‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 61 sur 90 · SCÈNE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEPTIÈME

C'est d'un cœur apaisé que ce jour-là il entre dans l'amphithéâtre et se met à la besogne.

Sur la couche de marbre, éclairé par le jour vif tombant du lanterneau, est étendu le corps jeune et émacié d'un phtisique. Une moustache noire marque d'une barre le visage. Audessous, la lèvre relevée par un dernier spasme, laisse voir une grosse dent tranchante.

A côté, les instruments de dissection.

Larbalestrier cherche un remède aux affections pulmonaires.

Il ouvre la poitrine et met à nu ce qui reste des poumons.

Puis, une loupe à la main, il commence un examen minutieux.

Le silence est profond; seules, quelques gouttes tombent à petits coups rares et mats sur le dallage. Le cadavre, les jambes et les bras étendus, les paupières closes et contractées, semble se raidir pour ne pas crier.

Tout à coup, il entend, tout près de sa tête qui frôle le mort, ces mots prononcés d'une voix si basse qu'on croirait qu'ils viennent de dessous terre :

— C'est moi.

Le sang du Juré se glace dans ses artères. Est-ce le cadavre qui a parlé? Penché, courbaturé, il éprouve une répulsion effroyable à regarder ce visage dont il sent maintenant le froid, là, contre sa joue. Ses orbites se contractent, broyant ses yeux révulsés. Chacun de ses cheveux se dresse comme un dard.

— Oui, c'est moi, reprend la même voix de tombe.

D'un mouvement sec, rapide, violent, tel

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