‹ Le langage des fleurs (volume 2)Chapitre 7 sur 192 · AMANDIER · texte numérisé non relu

AMANDIER

ÉTOURDERIJE

Emblème de l’étourderie, l’amandier répond le premier à l’appel du printemps. Rien n’est plus frais ni plus aimable que ce bel arbre, lorsqu’il paraît dans les premiers jours de mars, couvert de fleurs, au milieu de nos bosquets encore dépouillés. Les gelées tardives détruisent souvent les germes trop précoces de ses fruits; mais, par un ellct assez singulier, loin de faner ses fleurs, elles semblent leur donner un nouvel éclat. J’ai vu une avenue d’amandiers, toute blanche la veille, frappée du froid pendant la nuit, paraître couleur de rose le lendemain matin, et garder plus d un mois cette nouvelle parure qui ne tomba que lorsque l’arbre fut entièrement vert.

La Fable donne à l’amandier une touchante origine. Elle raconte que Démoplion, fils de Thésée et de Phèdre, fut jeté par une tempête, en revenant du siège de r lroie, sur les côtes

* Aimé Martin, Lettres à Sophie.

PRINTEMPS

de Thrace, où régnait alors la belle Phyllis. Cette jeune reine accueillit le prince, s’éprit d’amour pour lui et en fit son époux. Rappelé à Athènes par la mort de son père, Démophon promit à Phyllis de revenir dans un mois, et il fixa le moment de son retour. La tendre Phyllis compta toutes les minutes de l’absence ; enfin le jour tant désiré arriva : Phyllis courut neuf fois au rivage ; mais, ayant perdu tout espoir, elle y tomba morte de douleur, et fut Changée en amandier. Cependant Démophon revint trois mois après; désolé, il fit un sacrifice sur les bords de la mer pour apaiser les mânes de son amante. Elle parut sensible à son repentir et à son retour, car l’amandier qui la pressait sous son écorce fleurit tout à coup; elle prouva par ce dernier effort que la mort elle-même n’avait pu la changer.

Page 1