MYOSOTIS
Souvenez-vous de moi. — Ne m'oubliez pas.
Je n’ai vu nulle part les myosotis palustris aussi beaux et en aussi grande abondance que sur les bords d’un ruisseau aux environs de Luxembourg. Les villageois appellent ce ruisseau le Bain des Fées, ou la Cascade du Chêne enchanté; ces deux noms lui viennent sans doute de la beauté de sa source, qui s’échappe, en murmurant, du pied d’un chêne aussi vieux que le monde. Les eaux de ce ruisseau bondissent d’abord de cascade en cascade, sous une longue voûte de verdure qu’elles n’abandonnent que pour couler lentement dans une vaste prairie : là, elles apparaissent à l’œil enchanté comme un long fdet d’argent. La rive la plus exposée au midi est seule couverte d’une épaisse bordure de myosotis, les jolies fleurs de cette plante brillent, au mois de juillet, d’un bleu semblable à celui du ciel ; elles se penchent alors comme si elles prenaient plaisir à se mirer dans le cristal de cette eau dont rien n’égale la pureté. Souvent les jeunes filles descendent des remparts de la ville, et viennent aux jours de fêtes danser sur les bords de ce ruisseau. En les voyant couronnées des fleurs qu’il arrose, on les prendrait pour autant de nymphes qui célèbrent des jeux en l’honneur de la naïade du Chêne enchanté. L’auteur des Lettres à Sophie dit avec raison que le myosotis eût été chez les
anciens le sujet d’une touchante métamorphose, peutêtre moins touchante que la vérité. « J’ai entendu raconter en Allemagne, ajoute-Wil, que dans les temps anciens, deux jeunes amants, à la veille de s’unir, se promenaient sur les bords du Danube; une fleur d’un bleu céleste se balance sur les vagues, qui semblent près de l’entraîner ; la jeune fille admire son éclat et plaint sa destinée. Aussitôt l’amant se précipite, saisit la tige fleurie, et tombe englouti dans les flots. On dit que, par un dernier effort, il jeta cette fleur sur le rivage, et qu’au moment de disparaître pour jamais il s’écriait encore : « Aimez-moi, ne m’oubliez pas. »
Pour exprimer l’amour ces fleurs semblent éclore;
Leur 1 ingage est un mot, mais il est plein d’appas.
Dans la main des amants elles disent encore :
Aimez-moi, ne m’oubliez pas *.