Le Lac St. Jean et le grand Nord-Est [microforme]
Le but de ces pages est de donner des informations au sujet d’une partie de la Puissance qui, jusqu’à présent, est comparativement peu connue, mais qui, eu égard à la fertilité du sol, à la richesse de ses forêts et à son climat tempéré, doit sans aucun doute devenir l’un= des régions les plus populeuses et les plus prospères du Canada.
Le territoire en question s'étend de la tête de la navigation de la rivière Saguenay, à Chicoutimi, jusqu’à la limite nord de la Province de Québec, distance de 220 mille$ et de la source des cours d’eau qui se jettent de l'Est dans le Lac St. Jean, jusqu’à la rivière St. Maurice, embrassant la vallée de la rivière Batiscan, distance de 200 milles, formant en tout une superficie de 44,000 milles carrés, ou environ 28,000,000 d’acres.
Cette immense contrée est comparativement peu connue, si ce n'est la vallée du Lac St. Jean, qui depuis quelques années, a été colonisée avec une grande rapidité, et dont la population est maintenant de 32,000 âmes. La valeur et l'étendue de lg partie connue du territoire, peuvent être appréciées par le rapport officiel cijoint de ne vel Commissaire des Terres de la Couronne de là Province de Québec, lequel démontre qu cette partie limitée même renferme 3,000,000 d’acres de
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/ la meilleure terre arable, ce qui est de beaucoup supérieur à toute l'étendue de terre défrichée contenue dans les provinces réunies de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick, qui sustente cependant une population de trois-quarts de million.
Voici ce que dit de cette partie du territoire comprise dans la région du St. Maurice, M. Dumais, l’un des arpenteurs du gouvernement.
“ Le sol, dans la vallée de Ia rivière Croche, est plus riche. Le terrain, qui est, pour ainsi dire, plat et couvert d'une végétation luxuriante, où prédomine l’orme et le frêne, s'étend, de cette manière, de chaque côté de la’ rivière, sur une largeur de près d’un demi-mille, jusqu’à une distance d’au moins cinquante milles. Il y a, le long de ces bandes de terrain, plusieurs établissements sur lesquels l’on fait d'abondantes récoltes de foin et d’avoine.
“Ces rivières sont toutes bien boisées, Le pin se rencontre partout, du canton de Charlevoix, sur le lac St. Fean, à La Tuque. La rivière Croche est riche en pin de ‘la meilleure qualité. M. Hall en tire, chaque année, 25,000 billots, et à ce compte il y en a pour beaucoup d’années à venir.
“En considérant, maintenant, les explorations que nous avons faites antérieurement et celle qui vient d’être comglétée, le contraste est des plus encourageants: Je vois aujourd’hui une charmante descente, presque sans obstacles,
“vers le St. Laurent, longeant ces montagnes et ces précipices que nous regardions auparavant comme la seule voie possible. Nous voyons aussi un territoire, à peine accidenté, propre à la culture, et couvert de forêts magnifiques avec toutes les facilités nécessaires de transport ; wn territoire pouvant recevoir et sur lequel peut s'établir une population de milliers et milliers d'âmes, Ici et là, existent de nombreux pouvoirs d’eau, pour l'utilité et les Gas industrielles de cette popuiation. Ce territoire permettra la construction d’une voie ferrée à plus de mille
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pieds plus bas que le niveau du tracé précédent, et, pardessus tout, traversant une région fertile qui ne demande, pour devenir riche et prospère, que des bras pour la défricher et la cultiver.”
Les vallées du Saguenay et du St. Maurice sont déjà:
le champ dc larges opérations forestières estimées à
60,000,000 de pieds de bois, mesure de planche, j ar année, ce qui équivaut au quart environ de la quantité totale de:
bois de sciage exporté du port de Québec.
La partie habitée de cet immense territoire, comprenant une partie de la vallée du Lac St. Jean, et la nature du climat, du sol et des productions, sont très bien décrites dans la lettre ci-annexée de M. E. A. Panet, qui a visité cette contrée en 1883, et qui atteste les magnifiques moissons de blé et autres céréales réalisées sur son fertile sol, la grande valeur de sa production laitière telle que prouvée par l'établissement récent dans le district d'un certain nombre de fabriques de beurre et de fromage, et l'excellence du climat qui est, dit-il, semblable à celui de Montréal.
