‹ Le langage des fleurs (volume 2)Chapitre 11 sur 192 · ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

ESPÉRANCE

ue tout s’anîme d’espérance et d<?joie; l’hirondelle a paru dans les airs, le rossignol a gémi dans nos bocages, les fleurs de l’aubépine ont annoncé la durée des beaux jours. Pauvres vignerons ! rassurez-vous, la froide bise ne viendra plus détruire le tendre bourgeon, espoir de vos longs travaux. Heureux laboureurs! le souffle du rude aquilon ne jaunira point vos plaines verdoyantes ; vous les verrez, quand le temps sera venu, se dorer des rayons du soleil. Trop heureux si, en cultivant votre héritage, vous en avez marqué les bornes par une haie d’aubépine! de tristes murs ne viendront point vous attrister. La verdure, les fleurs et les fruits vont tour à tour réjouir vos yeux; de brillants concerts vont sans, cesse réjouir vos oreilles : le pinson, la fauvette, le chardonneret, le rossignol et le tarin sont de retour de leurs longs voyages; accueillez avec joie ces hôtes charmants, ils viennent pour vous servir, et non pour vous dépouiller. La chenille qui ravage vos arbres, le ver qui pique vos fruits, voilà la seule pâture qu’ils destinent à leurs familles. L’hiver, attirés par ’ss cenelles éclatantes que la main de la ménagère n’aura pas

PRINTEMPS

recueillies i , vous verrez le merle et la grive, dont les tardives amours auront empêché le départ; ils vous apprendront qu’il ne faut rien craindre des rigueurs du froid, car une saison trop dure les éloigne toujours de nos champs; mais alors même ils ne sont point abandonnés : l’aimable rouge-gorge, quittant ses bois solitaires, s’approchera peut-être de vos rustiques foyers. Surtout que vos enfants n’attentent point à sa liberté, qu’à la vue de sa confiance et de son malheur leurs coeurs s’ouvrent à la pitié, que leurs petites mains s’avancent avec précaution pour soulager la misère d’un pauvre oiseau. Hélas! il ne demande que quelques miettes inutiles. Que vos enfants les lui accordent : il ne faut souvent qu’une bonne action pour faire germer la vertu dans de jeunes âmes.

Les Troglodytes, qui rappelèrent l’âge d’or sur la terre par des mœurs simples, couvraient, en riant, les parents que la mort leur avait enlevés de branches d’aübépine, car ils regardaient la mort comme l’aurore d’une vie où l’on ne se séparerait plus. À Athènes, des jeunes filles portaient aux noces de leurs compagnes des branches d’aubépine; l’autel de l’hyménée était éclairé par des torches faites du bois de cet arbuste, qui, comme on le voit, a toujours été l’emblème de l’espérance.

Il nous annonce de beaux jours; il promettait aux belles Grecques d’heureux mariages, et aux sages Troglodytes une vie immortelle.

L’homme se traîne, hélas! de malheurs en malheurs;

Par sa mère enfanté dans le sein des alarmes,

A se§ gémissements répondant par ses larmes.

Il entre dans le monde escorté de douleurs :

L'EspéçôJice en ses bras le prend, sèche ses pleurs,

Et le berce et l’endort 2 .

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