XX NOTICE BIOGRAPHIQUE
en personne que par ses lieutenants plusieurs expéditions contre diverses tribus arabes qu'il soumit d'abord; elles embrassèrent sans peine l'islam. C'est à cette époque qu'on rapporte un trait d'humanité de Mahomet envers les Koreïchites idolâtres. Des tribus nouvellement converties ayant refusé d'approvisionner la Mecque , souffrant alors de la disette , Mahomet leva cette prohibition. C'est aussi à la suite d'une de ces expéditions, de celle contre les Mostalik, qu'eut lieu l'aventure d'Aïcha, femme de Mahomet, accusée par la rumeur publique d'avoir eu des relations coupables avec un jeune musulman. La révélation contenue dans îe chapitre XXIV est consacrée non-seulement à laver Aicha des calomnies répandues contre elle, mais encore ù régler à l'avenir la procédure relative aux cas d'adultère. Dans la sixième année de l'hégire, Mahomet et les musulmans qui n'avaient pas fait depuis leur fuite'de la Mecque le pèlerinage du temple sacré, regardaient comme un devoir de s'en acquitter. Mahomet en envoya demander la permission aux Koreïchites protestant de ses intentions pacifiques, soit qu'il n'eût réellement pas d'autres intentions, soit qu'en accomplissant ce pèlerinage à la tête des musulmans, auxquels des Arabes idolâtres seraient venus se joindre, il comptât proliter de quelque incident favorable pour s'emparer de la Mecque. Mais les Koreïchites ne se laissèrent pas facilement persuader d'accorder cette permission, et toutes les démarches que fît Mahomet aboutirent seulement à la conclusion d'une convention qui pouvait être regardée comme une défaite morale. Cette convention portait : i^ une trêve de dix ans sera fidèlement observée entre les musulmans et les Koreïchites ; 2° tout individu qui abandonnerait les Koreïchites pour passer à Mahomet sans la permission de ses chefs, sera rendu aux Koreïchites ; 3° ceux qui passeraient du parti de Mahomet à celui des Koreïchites, ne seraient pas rendus ; 4° les tribus arabes seront libres de s'allier aux Koreïchites ou aux musulmans ; 5^ Mahomet et les siens quitteront sur-le-champ le voisinage de la Mecque ; 6° l'année prochaine ils pourront visiter la Caaba, mais ils n'y séjourneront que trois jours et ne porteront avec eux que leurs sabres qu'ils ne tireront pas du fourreau. Cette convention irrita les musulmans, mais Mahomet fit observer surtout, à propos des articles 2 et 3, que Dieu n'abandonnerait pas ceux qui seraient livrés aux Koreïchites, et quant à ceux qui passeraient aux idolâtres, la défection ouverte de quelques faux frères serait plutôt un bien qu'un mal. Cette convention eut lieu à Hodaïbiïa.
Mahomet dut renoncer cette année-là au pèlerinage de la Mecque, et même lorsque quelques instants après la conclusion de la convention , un Koreichite vint embrasser l'islam et fut réclamé par ses chefs , Mahomet s'empressa de le livrer, au grand mécontentement des musulmans; mais il se prévalut du silence de la convention au sujet des femmes, lorsque plusieurs femmes
SCR MAHOMET. XXÎ
après avoir quitté la Mecque vinrent dans son camp embrasser l'islam, et il ne les rendit pas à leurs maris qui venaient les réclamer. Cette même année (sixième de Thégire), Mahomet envoya un ambassadeur au roi de Perse pour l'engager à embrasser son culte. La lettre qu'il envoya à Cosroës commençait par ces mots : Mohammed, fils d'Abdallah, envoyé de Dieu à Kesra fCosroës), roi de Perse. On conçoit avec quel mépris elle dut être reçue par les Perses, qui regardaient tous les Arabes comme un peuple grossier et barbare, et en partie soumis à la domination de la Perse, Le roi des rois déchira la lettre de Mahomet ; celui-ci rayant appris s'écria : « Que Dieu mette en pièces son empire ! » Et cette malédiction fut interprétée comme un présage certain de la chute prochaine de la monarchie persane. Elle ne se réalisa cependant que dans la dix-huitième année de l'hégire, sous le khalifat d'Omar.
D'après les historiens musulmans, les ambassades envoyées par xMahomet au roi d'Abyssinie et au gouverneur de l'Egypte, furent accueillies avec respect. L'année "vu de l'hégire fut marquée par une victoire importante, celle sur les juifs de Khaïbar, ville protégée par plusieurs forts et située à trois ou quatre journées de marche de Médine, au milieu d'un pays très-fertile. Mahomet se mit en marche vers Khaïbar, à la tête de quatorze cents hommes dont deux Cvents cavaliers ; le siège dura environ douze jours ; les musulmans y éprouvèrent une résistance vigoureuse ; mais après plusieurs combats acharnés, dans lesquels se distingua Ali, gendre de Mahomet, tous les forts furent enlevés Tun après l'autre , et la puissance des juifs de Khaïbar fut anéantie. Mais comme ils tenaient à leur pays, ils en conservèrent la possession, non plus comme propriétaires, mais comme fermiers des musulm.ans, en vertu d'une convention conclue avec Mahomet. Cette défaite des juifs inspira à une juive, femme de Mahomet, le désir de venger ses compatriotes ; elle lui fit avaler un morceau de brebis qui était empoisonné , et ce ne fut qu'avec peine qu'il échappa à la mort. La conquête de Khaïbar fut suivie de celle de Fadak, bourg dépendant de Khaïbar ; Fadak devint la propriété particulière de Mahomet , et passa à sa fille Fatima , mariée à Ali. Les juifs de Wadi-1-kora subirent le même sort, et ceux de Taïma, sur les confins de la Syrie, jugèrent prudent de prévenir une destruction inévitable, et envoyèrent faire leur soumission à Mahomet. C'est dans cette même année que le nouveau propriété envoya un ambassadeur auprès de l'empereur Héraclius, qui se trouvait alors en Syrie, au retour de sa campagne de Perse. Héraclius accueillit, dit-on, avec distinction l'envoyé musulman; mais les ambassades que Mahomet envoya auprès de deux princes arabes ghassanides, feudataires de l'empereur romain, furent reçues avec indignation et mépris ; dans ses lettres, Mahomet les conviait à embrasser l'islam.