ORACLE
Portez-vous vos pas dans la plaine, sur la pente des collines, ou sur le haut des montagnes, regardez à vos pieds, vous ne tarderez pas à y découvrir des rosaces de verdure toutes couvertes de Heurs dorées ou de sphères légères et transparentes. Déjà vous reconnaissez cet ami de votre enfance; c’est le pissenlit, c’est l’oracle des champs; partout on peut le consulter Les pissenlits, comme les enfants des hommes, sont généralement répandus sur le globe; on les trouve dans les quatre parties du monde, sous le pôle et sous l’équateur, aux bords des eaux et sur les rochers arides; partout ils se présentent à la main qui veut les cueillir, ou à l’œil qui veut les consulter; leurs tleurs, qui se ferment et qui s’ouvrent à certaines heures, servent d’horloge au berger solitaire; et ses houppes emplumées lui prédisent le calme ou l’orage :
Il lit au sein des fleurs, il voit sur leur feuillage Les desseins de l’autan, l’approche de l’orage.
Mais ces boules légères servent encore à de plus doux usages. Yit-on loin de l’objet de sa tendresse, on en détache avec précaution une de ces petites sphères transparentes; on charge chacun des petits volants qui la composent d’une tendre pensée; puis on se tourne vers les lieux habités par la bien-aimée, on souffle, et tous ces petits voyageurs, messagers fidèles, portent à ses pieds vos secrets hommages. Désire-t-on savoir si cet objet cher s’occupe de nous comme nous nous occupons de lui, on souffle encore; et, s’il reste une seule aigrette, c’est la preuve qu’il ne nous oublie pas. Mais cette seconde épreuve, il faut la faire avec précaution : on doit souffler bien doucement, car, à aucun âge, pas même à l’âge brillant des amours, il ne faut souffler trop fort sur les douces illusions qui embellissent la vie.
AUTOMNE