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CHAPITRE VI Le Vocabulaire magyar

(173) Avant d'énumérer les mots martiens qui peuvent être ramenés immédiatement aux vagues souvenirs de magyar que le subconscient de M"* Smith a dû retenir de propos tenus en sa présence par son père, il convient de rappeler brièvement les règles de prononciation, d'ailleurs très aisées, de cette langue souple, sonore et mélodieuse.

Les voyelles se prononcent à peu de chose près comme en fr. ou en al. : Vu, comme al. m, et Vit comme fr. u ; les voyelles accentuées sont les longues ; mais Ta non accentué, bref par conséquent, prend un timbre plus sombre, à peu près intermédiaire entre a et o ouvert. Enfin, il faut noter tjue, dans certains dialectes, les voyelles longues subissent, du fait seul de leur longueur, une légère modification de timbre qui les fait presque confondre, savoir respectivement : Va avec la diphtongue ua (fr. oua ou oi), et Vé, avec un i long. Naturellement, je ne suis pas en mesure de décider si et dans quelle mesure la prononciation mg. de M^^® Smith a subi, de par Torigine de son père, Tinfluence de ces dialectes ; mais certains indices tendraient à le faire supposer, cf. n**^ 181, 210 et 223.

Parmi les consonnes, il n'y a de vraiment remarquable que les consonnes mouillées, c'est-à-dire suivies

d'un y y ôemi-voyelle qui a la valeur générale de Vy du mot fr. yeiix ou du^ al. ; et, parmi celles-ci, il faut noter spécialement les deux groupes dj et gy, qui sont absolument équivalents : la consonne qu'ils représentent est une palatale mouillée, c'est-à-dire une articulation qui n'est exactement ni un g ni im rf, mais tient de l'un et de l'autre, et confine un peu, quoique plus fuyante, au g italien de oggi. Lorsqu'elle s'eflEace davantage encore, ce qui. n'est pas rare en prononciation rapide, elle se réduit presque à un simple y, et les deux syllabes qu'elle sépare semblent n'en plus faire qu'une, un peu allongée, en sorte que des liaisons telles que igy et même egy ont pu fort bien ne laisser à l'oreille et surtout à la mémoire auditive de W^^ Smith que l'impression d'un simple i, A plus forte raison en faut-il dire autant de ly et lj\ c'est-à-dire de 1'/ mouillé, qui en fr. courant même ne se distingue plus de la semi- voyelle y.

Les sifflantes et chuintantes sont nombreuses et variées ; mais la distinction n'en a guère d'importance pour le parler de W^^ Smith, dont Toreille, la mémoire ou l'organe paraît les confondre entièrement entre elles, soit par zézaiement enfantin, soit par changement de sourde en sonore, où- réciproquement, ainsi qu'on va le voir. J'en rappelle toutefois la valeur aux lecteurs qui seraient désireux de prononcer correctement les motsmg. cités: s, comme cAfr. ou sc/ial.;s^, comme s fr., toujours sourd en toute position; :Sy comme z fr., sonore de l'articulation précédente ; ss, comme combinaison de ^ et s mg. , c'est-à-dire avec la sonorité du

a di o

premier et le chuintement du second, soit d^nc comme j fr. ; c, comme ts fr. ou -s' al., en toute posttibn; es enfin, comme combinaison de c et 5 mg., c'es^àr^dire à peu près comme tek fr. dans les transcription^ "de mots slaves.

Ces notions sommaires suffiront amplement pour seT.-;*: rendre compte des équivalences phonétiques admises •.•.•/

par la linguistique subliminale de M^^® Smith. '•*,•:

(174) 1^ Adi et adjsi « bien » (adverbe), chacun une fois : abstrait de locutions mg. très usuelles, telles que adja Isten a plaise à Dieu », adjon Isten « bonne chance » (souhait), qui contiennent le verbe adni (( donner » ; le groupe mg. dj explique très bien l'alternance de d^ et d tout court dans le mot emprunté; la locution ne faisant par sa fréquente qu'un mot pour ainsi dire, Isten « Dieu » est tombé, comme seraient tombées les deux dernières syllabes d'un tétrasyllabe quelconque. Me parait sûr.

