‹ Le langage des fleursChapitre 54 sur 95 · SOLEIL OU TOURNESOL · texte numérisé non relu

SOLEIL OU TOURNESOL

fausses richesses.

Le tournesol nous vient du Pérou,où cesfleurs étaient jadis honorées comme les images de l’astre du jour. Les vierges du Soleil, dans leurs fêtes religieuses, portaient toutes une couronne d’or qui représentait cette fleur immense, qui étincelait encore dans leurs mains et sur leurs poitrines. Les Espagnols, étonnés de ce luxe, le furent bien davantage lorsqu’ils virent des champs entiers couverts de maïs et de tournesols, imités avec tant d’art, que l’or dont ils étaient faits fut ce qui parut

le moins admirable à ces avides conquérants. Du reste, ce faste américain qui nous étonne est encore en usage dans tout l’Orient : le trône du grand Mogol est surmonté d’un palmier d’or aux fruits de diamants, et les lambris de la salle où ce monarque reçoit les ambassadeurs sont revêtus d’une vigne d’or émaillée, dont les raisins sont formés d’améthystes, de saphirs et de rubis, pour exprimer leurs divers degrés de maturité. Tous les ans, on pèse l’heureux possesseur de tant de richesses ;les poids sont de petits fruits d’or que l’on jette, après la cérémonie, au milieu des courtisans, qui se disputent leur possession.Ces courtisans sont les plus grands seigneurs des Indes : ainsi les fausses richesses, dont la seule pensée surprend et charme le vulgaire, avilissent également et celui qui les possède et ceux qui les envient. Beaux jardins d’Alcinoüs, vous ne renfermiez ni palmiers, ni vignes, ni moisson d’or et de diamants, et cependant tous les trésors du grand Mogol n’auraient pu payer un seul de ces beaux arbres que le divin Homère couvrait de fleurs et de fruits dans toutes les saisons !

On raconte que Pithès, riche Lydien, possédant plusieurs mines d’or, négligea la culture de ses terres, et n’employa plus ses nombreux esclaves qu’aux travaux des mines. Sa femme, qui était pleine de sagesse et de bonté, lui fit un jour servir un souper dont tous les mets étaient d’or. « Je vous donne, lui dit-elle, la seule chose que nous ayons en abondance: on no peut recueillir que ce que l’on sème ; voyez vous-même si l’or est un si grand bien ! » Cette leçon fit impression sur l’esprit de Pithès, qui reconnut alors que la Providence n’avait pas abandonné les véritables richesses à l’avarice des

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hommes; mais que, semblable à une tendre mère, elle s’était réservé le soin de les distribuer chaque année à ses enfants, comme la récompense des travaux les plus doux.

Le P. Jean de Bussières a eu la singulière idée de diviser l 'Histoire universelle en un parterre, comparai tous les événements de la terre aux fleurs qui couvrent son sein. Ainsi le temps précurseur des patriarches lui paraît se rapporter à l’iris, fleur qui annonce les événements; la tulipe, à la robe de Joseph; les narcisses, à Cyrus ; et le tournesol, aux temps du grand Constantin : car, dit-il, toute la pompe de cette fleur se termine en un bois inutile ; ainsi la puissance de l’empire, qui fut élevée si haut, déchut bientôt. Ce. singulier livre est dédié à la sainte Vierge : on voit par là que les emblèmes des fleurs peuvent également représenter les passions qui bouleversent les empires, et les passions plus douces qui agitent les amants.

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