XXXVI. LE FOND DU LAC
Partout où la côte n’est pas rocheuse ou déformée par une moraine de blocs erratiques, partout
aussi où le talus n’est pas trop incliné, on peut retrouver, en marchant du bord au milieu du lac, les zones suivantes dont l’origine et les détails doivent être rapportés à l’action des vagues :
a. La grèvCj formée de sable et de cailloux lavés, est la partie sur laquelle les vagues déferlent. Elle est inondée par les hautes eaux de l’été; elle est à sec par les basses eaux de l’hiver.
b. La beine , blanc-fond plus ou moins étendu, terrasse dont la profondeur varie suivant la situation de la cote, mais qui est toujours remarquable par l’horizontalité presque parfaite de son fond. En général, la beine présente du côté de la grève une bande plus ou moins large, de nature vaseuse, où croissent les forêts des plantes aquatiques; plus en avant est une zone sableuse presque absolument dépourvue de plantes et d’animaux.
c. La beine est bordée en avant par un talus très incliné qui porte le nom de mont; sa hauteur varie avec la largeur de la beine et avec l’inclinaison du talus générai du lac.
d. Au pied du mont commence le grand talus qui descend régulièrement jusqu’à la plaine horizontale du fond du lac. Au pied du mont, le sol est vaseux; plus loin, sur le talus lui-même et sur la grande plaine qui forme le plancher du lac, le sol consiste dans le limon des grands fonds.
Ce limon prodigieusement fin, formé de particules mesurant à peine un millième de millimètre,
argileux, très plastique, se laissant bien modeler et cuire, presque absolument pur de corps étrangers, présente deux couches, l’une, superficielle jaunâtre, d’un centimètre environ d’épaisseur, l’autre bleuâtre, profonde; la différence de couleur entre ces deux couches provient de l’état d’oxydation différent des sels de fer. La composition chimique de ce limon devant Morges est la suivante :
Humidité 2.20
Silice et silicates 63.87
Oxyde de fer
Alumine
Acide phosphorique
Chaux
Magnésie
Potasse et soude
Acide carbonique
Eau chimiquement combinée et matières organiques
traces 10.50 2.06 l races
(E. Risler.)
La composition de l’argile lacustre varie avec la localité; elle est plus siliceuse vers les bouches du Rhône, ou elle est formée essentiellement par l’ailuvion alpine; elle est plus calcaire à l’extrémité occidentale du lac où elle contient plus d’alluvion jurassique (analyses de Bischoff, Risler et Hochreutiner).
La densité de l’argile dn Haut-lac, devant Clarens, est 2.68 (E. Chuard).
L’alluvion moderne recouvre tous les accidents du sol primitif. Dans une seule localité, sur la barre d’Yvoire, en plein lac, à 2 km. de la rive, et sous 60 m. d’eau, je connais une moraine dont la crête fait saillie sous cet empâtement général. Il faut admettre que L’alluvion lacustre y est enlevée par les courants, probablement par les courants de retour des grands vents.
Les pierres de cette moraine sont revêtues d’une mousse, le Thamnium alopecurum Schimper (détermination de M. J. -B. Schnetzler). Elle est brillamment chlorophyllée, et indique ainsi une action efficace de la lumière.
La moraine d’Yvoire est 1a, station favorite de rOmble-chevalier.
L’argile lacustre ne contient en fait de corps étrangers que :
1° Les animaux et débris d’animaux vivants et morts des faunes profonde et pélagique.
2° Les débris végétaux qui après avoir fiotté sur les eaux ont sombré dans les fonds.
3° Les scories de coke des fournaises des bateaux à vapeur.
4° A moins d’un kilomètre de la rive, quelques pierres, graviers et sables transportés par les racines des arbres flottant sur le lac ou par les glaces de rivière ou de rivage; plus en avant ce transport
n’existe plus, et Ton n'y rencontre que les débris tombés accidentellement hors des barques et bateaux.
XXXVI r. FAUNE DES VERTÉBRÉS
Nous laissons de côté tout ce qui se rapporte aux rivages et aux affluents.
Oiseaux. Nous n’avons sur le lac que deux espèces stationnaires, c’est-à-dire séjournant toute Tannée dans le pays : La Mouette rieuse, Larus r i d i b u n d u s , est un oiseau de passage qui nous vient de l’Océan en automne et y retourne au printemps ; quelques individus cependant passent l’été sur le lac et y nichent. Le Cygne, Cygnus olor, a été introduit à l’état domestique à Genève, en 1838; cette espèce s’est répandue sur le lac vers l’année 1857 et depuis lors elle s’y reproduit en liberté. En 1868 une variété intéressante de ce Cygne a commencé à apparaître sur notre lac, et chaque année on peut en voir quelques exemplaires ; les petits appartenant à cette variété ont leur premier duvet d’un blanc jaunâtre et leurs premières plumes d’un blanc pur, tandis que normalement les jeunes Cygnes sont gris ou bruns pendant leur première année.
Outre ces espèces stationnaires nous indiquerons, d’après Necker, comme étant de passage régulier , c’est-à-dire arrivant normalement et en nombre chaque année, à une saison différente pour
chaque espèce : La Poule d’eau, Gallinula chloropus; les Canards sauvage, pilet, morillon, milouin, siflleur, souchet, garrot, Anas boschas, A. acuta, A. fuligula, A. ferina, À. penelope, A. c 1 y p e a t a , A. cl a n g u 1 a ; les Oies sauvage et cendrée, A. segetum, A. an s er férus ; les Sarcelles d’été et d’hiver, A. querquedula, A.
cr'ecca; les Harles huppé, piette et le grand Harle, Mergus serratus, M. albellus, M. merganser ; les Mouettes à pieds bleus et rieuse, La rus canus, L . ridibundus; le Goéland h pieds jaunes, L. fuse us ; les Hirondelles de mer pierregarin et épouvantail, Sterna hirundo, S. atra; les Plongeons cat-marin , lumme et imbrin , Colymbus septentrionalis, C. arcticus, C. glacial is; les Grèbes castagneux , jougris et huppé, Podiceps minor, P. rubricol lis, P. cristatus.
A cette liste, on pourrait encore ajouter une trentaine d’espèces qui sont de passage accidentel et viennent isolément s’offrir au plomb des chasseurs heureux.
Reptiles. La Tortue, Cistudo europea (?).
Poissons (G. Lunel). La Perche, Perça fluviatilis; le Chabot, Cottus gobio; la Lotte, Lota vulgaris; la Carpe, Cyprinus carpio ; la Tanche, Tinca vulgaris ; le Goujon, Gobio fluviatilis; l’Ablette, Alburnus lucidus; le Spirlin, A. bip u ncta tus; le Rotengle, Scardinius erythrophthalmus ; le Gardon, Leuciscus ru-
tilus; la Chevaine, Squalius cephalus; laFéra, Coregonus fera; la Gravenche, C. hiernalis; l’Ombre, Thymcllus vulgaris; POmble-chevalier, Salmo umbla; la Truite, Trutta variabilis; le Brochet, Esox lucius; l’Anguille, Anguilla vulgaris.