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XLYIII. CITÉS LACUSTRES PRÉHISTORIQUES

A la suite de l’heureuse découverte de F. Keller, qui reconnut, en janvier 1854, dans les pilotis de Meilen, au lac de Zurich, les restes d’un village bâti sur le domaine des eaux, et par une hardie généralisation conclut à l’existence, dans les époques antéhistoriques, de peuplades habitant sur les rivages des lacs des bourgades de bois établies sur

pilotis, on a étudié dans tous les lacs du centre de l’Europe les ruines de ces cités lacustres. Ces constructions ont été utilisées pendant de longues suites de siècles, et la civilisation s’est lentement développée depuis les plus anciennes aux plus récentes, •soit par les inventions du progrès et par des découvertes indigènes, soit par l’apport de produits nouveaux introduits par le commerce ou le pillage dans •des expéditions à l’étranger. On distingue dans la période lacustre des âges différents, caractérisés par les matériaux en usage pour la confection des outils, instruments et ornements, et l’on peut établir la série chronologique suivante :

1° U âge de la pierre (âge de la pierre polie, âge néolithique, époque robenhau sienne) est la période précédant l’invention ou l’importation de métaux.

2° Une période de transition , appelée par G. de Mortillet l’époque morgienne d’après la station des Roseaux de Morges, est remarquable par l’introduction des premiers instruments de bronze, au milieu d’une civilisation appartenant encore entièrement à l’âge de la pierre.

3° L'âge du bronze , époque larnaudienne de Mortillet, bel âge du bronze, de Desor, avait pour métal d’usage le précieux alliage du cuivre et de l’étain. Il était remarquable par un brillant essor de l’industrie et par l’élégance vraiment artistique des dessins et des formes.

'4° A la fin de l’âge du bronze, le for a commencé

à apparaître, d’abord sous la forme de métal précieux, employé pour l’ ornementation de pièces de grande valeur, puis pour la confection d’outils de plus en plus abondants.

5° Une invasion violente d’un peuple conquérant a détruit les dernières stations du bronze, et notre pays est devenu la proie des Helvétiens, tribu de la grande nation gauloise, quelques siècles avant l'ère chrétienne. Une station du lac de Neuchâtel r ruine d’un oppidum ou d’un port militaire, a servi à caractériser cette période helvétienne, où la civilisation de l’âge du fer était dans une brillante floraison, et lui a fait donner le nom d'époque de la. Têne. Cette époque est mal représentée sur les bords du lac Léman.

Quant aux ruines des cités lacustres, elles consistent surtout dans les restes des pilotis plantés dans le sol, par une profondeur de 2 à 6m. d’eau; entre les pilotis, on trouve des débris de poutres plus ou moins carbonisées, des fragments de poteries, des armes, des objets de parure, des ustensiles, des os d’animaux, etc. Une étude attentive a permis de reconstruire, à l’aide de ces restes antiques, les traits généraux et les détails de la civilisation et de la vie de peuplades, ignorées jusqu’alors par l’histoire et oubliées par la tradition.

Voici les noms et l’âge archéologique des principales stations lacustres connues sur les bords du lac Léman :

Rive droite.

Station du Creux de Plan, Vevev. ... ?

» de Cull y ?

» de la Pierre de Cour s. Lausanne Bronze.

» du Flou . y>

» de la Venoge, Saint-Sulpice . . Bronze.

)) des Roseaux de Morges, type de d’âge

morgien de Mortillet .... Transition.

y> de l'église de Morges Pierre.

Grande cité de Morges Bronze.

Station de la poudrière de Morges . . . Pierre.

» de Fraidaigue près Saint-Prex. . »

» de Saint-Prex Bronze.

» de l’ile de Rolle Pierre, bronze.

» de Beaulieu, près Rolle .... Bronze.

s> du Châtaignier, Dully Pierre.

» du Creux de la Dullive ...... Bronze.

» de Promenthou-x près Nyon . . Pierre.

» de Nyon Bronze.

» de Céligny »

» de Coppet »

y> de Mies »

» de Versoix Bronze.

» de Bellevue . . Pierre.

» des Pâquis, Genève »

Grande cité de Genève Bronze.

Rive gauche.

l re station de Thonon Pierre.

2 e station de Thonon Bronze.

