‹ Le laquais d'Arthur comédie en un acte, en proseChapitre 12 sur 14 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes, HENRI.

HENRI

(H entre vivement, s'approche Je Madame de Sancg et semble

vouloir lui présenter les fleurs r/u'il tient à la m un. —

Puis il parait vouloir se consulter aune Arthur et le saluant

avec affectation, il lus présente le bouquet.)

A vous, monsieur I et voici l'occasion do dire à madame les vers que vous fîtes pour elle l’autre soir.

ARTHUR

Hein ?

MADAME DE SANCY

Des vers pour moi ?

IIENRI.

Vous savez bien , pendant culte soirée d’orago, où vous êtes allé cueillir pour madame ces roses... que vous avez oublié de lui apporter!

AnrilUR, à part.

Je suis dans une position très-ridicule.

MADAME DE SANCY

Comment I monsieur de Fougères, vous avez rimé pour moi un madrigal ?...

ARTHUR

Euhl euh!

MADAME DB SANCY

Pas de modestie, monsieur I quels qu’ils soient, je réclame ces vers.

artiiur, embarrassé.

Mais, madame. Labrie so trompe. (Bas à Iienri.) Vcux-lu te taire I

iif.nri.

Du courage, monsieur, madame sera indulgente.

MADAME DK SANCY.

Votre domestique m’a cueilli ce bouquet... n’allez vous pas l'obligor a mo réciter vos vers ?

IIENRI.

Ce commandement m’est bien doux, el monsieur me remerciera.

ARTnun, arrêtant Henri par le bras.

Jo vous défonds I...

HENRI

Sonnet... c’est un sonnet I...

Le* bosquet* n« «ni ploa.ofl tmi* tort repotiet A cmi* hour* «à, peuplant toiro parc do récrias,

Le ela.r il* lune j *en* ■ Suif M» p.emirie*

El berça lu* in**iui, de chaut* ruMjt.iV

TciDcmenl iYra^c eu briccnl k* roaieff,

De leur belle parure a jonché le* prairie* ;

Le* par ruai* qui diirmai* nt dent leur* coupes fleuries,

S'enrôlent plu* divin* et plu* eiicaW*.

artiiur, à part.

Un supplico on quatorze vers 1

MADAME DE SASCT.

Et les tercets ?

iienri, con/intjanl.

Ain*', brUct mon cœur Simré dan* ton ombra,

Où brillent, cuaatDt) un ciel plein d'étoil***on* nombre,

Le* rayon* attendri* de tôt jeta C«* el duw,

Comme aa cékito «acent de *at roar* aVihilc,

Voué ne feres (ortir q«« de l'amour pour tou»

De C* cœur où fleurit «aire imago idéale.

MADAME DK SANCY.

Eh 1 mais, ils sont fort galants ces vcrs-lù. artiiur saluant à plusieurs reprises Alwlame de Sancg. Pardon, pardon, madame I le phébus lo plus pitoyable!

M AD ALE DE SANCY

Mais, du tout.

iienri, avec naïveté.

Comment, monsieur, esl-co que ça no vaut rien ?...

MADAME DR SANCY

Recevra, an contraire, mes félicitations...

IIENRI.

Oh I non, madame; si monsieur ne trouve pas Iss vers bien réussis, il no faut pas qu’il en gatdo la responsabilité, el vous êtes vraiment trop bonne do féliciter un pauvre diablo comme moi.

MADAME DE SANCY

Que dit-il ?

HENRI

Ob f monsieur a beau me faire des signes! je ne compromettrai pas davantage monsieur... J’avouerai tout... Oui, madame, c'est moi qui compose tous les vers que monsiour expédie aux dames. Je suis le poelo ordinaire do monsieur.

ARTHUR

Allons I je sois bafoué

HENRI

Et s’il est vrai, madame, quo mes vers ne soient pas trop mauvais, j’y ai peu de mérite... Comment ne pas être poète, quand c'est vous qui inspirez 1

MADAME DE SANCY

Quel langage 1

ART lit II.

Suivez-moi, faquin! madame n’a que faire des galanteries de mon laquais.

Il F. Mil.

Je le suis, monsieur c’est vrai, mais...

• l« n Orteil tonl èf* ni, te n'eat pu la DiiMince f « Ah ! pour tire taqaais, je n'en auU pa* moia* ho-sne. a Lra gr«o*i» oc aoni paa Uhm ce qu'un tain peuple p-tue.

