‹ Le langage des fleurs (volume 2)Chapitre 91 sur 192 · PAIX, RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

PAIX, RÉCONCILIATION

Il fut un temps où aucun lien n’unissait les hommes entro eux; sourds aux cris de la nature, l’amant abandonnait sa maîtresse en sortant de ses bras; la mère arrachait à son fils expirant un fruit sauvage dont il voulait apaiser sa faim. Le malheur les rèunissait-il un moment, soudain la vue d’un chêne chargé de glands, ou d’un hêtre chargé de faînes, les rendait ennemis. Alors la terre était remplie de deuil. Il n’y avait ni loi, ni religion, ni langage; l’homme ignorait son génie; sa raison sommeillait, et souvent on le vit plus cruel que les bêtes féroces, dont il imitait les affreux hurlements.

Les dieux eurent pitié des humains; Apollon et Mercure se firent des présents et descendirent sur la terre. Le dieu de l’harmonie reçut du fils de Maïa une écaille de tortue dont il avait fait une lyre, et lui donna en échange une verge de coudrier, qui avait la puissance de faire aimer la vertu et de rapprocher les cœurs divisés par la haine et l’envie; ainsi armés, les deux fils de Jupiter se présentent aux hommes. Apollon chante d’abord la sagesse éternelle qui a créé l’univers ; il dit comment les éléments furent produits, comment l’amour unit d’un doux lien toutes les parties de la nature; et enfin comment les hommes doivent apaiser, par des prières, le courroux des dieux : à sa voix, vous eussiez vu les mères pâles et tremblantes s’avancer, tenant leurs petits enfants entre leurs bras; la faim fut suspendue, la vengeance s’enfuit de tous les cœurs. Alors Mercure toucha les hommes de la baguette que lui avait donnée Apollon. Il leur délia la langue et leur apprit à peindre la pensée par des paroles. Ensuite il leur enseigna que l’union fait la force, et qu’on ne peut rien tirer de la terre sans un mutuel secours. La piété filiale, l’amour de la patrie, naquirent à. sa voix pour unir le genre humain; et il fit du commerce le lien du monde. Sa dernière pensée fut la plus sublime, car elle fut consacrée

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