(175) 2^ Amé « venu », 2 fois; améir « viendras »j une fois; amès « viens » (impératif), 8 fois; amès « [je] viens », 2 fois; ami « [il] va' », une fois: en tout 14 fois. Ce mot, des plus uçuels, se recouvre, par le radical, et même par certaines de ses formes, avec le mg., menni « aller » : il suffit de comparer ami avec mg. megy « il va », et amès avec mg. megyesz ou mésjs « tu vas », en tenant compte de ce qui a été dit de la pronopciation du groupe egy, n** 173. Quant à améir, c'est une forme normale de futur martien. Le préfixe peut n'être qu'une addition arbitraire; mais,

plus pKoWblement, il y faut voir un souvenir du verbe mg. /à^'p/éfixe àtmenni a passer, traverser », ce qui explique l'emploi du verbe mt. à la fois dans le double

sens. d' « aller » et de « venir ». -

*/%V/(176) 3** Asnète, mot isolé, désigne une espèce de ^ ''V^aravent: peut se rattacher à un vague souvenir du ' *' mg. hàznemû [û long) « mobilier »; au surplus, sans aucune importance.

(177) 4** Avé « vieil », 2 fois: à la rigueur, ce pourrait être le mot fr. déformé; mais il ressemble davantage au mg. vén « vieux »; quant à l'initiale a-, on peut songer, si l'on veut, à une contamination par l'ai. ait.

(178) 5** Amni « mal » (adverbe), une fois: le mg. a alacsony « de mauvaise qualité, bas », etc. Rapprochement douteux; mais le mot n'apparaît que dans la phrase FI. 33.

(179) 6° Bibé « capable », une fois. Mot très curieux: le mg. a bibe m petite blessure, bobo, point délicat », qu'il emploie dans des locutions telles que eltalàltad a bibeje « tu as mis le doigt dessus », donc « tu es très malin» ou « très débrouillarde », etc.; c'est une phrase de ce genre, happée par M^^® Smith, peut-être dans un petit compliment que lui adressait son père à la suite de quelque preuve précoce d'intelligence enfantine,* qui lui a fourni très naturellement la traduction du mot « capable ».

(180) 7* Bigd « enfant » de l'un et de l'autre sexe.

5 fois, Lemg, zjia « son fils, son petit », mot extrêmement usuel, par exemple dans des locutions comme toron-y fia « l'enfant du clocher », désignant « un petit clocher » par opposition à son jumeau plus grand. Le g médial, assez surprenant, peut procéder de la contamination du 3 initial de mg. gyermekn enfant ». Quant au b initial, voir n°8 in fine. Douteux pourtant; mais je ne vois pas mieux.

{181} 8" Boaa « frère », une fois: c'est l'initiale du mg. bàtya « frèro aîné n.avec la prononciation signalée au n" 173, qui se développe plus aisément après consonne labiale que partout ailleurs ; toutefois le timbre vocalique fait aussi songer à l'ai, bruder k frère», et peut-être y a-t-il eu contamination légère du fait de ce dernier.

{182) 9° Cécouitche « [je] reconnais », au sens de H reconnaître avec affection, vive tendresse » (d'un fils à sa mèrej. Ce mot n'est apparu qu'une fois, tout au début ; puis il a été remplacé par ilinée, cf. n" 159: il faut donc qu'il ait été formé asse/, artificiellement et n'ait occupé qu'une place d'arrière-plan dans te subconscient de M"" Smith. Par toutes ces raisons, la pensée se reporte à quelque mot mg. qui, sans être inusité, n'appartienne pas cependant au langage de tous les instants, à un dérivé du mg. sriv h cœur », et plus particulièrement à n^ioesség n tendresse de cœur » , dont le consonnantisme serait assez fidèlement reproduit. Cf. n"362.

(183) 10" Cr

signe une sorte d'hirondelle de mer: le mot n'est pas fort répandu, et il est douteux que M^^® Smith ait eu occasion de Tentendre ; toutefois son père a pu lui désigner une fois sous ce nom un oiseau fluviatile rencontré au long des berges du Léman.

(184) lt<* Danda « silence », une fois: dans le mg. csendes « silencieux », la vraie initiale, ne Toublions pas, est un t, n*» 173 ; soit donc changement initial de sourde en sonore, par assimilation de l'initiale à la médiale, mais le rejet deVs suivant est embarrassant. Douteux, mais c'est un à'Tra?.

