‹ Le Lansquenet, comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 25 sur 28 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

CÉSARINE ; MICHEL, TIVOLI, caché.

CÉSARINE

Ah M. .Michel! c’est vous. Je ne m'étais pa strompée, il a joué.

MlCtlEL.

Eh ! bien! oui... il a joué ce pauvre garçon... qu’cst-cc que vous voulez ? il m’a avoué... il est pâle, agité, dans nn état déplorable... il voulait partir.

CÉSARINE

Mon frère! vous ne l’avez pas retenu?

MICHEL

Si fait... par le bras.

TIVOLI, h part.

C'est son frère !

MICHEL

Il m'a même donné sa parole qu'il viendrai ( inn rejoindre ici quanti il serait plus calme ; je l’ai quitté parce que je voulais vous apprendre la cause... mais vous la savez : après tout c’est un petit malheur.

CÉSARINE

Sans doute, si nous avions du temps devant nous : mais quand on apprendra... et on ne peut pas manquer de l’apprendre... Dès que M. Parfait réclamera de nouveau... Il est encore ici?

MICHEL

Oui... il court toujours après son paletot... car il se passe ici des choses... il n'en reste plus un seul.

tivoli, i part.

Diable ! mais c'est comme un fait exprès.

MICHEL

Réclamera, disiez-vous, réclamer, quoi donc?

CÉSANNE. ,

L’argent que Won... cet argent qu'il a joué... I je peux vous dire ça. à vous, mon bon M. Mi- | chcl... cet argent n'était pas ïi lui.

XIICIIEL.

Pas à lui ! -,

tivoli, a paru

Aie.

CÊSABINE.

11 ne le savait pas... mais toui-à-Dieure, à l'instant, on peut lui demander...

MICHEL

N 'achevez pas! mes jambes tremblent sous moi. Ali ! çà ! qu’cst-cc qu’il a donc perdu?

CÉSAR1NE

lieux mille francs.

MICHEL

Les appointemens d’un professeur ! Mais! qui est-ce qui à pu lui gagner deux mille francs ?

Un de ces Messieurs...

MICHEL

De ces aventuriers.

tivoli, a pari.

Il nous arrange bien.

CÉSARINE

M. Michel... vous êtes peut-êtresévère...

MICHEL

Sévère ? Il n'y a qu'un aventurier. Je le répète, qui puisse... il faut absolument le tirer de là.

CÉSAB1NE.

Par quel moyen ?

MICHEL

Je n’eu ai aucun... mais il faut le tirer de là... cl pour commencer, empêcher M”* de Sa- ; venay d'étre informée... et M. Parfait de retrouver son paiclot... J’embrasserais de bon cœur celui qui le lui a enlevé. Allez.

CÉSANNE.

Mais vous...

MICHEL

Moi, je reste...

CÉSANNE.

Pourquoi ?

Pour attendre Léon... Est-ce qu’il ne faut pas ... je verrai... je chercherai... je suis capable de tout.

(Césarlne sort.)

sefcXE xvin.

MICHEL, TIVOLf.

tivoli , i paru

Il est seul, c’est le moment de nous réhabiliter... je sens que nous en avons besoin.

uicnsL.

Certainement je suis capahie de tout... Je crois que je suis monté au point de...

(Il se irouve nez k nez avec Tivoli.)

TIVOLI

Vous êtes comme moi. Monsieur! vous paraissez bien désœuvré au milieu de cette soirée ?

MICHEL, se contenant à peine.

Il vaut mieux paraître désœuvré dans un bal, Monsieur... que de s’asseoir à une table pour y (aire...

TIVOLI

Charlemagne ! c’est ce que vous voulez dire ?

MICHEL

Je veux dire. Monsieur, que le jeu est une chose infâme...

Abominable...

MICHEL

Une lèpre sociale.

TIVOLI

C'est le mot.

MICHEL

Un gouffre... l’effroi de tous les parens... qui tremblent à chaque instant de voir leurs fils tomber dans cet abîme.

TIVOLI

A qui le dites-vous? Ah! Monsieur! les seuls pères de famille vérilableinent heureux...

MICHEL

Quels sont-ils ?

