‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 28 sur 58 · Les Quatre vents de l'esprit. I4ième vers des Cariatides · texte numérisé non relu

Les Quatre vents de l'esprit. I4ième vers des Cariatides

trouvent dans les vers que j'ai signalés, l'autre jour, à la vindicte des travailleurs consciencieux, pas plus que j'accuse Victor Hugo — ce qui serait encore un très archî-comblc — de vous avoir subtilisé, dans la dernière série de Toute la Lyre, qui vient de paraître, cet hémistiche que vous avez dans vos Fleurs boréales :

Vois le soir c;ui descend calme et silencieux.

Aussi, malgré tous les efforts que vous avez faits avec votre Eoullaud pour me faire trouver aussi coupable que vous, — ce qui d'ailleurs ne vous aurait pas disculpé, - vous n'avez réussi à rien prouver.

Autre chose aurait été si vous aviez pu faire des comparaisons comme celles-ci, par exemple :

LECONTE DE LISLE

(irands aigles fatigués de planer dans les nues.

FRECHETTE Quand l'aigle est fatigu<5 de planer dans la nue.

CHAPMAX Xous sonim(»s sur les bords du Saguenay sauvage.

FRECHETTE Xous sommes sur le bord du Saint-Laurent sauvage^

CREMAZIE Il est sous le soleil une terre bénie.

FRECHETTE Il est sous le soleil une terre bénie.

ARCADKS AMBO 59

PROSPER BLAXCHEMAIN

Xiagaras grondants, blondes Californiea.

FRECHETTE Nîagaras grondants, blondes Caliibrnies.

CREMAZIE Pcnplcs, inclincz-Yous, c'est la France i\\n passe.

FRECHETTE A genoux, 01 prinu's I c'est la France (^ui passe.

VICTOR HUGO Qui dit : il faut monter pour venir jusqu'à moi.

FRECHETTE Et jAiis il faut monter pour aller jusqu'à toi.

Avant d'aller plus loin, je vous dirai, M. Fréchette, qu'il n'y aurait eu rien de surprenant si vous aviez trouvé bien des réminiscences dans mes QuébecquoiseSy — un volume que j'ai écrit de vingt à vingtquatre ans, alors que, sans études classiques, je n'avais lu, en fait de i)oésie, que vos productions dont je savais les trois quarts par cœur.

Au reste, je vous prie de croire que je considère mes Québecquoises comme le plus faible volume de vers qui ait été publié au Canada.

Seulement, j'ai la présomption de vous faire remarquer, M. Fréchette, que mes Feuilles cVErable accusent, à côté de mes Québecquoises^ un progrès beaucoup plus sensible que vous n'en avez montré

^» > LE LAriîÊAT

entre la publication de votre premier recueil et celle de Pêle-Mêle.

A propos de mes Qiiébecquoises^ je me rappelle toujours ce que M. Tabbé G ingras — un poète de grand talent, que personne n'accusera jamais de plagiat, lui, — écrivait un jour à mon adresse :

Chapnmn a fait les Qfithecquoise», J'ai dit cela tout haut : sais-tu Ce que récho m'a ropcndu :

Chapman a fait d(»s Jroquoisea. ^

Oui, M. Fréchette, j'avais réellement fait des Iroquoises, et sitôt que j'ai eu compris cela, je me î>uis mis à travailler, j'ai lu les grands maîtres, je me suis aperçu, en les lisant, que vous n'étiez qu'un fabricant de grossiers et fades pastiches, et je vous ai envoyé, comme on dit, vous.... promener.

Maïs revenons, s'il vous plaît, à votre RouUaud.

Pour montrer la faiblesse des accusations que vous lui faites porter contre moi, je v^aîs comparer avec les hémistiches que je ne vous reproche pas quelques-uns de ceux que votre défenseur m'accuse de vous avoir pris :

CHAPMAX

Un doux hruisHement d'ailes parfois courait.

