‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 28 sur 90 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

Brusquement il se fait une poussée et des clameurs jaillissent devant la porte que garde la Maréchaussée.

On vient de l'ouvrir à deux battants.

Dans la baie éclairée par la lueur blafarde des lanternes apparaît la voiture cellulaire; sous le capuchon qui protège le siège, le Cocher, un petit vieillard, tient les guides, le

fouet levé, prêt à frapper l'attelage. D'une voix sonore et menaçante, un officier crie à la foule : « Au large ! Garde à vous ! » Les sabres sont au vent. Les chevaux, piqués de l'éperon, retenus de la bride, piaffent. Ils vont prendre leur élan : instinctivement, la masse humaine s'écarte, creusant une tranchée. « En avant! » commande la même voix. Les Gendarmes rendent la main à leurs montures, et le petit vieillard fouette l'attelage avec furie. Tout part, comme si l'escorte et la voiture ne faisaient qu'un. La foule pousse une huée formidable qui se répercute dans les sinuosités des rues adjacentes. La trombe passe devant l'escalier au haut duquel est Larbalestrier. En tournant au grand trot, les roues de derrière du véhicule, lancé à fond de train, heurtent les murailles. Les hurlements de mort continuent effrayants. Malgré la rapidité de cette fuite, un Homme V du peuple, un sauvage, a passé sous la tête des chevaux, et d'une brique, frénétiquement, accroché à la prison roulante, martèle à coups redoublés la caisse de tôle : l'horrible bruit de chaudron domine le vacarme de la multitude et, à l'intérieur, terrifie le Condamné qui, des deux mains, s'appuie aux parois, emporté dans

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