PREFACE
les cases indigènes et par le drapeau tricolore flottant fièrement, joyeusement dans l'air. Au milieu de cette grandiose et sauvage nature de la vallée du Mékong, parmi des populations clairsemées et barbares, c’était la paix imposée, la civilisation naissante et demain souveraine des hommes et des choses, que représentait le drapeau de notre France. Lucien de Reinach était à peu près seul a le garder dans toute l'étendue de la province. La force publique y était représentée par des milices indigènes peu nombreuses et médiocrement armées. Mais le jeune officier, dans son calme souriant, était le chef qui s’impose. Il avait su se faire craindre, malgré la faiblesse de ses moyens de coercition, et se faire aimer, malgré le peu de ressources mises a sa disposition pour réaliser le bien désirable. Tant qu'il resta à Ban-Muong, il n'y eut aucune rébellion, aucun trouble dans la région sur laquelle son autorité s’étendait.
Il y fut un administrateur intelligent et actif, se dépensant, se prodiguant, tirant d'une population apathique et veule tout ce qu'elle était capable de produire, s’efforçant d'aménager le vaste domaine qui lui était imparti, où la nature offrait à profusion les richesses sans que l’homme sût ou voulût en profiter. Pendant plusieurs années, Lucien de Reinach se consacra tout entier, de façon exclusive, à cette tâche. Il rentra en France, affaibli par le climat tropical, portant en lui, comme tant d'autres, les germes du mal qui devait l’enlever, si jeune encore, aux affections qui V entouraient, aux sympathies qui allaient à lui pour ce qu’il avait fait d’utile et pour ce qu’il devait faire encore de bon et peut-être de grand. Ici même, il donne une bonne part de son activité au pays loin-