‹ Le langage des fleursChapitre 14 sur 81 · LIENS D’AMOUR · texte numérisé non relu

LIENS D’AMOUR

La faiblesse plaît à la force, et souvent elle lui prete ses grâces. J’ai quelquefois vu un jeune chèvrefeuille attacher amoureusement ses tiges souples et délicates au tronc noueux d’un vieux chêne ; on eut dit que ce faible arbrisseau voulait, en s’élançant dans les airs, surpasser en hauteur le roi des forêts; mais bientôt, comme si ses efforts eussent été inutiles, on le voyait retomber avec grâce et environner le front de son ami de doux festons et de guirlandes parfumées. Ainsi l’amour se plaît quelquefois à unir une timide bergère à un superbe guerrier. Malheureuse Desdemona! c’est l’admiration que t’inspirent le courage et la force, c’est aussi le sentiment de ta faiblesse qui attache ton cœur au terrible Othello; mais la jalousie vient te frapper sur le sein même de celui qui devait te protéger. Voluptueuse Cléopâtre, tu subjuguas le fier Antoine, et le sort n’épargna ni tes charmes, ni la grandeur de ton soutien. Renversés du même coup,,on vous vit tomber et mourir ensemble. Et toi, humble et douce la Vallière, l’amour du plus grand roi put seul subjuguer ton faible cœur et l’arracher à la vertu.

Pauvre liane, le vent de l’inconstance te priva bientôt de ce cher appui, mais tu ne rampas jamais sur la terre; ton noble cœur, élevant ses affections vers le ciel, fut porter son tendre hommage à celui seul qui est digne d’un immortel amour.

La luzerne occupe longtemps le même terrain; mais, quand elle l’abandonne, c’est pour toujours. Voilà sans doute pourquoi on en a fait l’emblème de la vie.

Rien n’est plus charmant qu’un champ de luzerne en fleur. Il se déroule aux yeux comme un long tapis vert, glacé de violet. Chérie du cultivateur, cette plante lui prodigue d’abondantes récoltes, sans en exiger aucun soin. On la fauche, elle renaît. A son aspect, la génisse se réjouit; aimée de la brebis, elle fait les délices de la chèvre et la joie du cheval. Originaire de nos climats, ce doux présent nous vient immédiatement du ciel. Nous le possédons sans efforts, nous en jouissons sans attention, sans reconnaissance. Souvent nous lui préférons une fleur qui n’a d’autre mérite qu’un éclat passager. Ainsi nous quittons trop souvent un bonheur certain, pour courir après de vains plaisirs qui fuient et s’envolent aussi.

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