Vous confierai-je encore celui-ci comme je vous avais
confié autrefois son frère ? Dieu est le meilleur gardien ; il est le plus clément.
65. Et lorsqu’ils eurent déballé leurs bagages, ils trouvèrent que le prix de leur blé leur avait été rendu. O notre père ! direntils, que pouvons nous désirer de plus? Voici le prix de notre blé qui nous a été rendu ; nous allons y retourner pour acheter des provisions pour nos familles ; nous aurons soin de notre frère ; cette fois-ci nous apporterons la charge d’un chameau de plus. C’est une charge de peu d’importance.
66. Je ne le laisserai pas partir avec vous, dit Jacob, à moins que
vous ne juriez devant Dieu que vous me le ramènerez sain et sauf , s’il ne vous arrive quelque accident majeur. Lorsqu’ils le lui eurent promis, Jacob s’écria : Dieu m’est caution de vos engagements.
67. Puis il leur dit : O mes enfants ! en arrivant en Egypte, n’entrez point tous par une seule porte, mais par plusieurs à la fois; toutefois , je ne saurais rien faire pour vous contre les décrets de Dieu, car le pouvoir suprême appartient à Dieu. Je mets ma confiance en lui, et c’est en lui que mettent leur confiance les hommes qui se résignent.
68. Ils entrèrent donc dans la ville en se conformant à l’ordre de
leur père ; mais cette précaution ne pouvait leur être d’aucune utilité contre les arrêts de Dieu, sauf qu’elle satisfaisait le désir de Jacob, qui la leur avait recommandée. Or, Jacob possédait la science que nous lui enseignâmes ; mais la plupart des hommes n’en ont point.
69. Et quand ils se présentèrent devant Joseph, celui-ci retint à
dîner son frère Benjamin , et lui dit : Je suis ton frère, ne t’afflige plus du crime qu’ils ont commis.
70. Joseph les ayant pourvus de leurs provisions, glissa une coupe à boire dans les hardes de son frère Benjamin; puis, par ses ordres , un héraut cria après eux : Hé! voyageurs! vous êtes donc des voleurs ?
7 1. Les fils de Jacob retournèrent sur leurs pas et s’écrièrent : Que
cherchez- vous ?
72. — Nous cherchons, leur répondit-on, la coupe du roi. Qui-
conque la restituera, recevra une récompense en blé de la charge d’un chameau; j’en suis garant, dit le héraut.
73. — Nous le jurons par Dieu, répondirent les fils de Jacob ,
vous savez que nous ne sommes point venus ici pour commettre des brigandages ; nous ne sommes pas des voleurs.
74. — Et si vous mentez, quelle sera la peine de celui qui l’a fait?
dirent les autres.
75. — Celui, répondirent-ils, dans les hardes duquel sera trouvée
la coupe, vous sera livré en expiation. C’est ainsi que nous punissons les coupables.
76. Joseph commença par fouiller dans leurs sacs avant de fouiller
dans celui de son frère, puis il tira la coupe du sac de son frère. C’est nous qui suggérâmes cette ruse à Joseph. Il n’aurait pas pu, d’après la loi du roi de l’Egypte, s’emparer de la personne de son frère, à moins que Dieu ne l’eût voulu. Nous élevons le rang de celui que nous voulons. Il est quelqu’un plus savant que les savants.
77. Les fils de Jacob dirent alors : si Benjamin a commis ce vol,
son frère en avait commis un avant lui. Joseph comprima au fond de son cœur la vérité et ne se fit pas connaître. Il dit en lui-même* Vous êtes dans une condition plus à plaindre que nous deux. Dieu connaît mieux ce que vous racontez.
78. — O Seigneur ! dirent-ils alors, il a un père âgé, respectable;
prends plutôt un d’entre nous à sa place. Nous savons que tu es généreux.
79. — A Dieu ne plaise que je prenne un autre que celui chez qui
notre coupe a été trouvée ! si jele faisais, j’agirais injustement.
80. Quand ils eurent désespéré du succès de leurs demandes, ils
se retirèrent pour se consulter. Le plus âgé d’eux dit : Ne
BIBLE
savez-vous pas que votre père a reçu de vous une promesse faite devant Dieu ? Ne vous rappelez-vous pas quel crime vous avez commis à l’égard de Joseph ? Je ne quitterai pas le pays que mon père ne me l’ait permis, ou que Dieu ne m’ait manifesté ses ordres, car il est le meilleur des juges.
81. Retournez auprès de votre père, et dites-lui : O notre père!
ton fils a commis un vol : nous ne pouvons témoigner, excepté de ce qui est à notre connaissance, et nous ne pouvions nous tenir en garde contre les choses imprévues.
82. Fais prendre des renseignements dans la ville où nous étions,
et près delà caravane avec laquelle nous sommes arrivés, et tu verras que nous disons la vérité.