TIVOLI

Ceux qui n’ont pas d’enfans. Monsieur.

MICHEL

Eh bien ! jcn’en ai pas, mol, Monsieur,., et ça n’empêche pas que Je ne sois révolté... et si j’étais gouvernement, je commencerais par défendre...

TIVOLI

Quoi donc?

MICUEL.

Le commerce des cartes.

Impossible... c’est lui qui les vend.

MICHEL, de plus eu plus monté.

Je le défendrai», Monsieur...

tivoli.

Vous vous feriez un tort considérable.

Pour 1 vous... pour moi... voilà. .

Eh bien?

Et quand à ces joueurs de profession...

TIVOLI

Oh ! ça...

MICHEL

A ces gens qui vivent d'un honteux trafic..,

TIVOLI

Il y en a.

Michel.

Toutes les lois que j’en rencontre un. Monsieur, ma première pensée, mu plusgrande joie, serait de le tenir... devant moi... face à face à une table... de lui gagner tout son argent... tout son or... de le renvoyer les poches vides... le cœur ulcéré... de le réduire à son tour à la misère... à (hôpital...

TIVOLI

Quelle drôle d’idée !

Ce serait mon bonheur. Monsieur, ma consolation... cest mon rêve...

\ ous n’oseriez pas.

Eh bien , c’est pour vous.

MICHEL, avec triomphe.

Ah! ah!.. (Kaivcment.} Pourquoi?

TIVOLI

A cause de la carie. A vous... (voyant que m-

? h , 800 Jeu ; ) UiSseI ’ (*°m,nant

cartes,) Roi... daine... deux pour vous.

MICHEL

A cause de la dame ?

„ , TIVOLI

Et du valet.

MICHEL

Il n’y est pas.

TIVOLI

Cest pour ça; Laissez : on laisse toujours.

Ah ! on doit finir par tout y laisser. !...

tivoli, taillant.

Roi... roi... valet.

MICHEL

Valet! il y est... j’ai perdu.

Je n oserais pas... (Courant a la table.) Mais je vous dis que si...

... , tivoli.

Allons donc !

MICHEL, mettant au jeu.

Mais voilà dix francs.

tivoli, prenant les cartes.

A quel jeu?

MICHEL

Mais ça m’est égal enco je n’en sais aucun.

tivoli.

Au lansquenet.

MICHEL

Autant celui-là.

Vous avez gagné.

Pourquoi ?

TIVOLI

Parce qu’il a les jambes en l’air.

MICHEL

Je n'y comprends absolument rien.

tivoli, a pan.

, J! na pas gi ^ né lln C0U P- («»“«•) Vous tenez toujours Monsieur ?

MICHEL

Si je tiens Monsieur !.. tout... vous entendez ! tivoli.

Tout; vous vous animez. Monsieur.

MICHEL

Mau, oui.

On joue tout à la fois, ça voussera plus commode.

MICHEL, un peu déconcerté.

Vous me provoquez.

MICHEL

Mais, oui.

«... tivoli.

Seize louis.

- ÎU -

MICHEL

Seize louis, dépêchons-nous... j’ai peur que quelqu’un... vous concevez... Si on cuirait .. (Il se lève, cl va voir ii la porte, puis reprend sa place.) Ah! bah! lant pis... Je suis lancé.

TIVOLI taillant.

Moi aussi. Unit, huit. huit.

MICHEL

Égalité! ou recommence.

TIVOLI

Quel fige avez-vous?

MICHEL

65 ans.

TIVOLI

ren étais sûr : vous les paraissez: le coup est à vous.

MICHEL

Pourquoi ?

TIVOLI

Quand il y a doute, c’est le plus 5*é qui remporte.

MICHEL

Ali ! c’est le plus ûgé? j’ai l’avantage? Nous allons voir, Monsieur....

Eh bien 1 oui, Monsieur. C’est vous qui le voulez, je continue.

MICHEL

Je m’acharne.

TIVOLI

Ne dites pas banquo !

MICHEL

Pourquoi ?

TIVOLI

Vous me feriez perdre.

MICHEL

Banquo.

TIVOLI

Ça fait que c’est pour vous.

siiciir.L.

Parce que j’ai dit ? J’y suis à présent.

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