Le seul inconvénient dont souffre à présent ce district est l'absence de voies de communication. On est tout-àfait en train de triompher de cette lacune par la construction d’un chemin de fer—le Québec et Lac St. Jean. (parfaitement décrit dans le rapport ci-joint de M. A. I. Light, ingénieur civil, à Sir Charles Tupper)—qui est poussé activement en ce moment de Québec au Lac St. Jean, et qui se raccordera par des embranchements avec La Tuque, à la tête de la navigation à vapeur du St. Maurice, et avec Chicoutimi, la tête de la navigation transatlantique sur la rivière Saguenay.
La première section de ce chemin de fer, de Québec à
St. Raymond,—36 milles, —est en opération depuis 1882, et a eu pour effet l'établissement de moulins et d'industries, et le développement du commerce de bois et dela colonisation dans des proportions qui ont dépassé de beaucoup les espérances de ses fondateurs et qui font augurer de son achèvement les plus grands résultats. Une seconde section de 10 milles est maintenant prête pour le trafic, et les travaux progressent sur 10 autres milles.
La quantité de milles que l’on se propose de construire se décompose comme suit :
Ligne principale, de Québec au lac St. Jean... 175 milles. Embranchement de la riv. Batiscan à La Tuque. 30 “
‘8 du lac St. Jean à Chicoutimi. 6o “ " Se à St. Prime.. 20 “ 285 milles.
Ci-suivent les octrois accordés à l’entreprise : Province de Québec, $5,000 par mille sur 170 milles de la ligne principale. ...... +... $850,000 Province de Québec, 5,000 acres de terre par | mille sur 170 milles de la ligne principale.
Puissance du Canada, $3,200 par mille sur la , ligne principale au nord de St. Raymond.. 464,000 Cité de Quél=c, $2,500 par mille.,...,... 450,000 Comté de Chicoutimi No. 2 (lac St. Jean) .. 100,000
Loan sai he $1,864,000
et 850,000 acres de terre.
On espère que ces octrois seront peut-être accordés pour toute la distance qu'on entend construire. Un coup-
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d'œil sur la carte ci-jointe fera voir les avantages de construire les embranchements, et leur destination, L'embranchement du lac St. Jean à Chicoutimi procurera des moyens de communication avec Québec et le reste de la Puissance à la nombreuse population de cette ville (qui a un siége épiscopal et où sont établies plusieurs industries importantes) et du pays environnant, et comme il atteindra la tête de la navigation de la rivière Saguenay, il augmentera sans doute considérablement le nombre des touristes qui se dirigent vers cette célèbre rivière, en leur procurant l'avantage d’une excursion circulaire par eau et par chemin de fer.
L'embranchement de La Tuque, ouvrira aussi une voie de communication avec 60 milles de navigation à vapeur sur la rivière St. Maurice, formant pareillement une route circulaire par chemin de fer et par eau, de Québec, 54 La Tuque et les Grandes Piles, à Trois-Rivières, et ouvrant aussi à la colonisation la fertile vallée de la rivière Croche, l’un des tributaires du St. Maurice, et ouvrant aux marchands de bois un accès économique à La Tuque, le grand centre des opérations forestières du territoire du St. Maurice.
De cette maniète, non seulement la vallée du Lac St. Jean sera ouverte d'la colonisation, mais aussi le Saguenay et le haut du St. Maurice au moyen de lignes d’embranchement. On créera ainsi un réseau de voies ferrées, qui serviront à developper l'immense intérieur de Îla province d Québec, et qui, sans aucun doute, dans un avenir rapproché, étendront leur influence civilisatrice jusqu'aux res argileuses formant le bassin de la Baie James. Chaque année fournit une nouvelle preuve que ce grand besin est susceptible d'être habité pas des personnes
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civilisées, comme sous de semblables latitudes en Europe, et nous apprend que, tout en continuant de suivre la louable ligne de conduite d'ouvrir le Grand Nord-Ouest, nous ne devrions pas négliger. de faire de semblables efforts pour développer une région presque d’une aussi grande valeur qui se trouve à nos portes mêmes, le “ Grand Nord-Est ”.
On ne peut pas donner de meïlleure preuve de l’importance de ce projet ou de son utilité future pour la Puissance que le puissant intérêt qu'y a pris un homme qui a prouvé être un ami sincère du Canada et de tout ce qui touche à ce pays; cet homme c’est le très honorable marquis de Lorne, notre ancien vice-roi, qui écrit comme suit :—
(COPIE) Palais de Osborne, 27 Déccembre 1883.