FRECHETTE Mais où l'on croit ouïr, doux bruissements d'aile.^.

I Au foyer de mon presbytère \\\hvcii strophe à& Imperlinence à l'eau de rose.

AECADES AMBO Cl

CHAPMAX

Ils entourent la flotte et ses lourds bataillons,

FRFXHETTE Comme une esclave au flâne de ses lourds bataillons.

CHAPMAX Le fusil à r épaule y et T écume à la bouche.

FRECHETTE Le mousquet à l'épaule, ou la pagaie au poing,

CHAPMAX (ruenier de la pensée à la voix magnifique.

FRECHETTE Prutcctouis de nos droits, (juerriers de la pensée.

CHAPMAX Et le vent parfunu' des solitudes vierges.

frechp:tte

Oui, doux sioc'l(\s ont fui ; la solitude vien/e.

Encore une fois, M. Fréchette, vous aurez beau faire, vous ne réussirez point à intervertir les rôles, à me faire passer pour un plagiaire ; surtout vous ne pourrez pas plus vous disculper des accusations dont vous êtes écrasé, que votre Roullaud n'a pu le faire après la dénonciation du poète parisien. Vous pouvez en faire tous les deux votre deuil.

Quant au pain que j'ai mangé au service de M. Beaugrand et que vous me reprochez, vous faites erreur, M. Fréchette.

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Ce pain, je le dois à M. Thomas Fortin, professeur de droit à l'université McGill, un compagnon d'enfance ; le premier il est allé avec moi voir M. le propriétaire de la Patrie^ qui m'a donné tout de suite du travail, et cela avec si peu de répugnance, qu'au bout d'un mois il m'accordait le double du traitement convenu.

C'est encore M. Fortin qui m'a mis en rapports constants avec l'honorable M. Eobidoux, un vrai littérateur, celui-là, un humble, qui ne sera pas plus accusé de plagiat que M. l'abbé Gingras, et qui m'a donné le pain que je romps aujourd'hui.

Oui, c'est à ces deux nobles cœur que je dois la position que j'occupe aujourd'hui, et je suis heureux, M. Fréehette, que vous m'ayez fourni par votre Roullaud l'occasion de faire savoir la gratitude que je leur garde, de les remercier publiquement de m'avoir tendu tous deux la main dans des circonstances où j'avais tant besoin de protection.

En attendant la publication de mon prochain article, M. Fréehette, je vous conseille de changer de Roullaud, surtout d'en prendre un qui ne soit pas dans les cas réservés, et dont on ne puisse dire en le voyant avec vous : Arcades ambo, ^

I Après la publ cation de l'article qu'on vieut de lire, ni M. Roullaud ni M. Fréehette n'ont donné signe de vie.

M. Fréchette s'est efforcé toute sa vie d'imiter Victor Hugo, en politique comme en littérature, seulement, il faut le dire, à la manière du molosse qui voudrait copier le lion.

En 1851, Victor Hugo, après avoir fulminé contre le coup de force du prince Bonaparte, fut obligé de quitter la France, se réfugia en Belgique, puis de là s'enfuit en Angleterre.

A Jersey, dans sa retraite de Marine- Terrace^ le poète, débordant des imprécations vengeresses du satirique, écrivit les choses les plus ignobles et les plus révoltantes qui aient jamais jailli d'une plume trempée dans le fiel et la fange, contre les têtes dirigeantes de son pays, contre Mgr l'archevêque de. Paris, contre Pie IX, etc. Il y prédit une foule d'événements qui, malheureusement, se sont accomplis ; et plusieurs écrivains français s'accordent à dire que les Châtiments ont largement contribué à la

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chute (lu second Empire et aux infortunes qui ont fondu, il y a une vingtaine d'années, sur la vieille mère patrie.