(185) 12° Érié « âme », 2 fois: parait construit, par changement de liquide (cf. n" 13, 2*", et 159), sur le radical du verbe mg. él-ni « vivre », mais plus précisément sur la forme de beaucoup la plus usuelle de ce verbe à savoir l'exclamation éljen. . . « vive ... ! » qui apparaît surtout avec netteté dans le suivant.

(186) 13** Ériné « satisfait », une fois: soit une dérivation martienne sur éljen\ cf. le précédent et le verbe éljenej^ni « pousser des vivats ».

[Etéche (( toujours » : voir n** 189.)

(187) 14'' li (( si » devant un adjectif (lat. tam), 3 fois. Le mg. a igy, igy^i^y « ainsi, de cette manière », et ilyen « tel » : de part et d'autre le phonétisme est irréprochable, cf. n° 173. L'origine mg. parait donc infiniment plus probable qu'un rattachement à ii « si fait », que nous avons ramené à l'ai, ya, n** 36, 5*". Maisiln'est pas douteux que l'homophonie des deux si en fr., déjà

observée par M. Flournoy, n'en ait entraîné Thomophonie en martien, par contamination réciproque des mots mg. et al. qui leur ont servi de base.

(188) IS'^/s « tout », une fois. Fi. 4. Ce mot n'a pas vécu : il a été remplacé par té, n° 158; mais, bien que mort-né, il paraît avoir déposé en martien le germe d'une postérité adverbiale, cf. n®» 276-277. Il se ramène sans peine au mg. egés;s, dont le sens répond, non à celui de l'ai, ail, mais à celui de l'ai. gan;s; or on remarquera que c'est plutôt dans le sens de garijs qu'il a été employé.

(189 le** Itèche et étéche « toujours », chacun deux fois : il n'y a donc aucune raison extérieure de préférer l'une des deux formes à l'autre, en tant que correctement martienne ; il n'y en a pas non plus de raison intrinsèque, bien que étéche soit apparu le premier ; car, évidemment, itèche peut tout aussi bien être une correction qu'une corruption de étéche. Je crois que la première de ces deux hypothèses est la bonne, et que itèche reproduit plus fidèlement le vocalisme de l'emprunt au mg. idôs « âgé » ; le phonétisme final est bien concordant, et le changement médial de sonore en sourde ne fait pas diflBculté. Quant au passage d'un adjectif d'âge au sens d'un adverbe de temps, on comparera sandiné, n° 128; et l'on prendra garde, en outre, que le mg. idô signifie « temps », et a pu à lui seul suggérer le sens « longtemps », qui est tout connexe à celui de « toujours ».

(190) 17° Ivre « sacré », une fois. Ce mot, en tant

qu'il ne figure que dans la phrase inintelligible FI. 33, pourrait fort bien se passer d'explication. Mais la concordance phonétique avec le mg. iorét « in-folio » est trop parfaite pour qu'il jsoit permis de l'omettre. On remarquera que les livres « sacrés » affectent de préférence un format élevé. Douteux pourtant: où M"' Smith aurait-elle appris le nom magyar d'un in-folio?

(191) 18° Kiné a petit », une fois, tout au début : mg. kicsiny « petit », avec syncope de la médiale, peut-être par une contamination du mg. kônnyû « léger », et sous une vague influence de l'ai, klein (( petit ». Voir aussi niké, n** 200.

(192) 19** Kramâ (( panier », une fois. Le mg. garabô « panier » n'est que dialectal et d'ailleurs diffère sensiblement. On ne le cite que pour être complet; car le mot fait partie de la phrase inintelligible FI. 33.

(193) 2Qf^ Lâmi a voici », 3 fois: transport presque pur et simple de l'exclamation mg. lâm<{ vois donc » ; c'est l'évidence même.

(194)21** Maniké «attentive » [à regarder], une fois: transport, avec légères altérations vocaliques, du mg. megné^-nr\ ou peut-être, à cause de la gutturale de la syllabe finale, megné:^gél-nij « considérer, examiner », entendu un jour sous la forme de l'impératif.

