‹ Le Koran;Chapitre 26 sur 503 · SUR MAHOMET. XXXI · texte numérisé non relu

SUR MAHOMET. XXXI

culte mahométan fut mis eu contact avec le christianisme et le judaïsme, on arriva à affirmer que le Koran, révélation directe de Dieu et sa parole, était une chose coéternelle à Dieu, que le Koran n'était pas créé ; ce qui évidemment résulte de la confusion du mot kelamoullah, parole de Dieu, prise pour le Verbe de Dieu. Le Koran tel que nous le possédons est la reproduction aussi fidèle que possible de l'exemplaire original qui avait été confié par le premier khalife Aboubekr à la garde de Hafsa, fille d'Omar et veuve de Mahomet. Dans une bataille sanglante livrée à Akraba, au faux prophète Moçailama, dans l'année même de la mort de Mahomet, plus de six cents compagnons [Ashab] de Mahomet furent tués ; dans ce nombre se trouvaient des kotirra, lecteurs du Koran , et des hamalatoul Kor'an ( porteurs du Koran), qui savaient le livre sacré par cœur, non-seulement pour l'avoir lu, mais pour l'avoir entendu de la bouche de Mahomet. Dans la crainte que le livre sacré ne se perdît, Aboubekr nomma une assemblée composée des kourra , et des ashab survivants les plus instruits qui recueillirent tous les fragments du livre et en formèrent un ensemble. Cette réunion de portions éparses du Koran porte évidemment les traces d'une main autre que celle de Mahomet ; l'ordre chronologique des révélations n'y est nullement observé ; les chapitres postérieurs se rapportent au commencement de la mission de Mahomet (Voy. ch. XCYI, CXI.). Il y en a d'autres dont l'époque est fixée par les événements même auxquels il y est fait allusion, chap. IX, XXXIII; le passage V, 5, où Mahomet parle de l'achèvement de sa mission, est rapporté au pèlerinage d'adieu qui eut lieu l'année même de sa mort. 11 semblerait donc que le Koran n'existait pas du temps de Mahomet comme livre, comme un tout, et cependant Mahomet lui-même le nomme ainsi (II, 21, IX, 65, 87, 125, 128; XXIY, 1; XLYII, 22); et dans le ch. X, 12, il est parlé du Koran et des chapitres comme d'un tout et d'une partie, ce qui ferait supposer que Mahomet y avait déjà introduit quelque ordre. Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre dans^ l'appréciatioD de la valeur du Koran soit comme système religieux, soit comme code sacré, source de toute législation chez les mahomélans, soit enfin comme production de l'esprit qui puisse entrer en parallèle avec les Écritures de l'Ancien ou du Nouveau- Testament, ou avec les livres sacrés des autres peuples. Selon les Arabes musulmans, c'est, sous le rapport du langage, l'œuvre la plus belle qu'il y ait jamais eu ; mais cette thèse n'a pas manqué de trouver des contradicteurs : les AVahabites, secte née dans le siècle passé, ont résolument aftirmé qu'on pouvait créer quelque chose de plus parfait. Résumons en peu de mots les principes fondamentaux de l'islam : unité absolue de Dieu, point de Trinité, point de Fils de Dieu; le Saint-Esprit, c'est l'ange Gabriel; les anges sont des messagers de Dieu , et ils mourront un jour

XXXIÎ NOTICE BIOGRAPHIQUE

comme toutes les autres créatures pour être ressuscites au jour du jugement dernier; sans la croyance en un Dieu unique, et à la vie future, point de salut; les peines de Tenfer peuvent ne pas être éternelles si Dieu le veut ; le Koran admet un purgatoire ; les délices du paradis sont réservées aux croyants qui ont en même temps pratiqué le bien ; ces délices sont dépeintes sous des traits grossiers et sensuels , mais les plus attrayants sans doute pour un peuple vivant comme les Arabes, et situé comme ils l'étaient et le sont encore; en effet, la promesse de cours d'eau, de jardins, de verdure, d'une douce fraîcheur, de femmes sans vieillesse, devait paraître un comble de bonheur pour des hommes brûlés par le soleil, entourés de plaines ou de montagnes arides, manquant souvent d'eau, et ne trouvant dans l'autre moitié du genre humain qu'une très-courte époque de plaisir, parce qu'ils ne voyaient et ne trouvaient dans les femmes rien qui les élevât au-dessus des brutes. Il est cependant digne de remarque que les premiers temps de Tislam offrent des exemples d'une grande pureté de mœurs, d'une chasteté, d'un ascétisme, d'un spiritualisme qu'on ne s'attendrait pas à trouver chez un peuple bercé de promesses du paradis mahométan, soit que la piété ait voulut mériter ces récompenses par une vie de privations, soit que les bons instincts de la nature humaine se soient chargés eux-mêmes d'épurer une religion qui s'adressait d'abord aux sympathies du vulgaire. Selon le Koran, Dieu gouverne le monde, il a réglé toutes les choses d'avance; mais ilexauce l'homme, son serviteur ; la prière a son efficacité ; mais c'est un dogme postérieur, que l'intercession de Mahomet au jugement dernier sera également admise. Quant au culte extérieur, cinq choses constituent l'islam ; la prière, le jeûne, l'aumône, le pèlerinage de la Mecque et la guerre sainte ou, pour prendre le mot djihad dans son sens le plus adouci, la propagande religieuse. La morale du Koran consacre tous les préceptes moraux des autres peuples, mais elle ne s'étend pas en termes aussi positifs que le christianisme à toute la race humaine. Si le succès prodigieux et rapide de l'islam, le nombre de ses sectateurs répandus sur tout le globe, la puissance et l'éclat, les sacrifices et les martyrs, étaient le critérium de la vérité d'une religion, l'islam serait la religion vraie, car il a eu tout cela. Quand on réfléchit que le peuple arabe, du temps de Mahomet, se trouvait en contact continuel avec le christianisme et le judaïsme, et que ces deux religions, si puissantes dans le reste du monde, n'ont fait que peu de progrès au sein de l'Arabie, on est forcément conduit à en conclure que le culte formulé par Mahomet était le seul qui s'adaptât le mieux au caractère de ce peuple inaccessible à toute autre action civilisatrice. On a vu, du reste, par le résumé delà vie de Mahomet, que le triomphe de sa mission ne fut assuré que lorsque les révélations célestes reçurent par un heureux con-

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