SCÈNE PREMIÈRE
LE ROI, puis NELLY.
Le Roi fermant la porte du fond et s’avançant dans l’obscurité.
LE ROI. Bien, tout est ainsi que C.liiffiinrh me l’a dit : obscurité complète. Sarah ! Sarah !
Tl frappe à la porte de la chambre de Sarah.
nelly. Qui frappe ?
le roi. Moi , Dumbiky ! Ouvrez , Sarah !
NELLY. Me voici.
le roi. Déjà de retour du château 1
NELLY. La présentation n’a duré qu’un instant... sans doute des ordres avaient été donnés pour l'abréger.
le roi. Bénis soient ces ordres qui rapprochent l'instant de mon bonheur, qui fait envie à toute la cour 1
NELLY. Envie à toute la cour! Allons, décidément , Dumbiky, vous êtes amoureux, puisque vous me dites sérieusement de pareilles folies.
le roi. Non, d’honneur; depuis qu’il vous a vue, Buckingham en perd la tète, et le roi Charles II en devient fou.
nelly. Comment!... et vous dites que le roi...
le roi. Est amoureux comme il ne l’a jamais été, Sarah! je dis qu'il senit prêt à tout sacrifier pour vous. Je dis qu'il ne lient qua vous d'être reine, Sarah!... plus reine qu'Isabeile, Sarah !... car elle ne règne que sur le royaume, et vous, vous régnez sur le roi.
nelly. Mais vous n’êtes donc pas Dnm-
hiky ?
le roi. Écontez-moi, Sarah, et pardonnez-moi ma hardiesse en songeant que c’était le seul moyen de pénétrer jusqu’à vous, de vous dire que je vous aimais. J'avais d'abord eu l’intention de profiler de l'obscurité, mais au moment d'exécuter mon projet, la honte m’a pris de réiissir par nn pareil moyen, et je me suis ditque le roi Chartes II méritait peut-être d’être aimé ponr lui-même, et conservait encore quelques chances en se présentant sous son véritable nom.
KELLY. Eh bien, c’est comme moi, sirel peut-être aurais-je pu, moi aussi, profitant de l’obscurité, détourner cet amour de son véritable but, et prendre pour moi les protestations adressées à une rivale; mais j’ai pensé, sire, que je valais bien la peine d’être aimée |>oiir moi-même, et que Si le roi Charles 11 n’élait point fait pour être larron
d’amour Nelly était encore trop
jeone et trop jolie pour recevoir un hommage dont elle ne serait pas l’objet.
le roi. Nelly!... Vous, Nelly!... impossible !
nelly, sonnant. Vous en doutez, sire?
LE roi. Que faites-vous?
nelly , à un rnlct qui entre. Des flambeaux 1
le roi. Nelly, je suis joué.
nelly. Voilà ce que c'est, sire, que d’avoir eu l'imprudence de prendre pour maîtresse une comédienne.
le roi. Mais dans quel but, dans quelle
intention vous êtes-vous substituée à cette jeune fille?
nblly. Sire, pour donner le temps à Buckingham de l’enlever.
LEROI. Comment, de l’enlever!... Buckingham enlève Sara h?
NELLY. Oui, sire. Comment, vous oui connaissez la hardiesse du duc, vous le chargez, quand vous savez qu’il est votre rival, de ramener le soir, à neuf heures, du château ici, la femme que vous aimez?... Ah ! sire... je ne reconnais pas là votre prudence habituelle .
le ROI. Eh ! où sont-ils? où la conduitil ?...
Kelly. Ils sont maintenant sur la route de Calton - Collage , où ils seront arrivés daus un quart d’heure.
le ROI. Mais c’est un rapt... une violence. Je ne permettrai pas une pareille infamie à ma cour, sous mes yeux, et presque eu ma présence.
Il bit un mouvement pour sortir.
NELLY. Où allez-vous, sire ?
le ROI. Je vais faire monter à cheval mes gardes, mes trabans, et ordonner que l’on coure après lui jusqu'à ce qu’on le rattrape-.
NELLY. Inutile, sire.
LE ROI. Inutile I
NELLY. Oh! mou Dieu, oui. Buckingham a enlevé Sarah à votre majesté, mais Dumbiky va l’enlever à Buckingham.
i.eroi. Dumbikyl... Dumbiky est sur la route de Dublin.
NELLY. Et Gallon - Cottage aussi , sire; c’est là que Dumbiky doit attendre Buckingham... et, comme à tout prendre, Dumbiky a sur Sarah des droits que , je l’espère, le duc ne lui contestera pas, toutes choses rentreront dans leur état habituel. Votre majesté se consolera, le duc reviendra tout consolé, et Dumbiky, qui, Dieu merci, n’aura pas besoin de consolations, continuera, avec sa femme, sa route de l'Irlande.
le roi. Ainsi, Dumbiky et Sarah...
NELLY. Courent la poste, réunis et heureux, et bénissant votre majesté pour tous les bienfaits dont elle les a comblés. Quant à moi, je n’ai que des remerclments à faire à voti e majesté ; je n’oublierai jamais que Dumbiky était mon protégé, et qu’à cette considération sans doute , le roi lui a rendu les biens de sa famille, a payé ses dettes, l’a marié à une femme charmante, et, pour comble de lion lés, lui a donné à lui, jeune étranger encore à la diplomatie, une importante mission en Irlande. Que sa majesté reçoive donc ici mes actions de grâces , et qu'elle me
croie sa toute fidèle et toute reconnaissante. Nelly.
Elle utile profondément et sort par la porte du fond.
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