(195) 22^ Manir a écriture», une fois:mg. iromâny (( écriture »; en métathèse, l'articulation ny s'est contractée avec Vi initial ; il ne manque à l'appel que l'o médial^ dont l'accentuation est très faible. Nous avons

ici un exemple frappant de la manière toute mécanique

dont M^^® Smith forme ses mots: mg. -inàny, qui n'est qu'un suffixe sans signification, occupe ici la place d'honneur, et l'élément significatif ir- est presque dissimulé. Cf. aussi le n** 255.

(196) 23® Ma;2i « avec », 2 fois: l'idée de « avec [quelqu'un] » évoque naturell^ement cellede « un autre»; mg. mas « autre » ou même mâsik « autre », avec changement de chuintante sourde en sifflante sonore.

(197) 24** Mess « grand », 4 fois, et messe « grande», une fois. Un radical commençant par un m et signifiant « grand » ne peut que satisfaire un indogermaniste; mais, comme il est peu probable que M^^' Smith connaisse le sk. mahàt, ou le gr. fiéYa;, ou l'ai, michel, ou même le lat. magnus, mieux vaut encore recourir au mg. magas « haut ». Le vocalisme, il est vrai, et la disparition de la médiale font difficulté ; mais, en revanche, le sens est excellent; car mess s'est dit d'abord et de prédilection du « grand homme Astané », et le mg. emploie aussi, usuellement, son mot magas au sens moral. En somme, ce point, qui semblerait devoir être un des plus clairs, reste fâcheusement indécis .

(198) 25° Nâmi « beaucoup », 2 fois : mg. némi (( maint » ; on peut, si l'on veut, pour expliquer le timbre a, invoquer une contamination de l'ai, mannig qui présente les deux nasales dans l'ordre inverse.;

(199)26^ Nébé a vert », une fois : cf. mg. levél « feuille »: il est question d'un « rameau ». Les con-

sonnes ne concordent pas, maïs sont fort voisines ; et il ne faut pas se montrer trop sévère sur le phonétisme d'un mot de la phrase inintelligible.

(200) 27« Niké « petit », 2 fois : par métacthèse de kiné, cf. n^« 14 et 191.

(201)28° Oustia bateau ))^ une fois : cf. mg. usstaim (( faire flotter », usjstatàSy etc., « flottage par radeau », etc. Emprunt sur.

(202) Hd^Pédriné « quitter » et « [il] quitte », chacun une fois, et pédrinié « [il] quitte », une fois. Le mg. a un vQThe peder «il tourne »,/)erfererfm « se tourner », qui, à la vérité, n'a pas le sens de « se tourner pour quitter quelqu'un avec qui on vient de causer ou de s'arrêter » ; mais l'homophonie ici nous interdit de nous montrer trop diflBciles sur la sémantique. M^^* Smith, qui ne sait pas le hongrois^ a pu entendre une forme du verbe peder employée au sens de « se tourner », et l'employer elle-même légèrement à contre-sens.

(203) 30® Réch « tard », 2 fois, mais seulement dans la locution zou réch^ voir n** 229.

(204) 31"* Sadri « chanta », une fois. Il s'agit du chant d'un oiseau. Le corps du mot fait immédiatement songer au mg. madâr (( oiseau ». L^initiale est peut-être transportée de la syllabe finale de maddrssô (( chant d'oiseau », ou contaminée de l'initiale du verbe csatinchni, qui désigne le chant du rossignol. Tous ces mots sont très usuels ; mais le résultat laisse à désirer.

(205) 32^ Sidiné « maigre », une fois, FI. 18. La finale seule est claire, en ce qu'elle rime richement avec iminé, n** 87, et cf. n"* 16. Le radical peut être celui du mg* :sstdô « juif », si quelque souvenir d'enfance, de nous inconnu, a associé dans Tesprit de M"° Smith cette idée à celle de « maigreur » ; elles ne sont pas incompatibles. Très douteux.

(206) 33** Sirima(k rameau », une fois : quoique appartenant à la phrase inintelligible. FI. 33, ce mot paraît s'expliquer d'une façon assez satisfaisante par le mg. szirom « pétale » : ce sont toujours des parties de plantes, et, si le « rameau » en question est « vert », .d'autre part le mg. szirmanyult signifie « cresson de roche ».