Il y a vingt passages comme ceux-la dans les tragiques.

artiiur, à part.

Je ne puis me tirer delà que par un mot très-s[»irilucl... (// cherche.)

IIEKRI.

Ainsi, madame, n’ayez aucun ressentiment contre monsieur; moi seul, je suis coupable... c’est moi qui le dirige dans ses entreprises de galanterie, et, comme les valets de l'ancien théâtre, je suis chargé d’avoir de l’esprit pour lui.

MADAME DE 8AMCY.

En vérité I

Arthur, à part.

Je ne trouve pas le mot que je cherche.

HENRI, à Arthur.

Et, tenez, monsieur, dans ce moment, il faut dire à madame: Je vous aime! il faut prendre sa main et la couvrir de kaisers... comme cela. (/< lui baise la main.)

MADAME DR SA.NCY

Insolent I (£l/u lu» jette le bouquet en plein visage.)

HENRI

Oh 1 merci I merci I merci, madame... effleurées par vos lèvres, parfumées par votre souille, ces fleurs sont a moi maintenant et on ne me les ôterait qu’avec ma vie. (Il sort précipitamment par le fond.)

SCÈWX IX.

MADAME DE SANCY, ARTHUR

ARTHUR, à part.

Je- fie trouve pas mon trait d’esprit.

MADAME DE SANCT

Me direz-vous, monsieur...

* ARTHUR

Quel maraud I

MADAME DE SANCT

Mais expliquez moi...

ARtiiiR , marchant vers la porte du fond.

Je t’apprendrai, coquin !... ( A part.) C’est le seul moyen de me ménager une sortie... ah ! drôle I...

MADAME DE SANCT

Monsieur...

ARTHUR

Je vais le faire périr sous le bâton. (Il sort par le fond).

bcj km x

MADAME DE SANCY, puis HENRI.

madame DE SaNcy, rioeuse , lentement.

Est-ce quo jo rêve T... Ce langage... ce regard... j’ai vu comme une autre Le Jeu de ramour et du hasard, mais par malheur, ici, c’est bien monsieur de Fougères qui est Dorante I Hélas I je lo connais trop bien depuis un an qu'il me persécute de ses fadeurs et de ses fadaises... et qu’il m'offre l’honneur de porter des fers dédaignés par ces demoiselles du corps de ballet! Mais, quelle sotte aventure que celle do ce soir I Estce bion un valet T... C’est folie d’en douter ; mais à qui resscmble-t-i! donc?... Dan? tous les cas me voilà fixée sur la poésie de monsieur de Fougères. En vérité, ces vors n’éiaient pas mal, les derniers surtout... Comment disaient-ils donc?

• Cornai* un rtlwU «acou, de »u* roarut’cibal#... *

(Elle réoe, minuit sonne. Henri, en habit noir entre doucement.

Au dermer coup de l'heure, il est près de madame de Sancy et

continue .)

HENRI-

Voue ne Terri aortir que de l'amour pour ro«*

De ce c®«r où dm rit votre image idéai* !

MADAME DR SANCT

Monsieur de Salguesl

HENRI

Oui, madame.

MADAME. DF. SANCT, À part.

C’était luil

jardinier, et grâce à Narutte, quitter un habit... que je dois bénir, car ii me permettait découler aux portes, et Labne vous a entendu parler de monsieur de Salgues.

MADAME DE SANCT

Ah! monsieur, c’est une trahison.

HENRI

Il y avait si longtemps quo Henri de Salguos vous aimait! 11 était ridiculement timide; mais la timidité mérite grâce à vos yeux !... Vous voyez quo j’ai retenu les répliques.

MADAME DE SANCY

Il y a de l’électricité dans l'air; voilà la seconde déclaration de là soirée.

iienri.

Et que répondez-vous?...

madame de SANCY, gaSment.

Je no trouve pas votre sonnet méchant, ni que vous soyez pendable pour l’avoir rimé. Celle main que vous avez offensée % toul-à-l'heure...

iienri, de même.

Cotto main?

madame de sakcy, lui tendant la main.

C’est à présent celle d’une amie I iienri.

Rien qu’une amie! madame, vous allez forcer les timides à devenir audacieux.

MADAME DF. SANCT-

Monsieur, vous reviendrez parler 'd'audace en plein midi et sans domestique.

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