Station de Coudré, Sciex Pierre.

» de Moulin-Paquis, Excénevrex . ?

l re station deNernier Pierre.

2 e » » Bronze.

Station de Messery »

» du Creux de Tougues »

jd de Beauregard Fer (?)

» de la Fabrique ?

y> de la Vie à l’Ane, Hermance . . Bronze.

jd d’Ànières »

» de la Gabiule ...... Pierre, bronze.

jd de Bellerive »

» de la Pointe de la Bise .... Transition.

» de la Belotte Pierre et bronze.

» de Plongeon Fer.

jd des Eaux-Vives ........ Pierre.

Grande cité de Genève Bronze.

XLTX. NAVIGATION

Le commerce et la pêche ont construit sur le lac Léman des types spéciaux de bateaux qui sont originaux et peuvent se décrire comme suit :

1° La barque, navire marchand de 120 à 180 tonneaux, à fond plat, légèrement concave d’avant en arrière, avec une quille peu saillante; ses bords sont évasés, sa proue inclinée, proéminente, relevée, terminée en pointe aiguë; sa poupe est carrée, verticale. C’est un navire ponté, à un seul

pont, sans cloisons intérieures ; il n’a pas de bastingages, mais des galeries latérales extérieures (appoustisj occupant toute la longueur du navire jusqu’au mat d’avant. La barque porte deux mats, d’une seule tige, le grand mût vertical, au milieu de la longueur du navire, le mât de trinquet , légèrement incliné en avant, à l’origine de la proue.. Chacun de ces mats porte une grande voile triangulaire, voile latine, montée sur une vergue conique, d’une seule tige. Les mâts n’ont pas de haubans; les vergues sont soutenues par des drisses. Un grand gouvernail carré descend à 0.5 m. audessous de la quille. La barque ne porte pas de lest; elle est servie par un petit bateau plat qu’elle remorque. Elle a pour équipage un patron et deux ou trois bateliers.

Une grande barque m’a donné les mesures suivantes : longueur 27.5 m., largeur au maître-bau 7.0 m., hauteur des mâts 20 m., longueur des vergues 28 m.

Les barques en pleine charge tirent 1.6 à 2 m. d’eau.

Dans le dernier quart du XIX 0 siècle, la forme des barques s’est perfectionnée : la quille a été faite plus saillante, la proue a été abaissée, et le navire, rendu meilleur voilier, peut courir des bordées et gagner légèrement sur le vent.

2° La vochère, de même forme que la barque, mais de dimensions moitié moindres, ne jauge-

guère plus de 30 tonneaux. Elle n’est pontée qu’à l’avant et n’a pas de quille; elle a deux bancs entre les mâts; elle n’a point d’appoustis ni de bateau de service. Elle est armée de deux voiles latines, d’un gouvernail et de rames, à savoir deux grands avirons à l’avant, et une rame rectrice à bâbordarrière.

3° Le bateau de pêche, de même forme que la cochère, de 6 à 8 m. de longueur, 2 m. de largeur, avec 2 ou 3 avirons à tribord en avant, et une rame rectrice à l’arrière, à bâbord; sans gouvernail.

4° La liquette , petit bachot à fond plat transversalement, concave longitudinalement, à bords évasés de 30 cm. de hauteur, rétréci et taillé en carré aux deux extrémités. Un banc et une paire de rames, pas de gouvernail.

5° Le noie-chrétien , réduction de la liquette.

Outre ces types indigènes, les constructeurs ont introduit les bateaux en usage dans d’autres eaux, en les modifiant parfois et en les adaptant aux conditions de notre lac : yacht, cutter, canot, péniche de chasse , de course , de promenade , yole , skiff, etc.

Les bateaux à vapeur ont été inaugurés sur le Léman en 1823. La Compagnie générale de navigation, qui fait le service des voyageurs et des marchandises sur l’ensemble du lac, possède en 1886 une flotte de 15 navires à roues, dont la charge maximale varie de 350 à 1200 passagers, avec des

machines de la force de 30 à 140 chevaux. La Compagnie veveysanne de navigation a trois bateaux à hélice de 30 à 50 tonneaux de charge.

Une trentaine de yachts à vapeur appartiennent à divers particuliers pour la navigation de plaisance.

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