(207) 34° Somé « admirer », 2 fois: rappelle de loin une dérivation du mg. szem « œil », soit szemes « attentif » ou plutôt s:semôk [ô long) « qui a de grands yeux » ; M. Smith a pu en riant appeler sa fillette ssemôk, un jour qu'elle ouvrait des yeux béants d'admiration ou de stupeur. Douteux : le vocalisme ne concorde pas.

(208) 35° Soumini « riant », une fois : métathèse probable du mg. mosojogni « sourire », qui a, en mg. même, une variante métathétique dialectale somojogni.

(209) 36° Takâ « pouvoir » (substantif), une fois : il est question d'un très grand pouvoir ; or le mg. tâgas signifie « vaste, spacieux, étendu»; l'homophonie et la sémantique sont approximativement satisfaites.

(210) 37® Tarvinê et tarvtni « langage », 4 fois en tout. Le mg. tôrvény signifie « loi, droit, justice », au sens de « comparaître en justice » : de celui-ci au sens de « plaidoyer », le pas est aisément franchi, et « plaidoyer » pour « langage » n'est que l'espèce pour le genre. L'homophonie consonnantique est ici frappante. Cf. aussi n® 261.

(211) 38® Tatinée « chérie », 3 fois, adressé à une mère: cf. mg. tata « père », terme de caresse enfantin; la finale est une suflSxation martienne, ou bien le terme est contaminé de son synonyme inée, n® 88.

(212) 39® Tat:ié « [il] lance », une fois: lancer avec une fronde est un jeu d'enfant^ et « fronder » se dit en mg. parittyâ^ni] M^^® Smith a-t-elle entendu ce mot? Ta-t-elle retenu en en laissant tomber les deux premières syllabes? Bien douteux; mais en tout cas la chute de Yy, qui ne fait que mouiller le t précédent, ne ferait pas diflBculté.

(213) 40® Téassé a entier », une fois: c'est le mg. teljes « complet » ; Tarticulation de 17 mouillé est assez

fugace pour que la chute totale se justifie; finale martienne.

(214) 41* Téri « comme », 4 fois. Le verbe mg, terjedni « s'étendre » commande au dictionnaire une série d'exemples, parmi lesquels je relève hitele 10000

forinira terjed « son crédit s'étend jusqu'à 10000 florins », c'est-à-dire en somme « équivaut à, est égal à », d'où peut procéder le sens de « comme » dans la pensée du sujet. Bien douteux pourtant: ce n'est

pas devant une enfant qu'on prononce des phrases de ce genre ; ou, si on ne les lui adresse.pas, elle ne les comprend point. Il est fâcheux de ne pouvoir trouver mieux pour un mot relativement usuel.

(215) 42° Tiche et tis « bientôt », chacun une fois: c'est le mg. tûzes « enflammé > zélé > ardemment > vivement »; la filière sémantique est des plus satisfaisantes.

(216) 43** Toué « dans », 2 fois: faute d'aucune donnée qui permette de soupçonner que M"* Smith ait. pu utiliser le breton étouez « parmi », force est bien de recourir à une forme déclinée quelconque du mg. ^(5 (ô long), « tronc, racine », soit l'accusatif ^weif [ô bref), ou toute autre; le mot a pu être entendu dans une phrase où il impliquait une notion d' « intérieur », de (( partie interne », en opposition aux organes externes de la plante. Douteux.

(217)44** Tubré « seul », une fois: cf. la locution mg. tôbbre [menni]i{ [pousser] plus avant », etc. Celui qui « prend de l'avance» se trouve nécessairement « seul » tout le temps que dure son avance: cela était peut-être arrivé à M^^« Smith dans une promenade avec son père.

(218) 45° Udânil « songes », une fois, FI. 20: le mg. a aludni « dormir » ; l'aphérèse syllabique, ainsi que le timbre initial i6 au lieu de u [-z^ fr. ou), paraît due à l'allitération avec umèz, qui précède, n° 16.

(219) 46° Umèz. « [tu] fais » .et umê^é « faire »,

chacun une fois: métathèse évidente du mg. û:sem « exploitation ».

(220) 47« Vadâ:sâi, mot non traduit, une fois, FI. 31. Le mg. vadâsza signifie « son chasseur »: le mot avait été entendu par M^^® Smith sans .qu'elle en apprît jamais le sens, et elle Ta répété tel quel, au hasard, un jour qu'il lui est revenu, et sous une forme presque irréprochable.

