merveilleuse que celle de vos prétendus saints. (^A Élymas.') Au nom de César-Augus,te , donne en ce lieu même une preuve éclatante de ton art, Elymas?
ÉLYlHAS,-<rafn/i< des cercles et faisant des signes cabalistiques. Dieux immortels, souverains maîtres des cieux, de la terre et des enfei-s, dieux des hommes éclairés de tous les tems, de toutes les contrées , ne souffrez pas que votre culte soit abandonné; 'paraissez à ma voix, que votre divine présence confonde l’audacieuse imposture et bannisse enfin des cœurs le doute et l’incrédulité !
( Grand bruit souterrain.)
BARBATL'S. La terre frémit ; la sentez-vous trembler sous vos pas ?
(Mouvement parmi le peuple Des Qammcs sor-
tent de chaque piédestal, où des statues finissent par prendre place.)
ÉLYMAS. Homains, Barbares, vous tous qui craignez les dieux , adorez.
BARBATUS , à Pcochore. Eh bien ! Prochore le diacre , comme les tiens te nomment , appelle donc ton Dieu , qu’il se montre aussi... notre Olympe est grand; nous sommes prêts à le reconnaître.
PROCHORE. Apostat, que l’enfer suscite pour me tenter, mon Diett donnera à son serviteur toute la puissance qu’il faudra pour te confondre ; mais ton insolent défi ne me rendra ni impie ni sacrilège. Il se prosterne . — Se relevant.) Elymas, ton triomphe aura peu duré ; ces dieux , que tu viens de faire paraître à nos yeux , sont de vaines idoles ; la main stérile et trompeuse de l’homme a seule façonné ces images fallacieuses et grossières. [Aux assistons.) Payens et vous, mes frères, elles vont paraître à vos yeux sous leur véritable forme et avec la vie qui leui’ manque. [Aux stfitues.) Esprits impurs, montrezvous tels que vous êtes ; par ma voix mortelle , c’est Dieu , c’est le vrai Dieu qui vous l’ordonne.
(Les statues prennent des formes de démons.)
LE PEVVLE , poussant un cri et passant du côté de Prochore. Ah!
SIMON. Gloire ! gloire à celui qui se manifeste !
MANASSÈS, ESTHER ET LE PEUPLE. Oui, gloire à lui.!
BARBATl'S , h Élymas. Elymas , ceci te regarde ; moi j’ai
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un autre devoir à remplir. ( Aux soldats.) Emparez-vous de cette jëune fille, c’est l’ordre de l’empereur.
(Les soldats obdisseot. Mêlée. Manassès défend Esther )