‹ Le langage des fleurs (volume 2)Chapitre 94 sur 192 · ROSE DE GUELDRE, OU BOULE-DE-NEIGE · texte numérisé non relu

ROSE DE GUELDRE, OU BOULE-DE-NEIGE

BONNE N O DVELLE

Il y a quelques années, en parcourant une des plus riantes contrées de la Suisse allemande, j’entendis raconter cette gracieuse légende :

Une jeune fille, à peine âgée de quinze ans, venait de mourir. Son âme errait autour de sa demeure. Elle ne pouvait se décider à quitter, même pour le ciel, les champs qu’elle avait tant aimés. Tout à coup son ange gardien lui apparaît; heureux de combler ses désirs, il lui demande en quelle fleur elle veut être transformée : « Vois, lui dit-il, tu habiteras le jardin ou la prairie! » Et, passant en revue toutes les fleurs de la contrée : « Veux-tu être une tulipe ? Non, lui dit-elle, car la tulipe est sans parfum. — Un lis? — Il s’élève trop au-dessus des autres fleurs. — Une rose? Elle a des épines qui blessent.— Un brillant camellia? — Non, non, reprit la jeune fille ; et, s’il m’était permis de choisir, je voudrais être une rose de Gueldre*. — Quoi! dit 1 ange étonné, tu veux fleurir quand toute la nature est morte! Crains les vents glacés et l’hiver, ils te frapperont, et tu mourras sans avoir connu les caresses du zéphir ! — Soit, dit la jeune fille, je ne vivrai qu’un jour, mais dans ce jour j annoncerai le printemps! »

Un poète aimable aurait pu dire avec des fleurs ce qu’il a si gracieusement exprimé dans les vers qui suivent :

Aimer est un plaisir charmant,

C'est un bonheur qui vous enivre Et qui produit l’enchantement.

Avoir aimé, c’est ne plus vivre;

Hélas! c’est avoir acheté Cette accablante vérité,

Que les serments sont un mensonge.

Que l’amour trompe ou tard.

Que l’innocence n'est qu’un art,

11 que le bonheur n’est qu’un songe *.

* Vulgairement la Boule-de-Neiga.

* Le chevalier de Fainy.

LANGAGE ALLÉGOUIQUE

Les indices ou signaux suivants sont adoptés par une espèce de convention tacite dans plusieurs villes en Angleterre.

Si un homme veut se marier, il porte une bague à l’index de la main gauche; s’il a pris des engagements, il la porte au second doigt; s’il est marié, au troisième doigt, et, s’il ne veut pas se marier, au petit doigt. Lorsqu’une dame est libre, elle porte une bague au premier doigt; lorsqu’elle est engagée, elle la porte au second doigt; lorsqu’elle est mariée, au troisième, et, lorsqu’elle ne veut pas se marier, au quatrième. Si un homme présente à une dame, de la main gauche, une fleur, un éventail ou un colifichet, c’est de sa part une déclaration d’estime : si elle le prend de la main gauche, cela signifie qu’elle accepte son hommage; et, si elle le prend de la main, droite, c’est un refus.

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