(221) 48^ Vâmé « triste », une fois: soit une métathèse possible du mg. vidàm « gai », cf. n"* 24, 5**; mais comme le d et le sens tout à la fois font diflBculté, il n'est pas hors de propos de rappeler que le mot ne figure que dans la phrase inintelligible.

{222} 49^ Vétiche «cependant», une fois: le mg. a pedig « mais», dont la finale a pu se contaminer de celle du mg. is « cependant ». Sans importance.

(223) 50** Vtniâ «nom», 6 fois: le radical vin-y suivi d'un suffixe martien, est presque sûrement l'anagramme du mg. név « nom » ; cf. n"* 173.

(224)51^ Vùé «descend», une fois: cf. mg. i?ï> «eau» ; Tidée de «descendre [à travers les espaces] » FI. 6, évoque celle de « couler» ou plutôt de «se répandre en pluie». Pas bien sûr: a été traduit le jour même.

(225) 52^ Vraïni «désir», 3 fois: mot très difficile, d'autant plus qu'il se complique de ivraïni, n° 267. La pensée va tout droit au mg. vàrni «attendre»; mais -ni est un suffixe d'infinitif, qui n'a aucune raison

d'être reproduit datis le substantif. S'y ést-il confohdii avec une suffixation martienne ? Ou bien avons-nbus affaire à une métaphore poétique, mg. viràny «floraison »? Tout cela 6st bien recherché pour une laugue enfantine. Rien de moins clair.

(226) 53** Zaki «animal », une fois, dans la phrase inintelligible, et pourtant explicable sans trop d'effort par une métathèse approximative du mg.' csiga «escargot » : on a montré un jour un escargot à Hélène, eti lui disant, comme aux enfants, quelque chose comme « vois-tu la bèbête?», et en même temps on lé lui a nommé en hongrois, en sorte que la consonnance de ces deux syllabes s'est associée dans son moi subconscient au concept d' «animal».

(227) 54^ Zâmé «meilleurs», une fois: cf. mg. csemege, « friandise, dessert » ; Hélène enfant a dû constater par expérience que le « dessert » était « meilleur » que le repas. Douteux pourtant : le phonétisme ne concorde pas suffisamment.

(228) 55^ Ziscui «fois », une fois, tout à là fin: bien que le principe de la formation de ce mot bizarre ne semble être qu'un jargonnement arbitraire (cf. n°106) , il n'est pas interdit de reconnaître, à la base du processus réduplicatif d'où il est issu, la sifflante sonore du mg. izrom « fois».

(229) 56** Zou «plus », 2 fois, mais seulement dans la locution ^ow réch «plus tard». On peut, dès lors, se demander si cette locution n'est pas coupée en deux mots uniquement parce qu'elle en forme deux en fran-

çais, et si Torthographe correcte ne serait pas zouréch en un seul. Dans ce cas, Ton conjecturerait une altération, d'ailleurs assez grossière, du mg. sokàra, « longtemps, longtemps après». Cette dernière identification est incertaine; mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on ne saurait identifier mot pour mot ^ou à «plus» et réch à (( tard », d'autant que « plus tard» en ce sens est un idiotisme français que les Martiens n'ont guère pu emprunter.

(230) Tout compte fait, le magyar se trouve avoir fourni directement au martien deux à trois fois plus de mots que l'allemand, deux fois moins que le français. Cette proportion resterait àpeu de chose près la même si on défalquait de part et d'autre les cas que nous avons qualifiés de douteux. Elle est tout à fait conforine à ce que la théorie nous mettait en droit d'attendre (cf. no^5-7) : l'auteur du martien est une enfant bien douée, qui sait à fond le français et a entendu un bon nombre de mots magyars très usuels ; comme c'est aussi dans un cercle d'idées très usuelles que se meuvent les phrases martiennes, ceux-ci lui reviennent avec une abondance relative ; mais, malgré l'avantage inappréciable qu'ils offriraient au point de vue du déguisement des origines du martien, ils restent en minorité, parce qu'elle n'en a à son service qu'une quantité fort limitée; quant à l'allemand, appris plus tard et sans doute moins fidèlement retenu, il n'apporte qu'un faible appoint, bien supérieur toutefois à celui des autres domaines linguistiques à peine effleurés par M"® Smith.

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