MA RECONNAISSANCE SURPASSE VOS SOINS
Cette plante vient du Mexique, où l’on mange ses racines cuites sous la cendre. Dès le commencement du siècle der nier, on la cultivait en France comme plante alimentaire. Toutefois elle ne tarda pas à être rejetée à cause du goût par trop aromatique de ses racines ; mais cette disgrâce fit sa fortune, car elle ne disparut de nos potagers que pour entrer dans nos jardins.
Frappés de l’abondance et de l’élévation de ses tiges, du charnu de son feuillage d’un vert sombre et doux, si propre à faire ressortir l’éclat de ses fleurs simples alors, mais toutes brillantes de leur disque d’or et de leurs pétales de velours violet et empourpré, les botanistes se mirent à la cultiver.
D’abord ils l’introduisirent dans la serre tempérée et lui prodiguèrent l’air, l’eau et une chaleur savamment ménagée. C’est ainsi qu’ils accoutumèrent peu à peu la plante à donner ses fleurs pendant huit mois de l’année, depuis le commencement de juillet jusqu’à la fin de février.
Mais, ô prodige! bientôt on s’aperçut que non-seulement le dahlia reconnaissant variait ses couleurs à l’infini, mais encore qu’il doublait, triplait, quadruplait les pétales de sa cou ronne, en en variant toujours les nuances et les formes, de manière à emprunter tantôt à la rose son aspect, tantôt à l’œillet ses panaches, tantôt aux riches pivoines leur luxe et leur éclat.
Le cultivateur attentif reconnut aussi qu’il pouvait à son gré élever ou abréger les tiges de cette belle plante, les réduire à trois pieds de hauteur, ou les élancer jusqu’à dix, do
4 Gulistan, ou l'Empire des roses, de Sâdi.
manière à orner avec un égal avantage les massifs de nos corbeilles et les bosquets de nos jardins.
Mais qui dira jamais la variété infinie des couleurs sombres, riches, splendides, éblouissantes dont se revêtent ces belles fleurs? Qui jamais exprimera la variété charmante de leurs nuances délicates, pures et vives? Qui dira l’agrément qui résulte de toutes ces couleurs fondues, heurtées, variées à l’infini? Quel luxe, quelle richesse! Quels aimables caprices! La robe blanche de celle-ci apparaît toute sablée de corail et de pourpre; la robe pourpre de celle-là est bariolée d’or et d’argent; il y en a sur les rayons desquelles se marie le blanc le plus pur, l’incarnat le plus foncé ; d’autres, dont les pétales sont lisérés des plus riches couleurs de l’aurore; d’autres, dont le cœur lance des flammes; quelques-unes ont les teintes carminées de la rose.
L’écharpe d’iris pâlit auprès des riches guirlandes que l’art peut emprunter à une seule fleur, fleur si belle que, à elle seule, elle varie et enrichit tout un parterre.
Ainsi le dahlia, venu du Mexique, s’est embelli par la culture sous le climat de Paris; de là il s’est répandu en Hollande, où il forme ces plates-bandes si pittoresques composées d’une seule fleur. Puis, il est entré dans les petits États d’Allemagne, dont il orne les places publiques, les fontaines et les tombeaux. Aujourd’hui on le trouve partout, en Prusse, en Danemark, en Suède, où son nom rappelle celui d’André Dahl, illustre botaniste dont cette fleur porte le nom.
En Angleterre, le dahlia est l’objet spécial d’un commerce très-lucratif. En Italie, ses belles touffes, un peu négligées, se mêlent à celles des plus belles fleurs. En Russie, on en forme des parterres intérieurs, qu’on aperçoit de la rue au travers de grandes glaces d’un pur cristal; et celte vue lointaine donne quelquefois aux tristes hivers de ces tristes climats les apparences gracieuses du printemps.
Le dahlia est consacré à la reconnaissance; s’il avait de doux parfums, il le serait à l’amour