SUR MAHOMET. XV
merciales ; cette espèce d'excommunication fut confirmée par un acte écrit sur parchemin et déposé dans la Caaba. Cette mesure inspira aux deux branches excommuniées des inquiétudes sérieuses pour leur sécurité, aussi résolurent-eiles de se concentrer sur un seul point de la Mecque , au lieu d'habiter comme jusqu'alors les maisons disséminées. Ceci se passait dans la septième année de la mission de Mahomet.
Cet état d'hostilité dans les familles koreïchites , musulmanes et non musulmanes, se prolongea jusqu'à la dixième année de la mission ; alors on résolut d'amener une réconciliation, mais un jour, pendant qu'on délibérait sur cette affaire, Abou-Talib, oncle de Mahomet, se présenta et annonça aux Koreïchites idolâtres que Mahomet Yenait d'apprendre par une révélation que Dieu avait livré aux vers l'acte de la ligue déposé à la Caaba. On s'y rendit et on trouva, disent les historiens, le parchemin rongé tout entier par les vers, à l'exception des mots « en ton nom, ô Dieu, » qui se trouvaient en tête. L'acte se trouvant annulé, la ligue fut dissoute, et les familles excommuniées reprirent à la Mecque leurs anciennes demeures. Il ne parait pas cependant que ces prétendues preuves de la mission divine de Mahomet aient frappé les idolâtres au point de leur faire embrasser i'islam. Mahomet, toujours rebuté dans sa ville natale, se rendit à ïaïf, ville rivale de la Mecque ; mais ses prédications y rencontrèrent tout autant d'opposition, d'insultes et de haine. Mahomet retourna à la Mecque et mit plus de réserve dans sa conduite ; il ne prêcha plus en public et s'abstint d'insulter et de railler les idoles. Son séjour à la Mecque devenait de plus en plus insupportable, surtout lorsque par la mort d'Abou-Talib ^ et de Khadidja, en 619 ou 620 de J.-C., il se trouva privé de leur appui. Il importait beaucoup à Mahomet , dans une situation aussi précaire, de trouver quelque autre ville qui pût être un centre pour son action. Il le trouva à Yathrib. Cette ville était habitée principalement par deux tribus arabes idolâtres et deux tribus juives.
Les Arabes, entendant souvent parler les juifs de l'apparition prochaine d'un prophète qui soumettrait le monde à son empire, ce qui probablement chez les juifs exprimait l'attente du Messie, se trouvèrent prédisposés à accueillir avec faveur les récits des prédications tenues par Mahomet à la Mecque. Le pèlerinage de la Mecque les mit facilement en rapport avec Mahomet, et, à la suite de quelques conversions partielles des Arabes de Yathrib, le nouveau culte y compta bientôt de nombreux sectateurs. Dans la onzième année de sa mission, douze personnages venus deYath-
* Abou-Talib protégeait son neveu à cause des liens du sang, car il était idolâtre, et ne se convertit à Ti si am qu'à son lit de mort; on doute même de sa conversion. Khadidja porte chez les musulmans le surnom de ommoul-mou" minin, mère des croyants.
tn NOTICE BIOGRAPHIQUE
rib eurent avec Mahomet sur le mont Akaba, colline voisine de la Mecque, une conférence dans laquelle il leur exposa les points cardinaux de sa religion et les exhorta à la suivre. Cette conférence est connue sous le nom de premier serment d^Jkaba, parce que ces douze personnages y jurèrent de suivre les préceptes inculqués par Mahomet. A cette époque de sa mission, il ne demandait pas encore à ses adeptes de s'armer pour la défense de sa religion, mais ils ne tardèrent pas à s'y engager, et voici comment : dans Fannée suivante, la douzième de la mission, (622 de J.-C), une caravane des habitants de Yathrib se rendit à la Mecque, elle était composée de musulmans et d'idolâtres. A la faveur delà nuit, lorsque les idolâtres étaient plongés dans le sommeil, les musulmans eurent une conférence secrète avec Mahomet, et là ils promirent de le soutenir, de lui donner asUe et rengagèrent même à venir s'établir parmi eux. « Si nous nous faisons tuer pour toi, lui demandèrent-ils, quelle sera notre récompense? — Le paradis! répondit Mahomet. — Mais si nous t'aidons au succès de ton entreprise, ne nous quitteras-tu pas pour retourner à la Mecque? — Jamais! je vivrai et je mourrai avec vous! » répondit-il, et en signe de serment on se donna mutuellement la main. On sait que Mahomet resta fidèle à sa promesse. Ce fut le second, le grand serment d" Akaba, Le premier, qui n'engageait pas à s'armer pour l'islam, fut depuis appelé le serment des femmes. Le pacte conclu avec les Arabes de Yathrib, de quelque mystère qu'on eût cherché à l'entourer, fut connu des Koreïchites; ils résolurent de se débarrasser de Mahomet. Dans la prévision de mesures violentes, Mahomet engagea beaucoup de musulmans mecquois à émigrer à Yathrib. Ces musulmans sont connus sous le nom demouhadjirs (émigrés); enfin, Mahomet lui-même, en trompant la vigilance de ses ennemis, qui épiaient tous ses pas, quitta la Mecque dans la première moitié de juin 622 de J.-C* Cette fuite, hidjret, dont nous avons fait hégire, est l'ère des mahométans ; mais elle n'a été instituée que dix-sept ans plus tard, sous le khalife Omar. Dans sa fuite, Mahomet fut accompagné par Aboubekr; poursuivis dans toutes les directions par un parti de Koreïchites, les deux fugitifs se réfugièrent dans une grotte du mont Thour, situé à trois mille au sud de la Mecque ; déjà les Koreïchites qui les poursuivaient se disposaient à y pénétrer, lorsqu'ils s'aperçurent qu'à l'entrée de la caverne une colombe avait déposé ses œufs et une araignée avait étendu sa toile ; ils en conclurent que personne ne pouvait avoir pénétré récemment dans la grotte, et s'éloignèrent 2. Ma-
* Mahomet, prévenu d'un complot tramé contre sa vie, sortit de chez lui par une porte de derrière, en laissant son neveu Ali dans son lit.
'Quelque minutieux ou futiles que puissent paraître ces détails et d'autres pareils, nous avons cru devoir les reproauire dans cette notice, parce qu'ils con-