Dans son exil,— comme le lion, aprcs avoir longtemps rugi dans la morne solitude du désert, devient parfois très calme et semble se recueillir, — l'auteur des Châtiments^ à de certains moments, se calmait, et, pris de cette maladie à laquelle personne n'échappe^ la nostalgie, attendri par ce sentiment qui survit dans tous les cœurs, Tamour de la patrie, il. déposait la lyre îi la corde cVairam pour prendre le pipeau, et il adressait à ses amis restés en France des élégies d'une indicible mélancolie et d'une idéale beauté.

C'est dans un de ces moments où le souvenir de la patrie absente le hantait avec tant de persistance, qu'il adressa à Lamartine une pièce dans laquelle vibre le plus largement son âme de poète, pour rappeler h son émule leurs débuts dans la carrière des lettres, le féliciter des succès poétiques qu'il remportait depuis que le vent révolutionnaire avait désuni leurs barques, pour le prier de ne pas oublier, dans ses triomphes, celui qui autrefois oubliait sa propre tempête pour chanter l'azur de son ciel.

• En 1866, M. Fréchette, après avoir, lui aussi, fait de la politique, après avoir tourné le dos à son bureau d'avocat, jonché de papiers tout à fait étrangers à sa clientèle, quitta sa ville natale pour aller planter sa tente sous le soleil de V étranger.

A Chicago, dans son Exiles Hermitaije^ nn autre Marine- Terrace^ M. Fréchettc écrivit la Voix (V un JSxilé, cette diatribe imitée des Châtiments^ dans : laquelle il expliquait que ses ennemis politiques étaient de triples voleurs et des assassins, se comparait au Christ chassant, à coups de fouet, les vendeurs du temple, et prédisait une foule de choses qui ne sont pas arrivées.

Vengeur, j'ai sous les yeux un immortel exemple, J'ai vu l'Homme de Paix, sur les dalles du temple,

Terrible, et le fouet à la main.

A moi, ce fouet sacré, ce fouet de la vengeance ! Arrière, scélérats ! arrière, vile engeance !

Je vous appliquerai le fer rouge à l'épaule.

Et je vous mordrai jusqu'au sang !

X'est-co pas qu'ici l'on reconnaît bien en M. Fréchette le molosse qui. l'écume de la rage à la gueule, cherche à mordre le passant !

Et puis, que penser de l'auteur de la Voix d'un Exilé laissant entendre que le Christ, la mansuétude . même, aurait comme lui appliqué le fer rouge à V épaule et mordu jusqu'au sang f

Quelquefois, quand la rage faisait un instant trêve chez l'exilé de Chicago, M. Fréchette, toujours pour singer son fétiche, adressait à ses amis du Canada des pièces qu'il imitait des chefs-d'œuvre du Maître, et il écrivit, un jour, à l'adresse de M. Pamphilo

ce LE LAURÉAT

licmay une ode dans laquelle il lui parlait de leur jeunesse, de leurs premières armes dans la lice de la poésie, le félicitait du couronnement de sa Découverte du Canada par l'Université Lî\yal.

Jîref, tout ce qui différenciait les vers de Victor Hugo à Lamartine do ceux de M. Fréehette à M. Leraay, c^est que les premiers disaient à l'auteur des Méditations : " Songe à moi dans tes triomphes " ! tandis que les seconds demandaient au traducteur (SiEvangeline : — " Songes-tu à moi qui tant de fois t'ai applaudi ? "

C'était toute la différence, et des fragments pris dans l'ensemble des pièces de Victor Hugo et de M. Fréchette vont prouver tout de suite mon assertion :

VICTOR HUGO

Voilà quelle était ma pensée, Quand sur le flot sombre et grossi Je risquai ma nef insensée. ^

Echangeant nos signaux fidèles, Et nous saluant de la voix, Pareils à deux sœurs hirondelles, Nous voulions, tous deux à la fois, Doubler le même promontoire, Remporter la môme victoire.

FRECHETTE

Pourtant, naguère encore, suivant la même étoile. Nous n'avions qu'une nef^ nous n'avions qu'une voile,

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