‹ Le laird de DumbikyChapitre 8 sur 65 · LE DUC, NELLY · texte numérisé non relu

LE DUC, NELLY

nelly. On m’a dit que je pouvais entrer sans être indiscrète.

le duc. Vous, indiscrète, charmante Nelly I Comment donc! vous ne croyez pas un mot de ce que vous dites, j’espère... c’est moi, tout au contraire, qui depuis uncheure vous attends avec une impatience. ..

nelly. Je comprends cela. Votre grâce est si bien habituée à faire attendre les autres.

le duc. Mettez mou exactitude à l'épreuve, belle Nelly, et vous verrez que je suis un composé de contrastes.

nelly. Eu vérité, monseigneur, en vous trouvant si plein de galanterie pour moi, je suis désespérée d'avoir si peu de chose à vous demander.

LE duc. Comment ! je suis assez heureux pour que vous ayez une demande à me faire, madame? Parlez vite, et à part les étoiles du ciel qui appartiennent 11 Dieu et la couronne d’Angleterre qui est au roi, je mets tout le reste a votre dis|>osition.

nelly. Oh ! mon Dieu, quel malheur, je le répète, d'être si humble dans mes désirs,

quand je suis, h ce qu’il parait, ai puissante auprès de vous!

le duc. Eh! madame, vous connaissez mieux que personne cette puissance dont vous paraissez douter ; et je suis même on ne peut plus étonné que, pouvant tout exiger de Dieu, vous veniez faiLè votre prière à l’un de ses saints.

nelly. Et si c’est à vous, rnylord, que je voulais avoir cette reconnaissance et non au roi? qu'avez- vous à dire?

le duc. Que vous me rendez fier et heureux en me plaçant sur la même ligne que sa majesté.

nelly. Eh bien, mylord, puisqu’il faut en arriver au sujet de ma visite, je vousdirai que je viens vous prier de rendre la liberté à un pauvre diable de poète qui est en prison.

le duc. Sans doute pour avoir fait quelque satire contre sa très-gracieuse majesté ou contre son très-indigne favori.

nelly. Oh! mon Dieu, non; pour avoir tout bonnement oublié de payer un billet de de cinquante livres sterling, ce qui est beaucoup plus prosaïque. Aussi, mylord, je viens à vous, qui êtes le distributeur des largesses royales, vous prier au nom des muses, les seules maîtresses auxquelles vous ne soyez pas infidèle, de faire cette aumône à un pauvre, confrère.

le duc. Comment! la belle Nelly, la reine de la prodigalité, la fée de la bienfaisance, a recours à moi pour cinquante livres sterling ! Décidément, commejc m'en étais douté, mon adorable Thalie, votre demande n’était qu'un prétexte.

nelly. Vraiment! vous avez déjà en cette idée?

LE duc. Un baiser contre mille louis, madame, et répondez franchement ; je tiens le pari. Vous n’êtes pas venue pour me demander une chose qu'il était si facile de faire vousmême, n'est-ce pas ?

nelly. Vous avez le don de lire au plus profond des cœurs, mylord, et une pauvre femme est bien malheureuse quand elle se présente devant vous, car elle ne peut cacher le plus petit secret à votre grâce. Eh bien, oui, mylord, vous avez deviné juste.

le duc. Ainsi votre prétendu protégé?...

nelly. Un instant, un instant; le protégé existe toujours, quoique pour l'heure il soit relégué au second plan. Laisset-moi la conscience d'avoirfait une bonne action en même temps qu’une démarche hasardeuse, l'une servira d’excuse à l’autre.

le duc. Ainsi vous disiez...

nelly. Je disais, mylord, que j'étais heureuse de voir votre empressement à mon égard.

le duc. Est-ce parce que vous y trouvez

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la preuve que, malgré vos rigueurs, je vous aime encore?

nelly. Non, mais parce que j’y puise la conviction que, malgré mes bontés, le roi m’aime toujours.

le nue. Comment cela, madame? je cherche à comprendre...

nelly. Ah! pour un diplomate, inylord...

le DUC. J’avoue ma maladresse.

nelly. Eh bien, niylord, j'avais peur, je ne sais pourquoi, d’avoir depuis quelques jours, près de sa majesté une rivale... triomphante... Mais puisque le duc de Buckingham; le compagnon, le favori, le confident du roi... me reçoit à ma première requête...

m'accorde du premier coup la grâce que je lui demande, et veut bien me faire entendre qu’il ne me trouve pas tout à fait indigne de son attention , c’est que ma puissance n’a subi aucune atteinte... Mylord duc de Buckingham est trop bon courtisan pour user son crédit en faveur d’une femme qui aurait perdu le sien. Merci deux fois, mylord; merci jtour mon poète, merci pour moi.

LE DUC, piqué. Si c’est pour cela véritablement que vous êtes venue, madame, rassurezvous; vous Otes toujours la seule, la véritable reine. .. reine de beauté, reine de puissance, et malgré le désappointement que j’éprouve, soyez convaincue que votre majesté trouvera en moi uu fidèle et dévoué serviteur. Qu'elle ordonne donc, et je suis prêt à lui prouver mon obéissance à ses moindres désirs.

nelly. Eh bien, ma majesté ordonne que vous alliez me chercher une bourse de cent livres sterling pour mon pauvre prisonnier.

Allez, mylord.

le duc. A l’instant même, madame; et vous m’excuserez, je l'espère, de vous laisser seule, en songeant que cette incivilité apparente n’est qu’une preuve de mon obéissance réelle.

Il sort par une des portes de côté.

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