‹ Le Juif ErrantChapitre 38 sur 43 · LILITH, SATAN · texte numérisé non relu

LILITH, SATAN

SATAN , en robe de chambre et en pantoufles. Bravo! bravo!... c’est ainsi que j’aime à vous voir ; je suis bon prince , que diable, et je marche avec le siècle. Qu’est-ce que je demande? qu’on m’obéisse en tout , qu’on fasse exactement son service , qu’on paie plus exactement encore ses contributions , et qu’on m’aime. . . si c’est possible.

TOUS. Vive Satan !

SATAJi , aux grands dignitaires (fui s’apancenl avec leurs portefeuilles sous le bras. Plus tard ! messieurs les ministres. Bonjour, Ariel! bonjour, mon brave camarade!... continue à propager la bonne harmonie dans mes états. ( Aux sorcières. ) Quant à vous , filles du Sabbat , reines de céans , cette nuit , pendant que j’étais sur terre , vous vous êtes encore furtivement réunies sur le sommet des Pyi énées ; ces rassembleinens sont défendus. La première fois que pareil désordi e se renouvellera, je vous ferai charger par î’hyd^e de Lerne ou^ submerger par la pompe à feu de Chaillot.

PLUCK. Ah ça , maiti'e, quelles sont donc ces nouvelles curiosités? ce damné qui se démêle dans cette boîte à poudre ? •*

SATAN. Louis XV dans son siècle.

PLL'CK. El cette immense chaudière d’où s’échappent des tourbillons de fumée ?

SATAN. Celle où s’épure la grande œuvre, celle où je jette pêlemêle et successivement .toutes les sottises qui passent dans le inonde depuis qu’il est monde ?

PlUCK. Et qu’espères-tu en tirer?

SATAN. Un colosse d’erreurs et d’absurdités.

PIUCK. Son nom? . '

SATAN. Le 19“ siècle.

LILITH , annonçant. Sa Majesté la Mort.

(Entre une femme belle et pâle ; elle est vètuo de deuil et rouronnëe d'immortelles.)

SATAN. Ma femme! faites entrer. Comme te voilà belle, ce matin !

LA MORT. Je suis la mort des braves et des justes.

SAT AN. Mais je ne t’aime pas ainsi , tu le sais , reine d’enfer ; laisse donc là ton visage de parade et sois ce que tu es. {A ca mots , la mort se tourne et nesl plus que C horrible squelette arme de sa faux. ) Ah ! coquette ! '

LILITH. Leurs altesses infernal issimes les Péchés capitaux !

S.ATAN. Nos enfans , des enfans charmans !

LILITH , continuant d’annoncer. Orgueil , Colère , Gourmandise , Paresse , Luxure !

SATAN. Bonjour, bonjour, tues filles ! Mais comme te voilà affublée , toi , la Paresse en Renommée !

LA PARESSE. J’ài choisi l’état où il y a le moins à faii'e aujourd’hui.

SATAN. Fort bien ; et qu’avez-vous à m’offrir , mes filles?

LA PARESSE. RicU.

SATAN. Ah ! c’est juste, toi ! la Renommée. ( A l’Orteil.) Et toi , l’Orgueil ?

l’orgueil. Cet écusson.

SATAN. C’est-à-dire rien non pli« !

L.A GOURMANDISE, s’avançant. A toi, mon père , cette coupe oit se boivent les larmes et le sang des peuples...

SATAN. 'Ah ! donne! donne !

^ LA COLÈRE. Voici l’aigle blanc de Pologne tué sous les murs de Vai'sovie.

( ai )

SATAiS. Qu’on le place près de l’aigle de l'raiice tué sous les murs de Paris par la Sainte-Alliance.

LILITH, annonçant. Luxure!

SATAN. Approclie , ma bien-aiinée , la prunelle de mes yeux, l’enfant de ma vieillesse, approche, belle Luxure ; un bouquet de fleurs d’oranger !

LA LUXIRE. Cueilli en Espagne , par la main d’un jeune bachelier , sur le sein d’une vierge de Barcelone.

PLUCK, à part. Il paraît que c’est en Espagne comme ailleurs.

SATAN. Et ce crêpe qui l’entoure ?

LA LUXURE. l’n morceau de la mantille noire que l’épousée écartait pour me sourire pendant la messe du mariage..

SATAN. Ah ! ah ! ah! mariez-vous donc ! ta Luxure.) Et où sont tes sœurs, l’Envie et l’Avarice ?

LA LUXURE. L’Envie parcourt en ce moment tous les états pour s’assurer si, malgré tes ordres , il n’y a pas quelque soupir éteint , quelque larme tarie !

SATAN. Et l’Avarice ?

LA LUXURE. L’Avarice est tellement occupée sur terre, qu’elle ne pourra de long-tems te présenter ses hommages.

SATAN. Passons-nous donc des absens : qu’on saute, qu’on l ie, qu’on boive , qu’on aime , qu’on brûle et qu’on joue. Des flots de vin et de parfums ! la joie qui mord au cœur ! l’orgie qui pétille , gronde , éclate , embrase et dévore !...

LA LUXURE , aux Péches capitaux.

Honneur il Satan , notre père !

Alerte! une ronde, mes sœurs ,

Entourons la Mort, notre mère ,

Comme une guirlande de fleurs.

Alerte ! mçs sœurs ,

Que tout roule !

Que tout croule Sous nos pas vainqueurs !

Vertu sèvère ,

Morale austère ,

Comme l’épi de blé fauche,

Tombes, tombez sous le péché !

CHŒOn.

Vertu sévère , etc.

{A la Gourmandise. )

Kl toi , pour prolonger l’orgie ,

Pour ranimer les plaisirs,

Verse à pleins bords l’ambroisie ,

Source d’ivresse et de désirs!

• Alerte, mes sœurs!

(Un bruit sourd et lugubre se fait cnicndre).

SATAN, se Ui^ant. Qu’est-ce que cela ? le gouffre gémit ! les lumières pâlissent ! la flamme s’éteint ! Prodige ! prodige ! un vivant est parmi nous !

TOüS. Un vivant!

(Violent coup de lonneire).

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