83. De retour chez eux , Jacob leur parla ainsi : vous avez arrangé tout cela vous-mêmes ; mais prenons courage, peut-être Dieu me les rendra tous deux, car il est le savant, le sage.
84. Il s’éloigna donc d’eux et s’écria : Hélas ! ô Joseph ! et ses yeux blanchirent de tristesse, et il fut oppressé parla douleur.
85. Ses fils lui dirent : Au nom de Dieu, tu ne cesseras donc de
parler de Joseph jusqu’à ce que la mort te surprenne ou que la douleur termine tes jours ?
86. — Je porte mon affection et ma douleur devant Dieu, et je
sais sur Dieu ce que vous ne savez pas.
87. O mes enfants ! allez et informez-vous partout de Joseph et de
son frère, et ne désespérez pas delà bonté de Dieu; car les ingrats seuls désespèrent de la bonté de Dieu.
88. Ils revinrent en Egypte, et, s’étant présentés chez Joseph, ils
lui dirent : Seigneur ! la misère s’est appesantie sur nous et sur notre famille; nous n’apportons qu’une modique somme; mais fais-nous remplir la mesure, fais-nous en l’aumône. Dieu récompensera ceux qui font l’aumône.
89. — Savez-vous ce que vous avez fait de Joseph et de son frère, quand vous étiez plongés dans l’ignorance ?
90. — Serais-tu Joseph? lui dirent-ils. — Oui, je suis Joseph, et celui-ci est mon frère. Dieu a été bienfaisant envers nous ; car quiconque le craint et persévère est heureux, et Dieu ne fera point périr la récompense des vertueux.
91. — Par le nom de Dieu, répondirent-ils, Dieu t’a permis de nous faire du bien, quoique nous ayons péché.
92. — Je ne vous ferai point de reproches aujourd’hui ; Dieu vous
pardonnera vos fautes, car il est le plus miséricordieux.
93. Allez et emportez ma tunique ; couvrez-en le visage de mon
père, il recouvrera la vue. Puis amenez-moi toute votre famille.
9-1. Quand la caravane partit d’Egypte, Jacob dit à ceux qui V environnaient : Je sens l’odeur de Joseph; vous pensez peutêtre que je suis en délire?
95. — Par le nom de Dieu, lui répondit-on, tu es dans ta vieille erreur.
96. Lorsque le messager, porteur de l’heureuse nouvelle arriva, il jeta la tunique de Joseph sur le visage de Jacob, et Jacob recouvra la vue.
97. Ne vous ai-je pas dit que je sais sur Dieu des choses que vous ne savez pas ?
98. — O notre père ! dirent ses fils, implore notre pardon auprès de Dieu, car nous avons péché.
99. — Oui, j’implorerai votre pardon auprès de Dieu ; il est indulgent et miséricordieux.
100. Quand Jacob avec sa famille arrivée en Egypte, alla chez Joseph, il les reçut chez lui, et leur dit : Entrez en Egypte, s’il plaît ainsi à Dieu, et habitez ce pays à l’abri de toute crainte.
101. Il plaça sur un siège élevé ses père et mère, qui tombèrent sur leurs faces pour l’adorer. O mon père ! dit Joseph, voilà l’explication démon songe de l’autre jour : Dieu l’a réalisé; il a été bienfaisant envers moi, quand il me délivra de la prison, quand il vous a amené auprès de moi du désert, après que Satan nous eut séparés moi et mes frères. Le Seigneur est plein de bonté quand il le veut. Il est le savant, le sage.
102. Seigneur, tu m’as accordé le pouvoir et tu m’as appris l’interprétation des événements, créateur des deux et de la terre, tu es mon protecteur dans ce monde et dans l’autre ; fais-moi mourir résigné à ta volonté, et place-moi au nombre des vertueux.
BIBLE
103. Telle est cette histoire, ô Mohammed ! du nombre des récits
inconnus que nous te révélons. Tu n’as pas été présent quand les frères de Joseph ourdirent en commun leur machination, et qu’ils lui tendirent un piège; mais la plupart des hommes, quelqu’en soit ton désir, n’y croiront pas.
104. Tu ne leur demanderas pas de salaire pour ce récit : c’est un
récit qui s’adresse à tous.
36. Joseph était déjà venu au milieu de vous accompagné de signes évidents; mais vous n’avez cessé de douter de leur vérité, jusqu’au moment où il mourut. Vous disiez alors : Dieu ne suscitera plus de prophète après sa mort. C’est ainsi que Dieu égare les transgresseurs et ceux qui doutent.
§ 16. loth ' [80 versets].
78. Nous avons... envoyé Loth vers les siens. Il leur dit : Commettrez-vous des turpitudes qu’aucun peuple n’a jamais commises avant vous ?