TOUS
En tout lieu , «te.
ISAJVC. La morale de la chose.
TOUS. Ah ! oui , la morale.
IS.AAC.
Pour prix de mon bUsphioïc ,
I/ange a dit Mécréant,
Tu marcheras toi-même Pendant plus de mille ans!
he dernier jugement Finira ton tourment ! •
SATAN , avec impatience. Assez ! assez ! Juif errant.
(Changement).
TOUS. Le Juif errant 1
ISAAC , à part. L’enfer même me connaît!
SATAN, au JuiJ. Qui t’amène ?
ISAAC. La fatalité.
SATAN. Qui t’a ouvert mon empire ?
ISAAC. Celui qui a fermé ma tombe.
SATAN. Et que viens-tu chercher ici?
ISA.AC. Quelque nouvelle douleur sans doute ; car depuis le jour qu’il s’est trouvé en Judée assez de bois pour tailler une croix à Jésus de Nazareth, et assez de place pour planter cette croix , depuis ce jour, pas un de mes mouvemens qui n’ait produit la souffrance , pas une de mes heures qui soit restée vide d’agonie, il en sera de celle-ci comme des autres.
SATAN. Erreur! Aux malédictions du Clirist, Satan répond par ses bénédictions. Le Christ a dit : misère et opprobre... Satan dit : joie et félicité! au voyageur honni et méprisé, une hospitalité de prince, une hospitalité gi-ande et splendide !
PLUCK. Sire, nous tombons dans la prodigalité.
ISAAC. L’ai-je bien entendu? l’hospitalité au Juif errant? Qui que tu sois, répète encore ce mot qui vibre jwur la première fois à mon oreille -, ce mot, trésor de joie et d’espérance ; n’ètre plus proscrit, chassé, maudit! moi, comblé d’ivresse et de béatitude ! Oh! mais non, il n’y a que Dieu qui puisse faire cela , et tu n’es pas Dieu , toi.
SATAN. Je suis plus que lui, puisqu’en toi je détruis son ouvrage. Isaac Aliasverus, relève ton front courbé sous sa vengeance , brise le calice qu’il approchait de tes lèvres arides, secoue le fardeau de malheurs qu’il t’avait jeté sur les épaules ; mie couronne sur ton front , à tes lèvres une coupe d’ambroisie , sur tes épaules un manteau de pourpre.
iSAAC. Un banc de pierre d’abord , un banc de pierre pour y asseoir mes fatigues d’autrefois.
SATAX , à Ptuck. Encore une conquête sur le ciel.
PLUCR , à Satan. D’autant plus précieuse qu’elle ne coiitera à votre majesté que le feu et le logement.
ISAAC. Ab ! toutes ces générations que j’ai traversées et qui m’ont jeté le mépris en cliemin, que ne peuvent-elles maintenant défiler une à ime devant moi , afin qu’à mon tour , calme et assis , je les maudisse comme elles m’ont maudit.
SATAN. Sois exaucé ! debout , prends ce sceptre , je te fais pour une heure roi d’enfer.
ISAAC. Merci, ab! merci Satan; je pourrai donc broyer et pétrir sous ma colère ce monde qui si long-tems m’a heurté en passant. Roi d’enfer! oh! oui, donne-moi ton enfer dans la main, que je l’étouffe, oùsousle pied, que je l’écrase.
SATAN. Regarde donc dans ce miroir magique où se réfléchit mon empire , et vois ce qui te reste à ajouter aux supplices inventés par moi. •
ISAAC, les yeux fixés sur le miroir. ÿi&a\ U'ès-bien, Satan! bravo ! bravo ! en voilà qui souffrent plus que je n’ai souffert. Fantômes de rois , maintenant sans pourpre et sans couronne, c’est un roi qui vous parle, la pourpre sur l’épaule et le diadème au front ! Fantôme de peuples, c’est tm maître inflexible qui étend vers vous son sceptre d’airain ; c’est moi , moi le Juif errant ! moi , que vous avez poursuivi , bafoué , persécuté de siècle en siècle ! moi, qvie vous chassiez de vos villes et du seuil de vos maisons ; moi , à qui vous jetiez la raillerie sur les plàces ))ubliques et la boue dans les carrefours ; moi le maudit, moi enfin ! Uiie goutte d’eau pour y tremper vos lèvres desséchées, lion! mais à moi une coupe qui déborde, f/l L;V«7/i, qui lui oerse à hoir:.) Verse donc , que je boive à ceux qui brûlent et crient la soif. {S’arrêtant au milieu d’un éclat de rire. ) Qu’ai-je vu? ma fille! {Brisant le miroir.) Ahl c’est liorrible ! {A Satan.) Reprends ta} couronne , ton manteau de pourpré et ta puissance , rends^moi mon malheur , mais aussi rends-moi ma fille.
SATAN. Et qu’y gagnerai-je?
PI.CCK. C’est juste! rien pour rien.
ISAAC. Mon ame pour la siemie.
SATAN. Et comment diantre veux-tu que je là prenne , ton ame , jmisqu’elle t’est chevillée dans le corps jusqu’au jugement dernier ? D’ailleurs, marché de dupe : tôt on tard j’aurai gratis
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ce que tu nie proposes d’acheter aujourd’hui. J’attendrai. PLUCK , à part. Bien’calculé.’ '
ISAAC. Satau, Satan, je suis à te^ pieds , ue me repousse pas, écoute ma prière.
SATAN. Il n’y a donc pas que Dieu qu’on prie ! ,
ISAAC. Tu te disais tout-à-l’heure plus puissant que lui, ce Dieu ; eh bien ! prouve-le en me rendant celle qu’il m’a ôtée.
PLUCK, à paît. Sophisme!
SATAN , à Isaac. Allons, allons , relève-toi ; je suis de belle humeur aujourd’hui et veux bien t’accorder la grâce que tu sollicites; mais à une condition.
ISAAC. Parle.
SATAN. C’est qu’elle tournera au profit de mes plaisirs.
PLUCK. De la bienfaisance en partie double ; bravo !
ISAAC. Mais parle donc, Satan!
SATAN. Tiens , assieds-toi à cette table ; jouons ; si tu gagnes, * je te donne l’aine de ta fille et celle de Manassès par-dessus le marché ; si tu perds , je garde leurs deux âmes et je m’inscris en droit pour la tienne au jugement dernier.
ISAAC. Soit. ' '■ ' ’ • ■ ' '
Ht , (II; SC placent, et tout le monde les entoure).
SATAN. Commence.
ISAAC. Douze.
(Satan joue).
PLUCK. Douze aussi; ah! ah !
. ISAAC, jetant, loin de lui les dés qui éclatent. Plus de dés.
SATAN. Eh bien! '
IS AAC , mettant la main à sa poche. Pair ou non.
SATAN. Pair.
ISAAC ouvre la main. Non.
SATAN. Ses cinq sous!... j’avais oublié!., je suis volé.
•ISAAC. A moi , Esther.
SATAN. Dette de jeu, dette sacrée, qu’on amène la juive !