VAINQUEUR ET VAINCU
Or sur ce monument, rare et touchant détail, L'enfant peut épeler, entre les branches d'arbre, Devix noms gravés en noir sur deux lames de marbre.
M. Fréchette trouve que c'est un détail rare et touchant qu'un enfant puisse épeler deux noms gravés en noir.
Mais s'il pouvait les lire gravés en rouge ou en bleu, ne serait-ce plus un détail ni touchant ni rare ?
Et puis, pourquoi un enfant, s'il sait lire couram-
naent, prendrait-il le temps d'épeler les noms de
Montcalm et de Wolfe, dont M. Fréchette veut
parler ?
nr J'aimerais bien aussi savoir si Ton grave en vert,
en blanc ou en jaune dans le marbre ou le granit, si l'on peut se servir efficacement de n'importe quelle couleur en maniant le ciseau et le maillet, comme on le fait avec la plume ou le pinceau ?
yOS TROIS COULIJUBS ;
Après avoir ridé plein sa coupe d'absinthe,
Vous avez commis là, M. Fréchette, un affreux solécisme, et le bon gros bon sens aurait dû vous apprendre que si l'on peut dire boire plein son verre^ l'on ne peut écrire inder plein sa coupe, vide et plein ne s'alliant pas plus ensemble que le feu et l'eau.
A LA BAIEirHlDSON:
Il avait arraché trois forts à l'Angleterre, Conquis toute une* zone, et sur jner et sur terre Humilié vingt fois nos rivaux covfondus.
Un autre solécisme, M. Fréchette, — à preuve, qu^humilier veut dire remplir de covjusion, et que confondre exprime la même chose.
LE PIOXXIER :
Que les siècles n'ont pu terrasser tout entier.
On terrasse quelqu'un ou on ne le terrasse pas.
Si on le terrasse, il tombe par terre tout entier, et non par bouts.
L'expérience des derniers mxs doit vous avoir appris cela, M. Fréchette.
JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE
A Pécolc du pauvre itri Lunible banc di bii\
Un humble banc de bois !
Vraiment, il n'y a qu'un banc de bois pour être :au88i dur que cet hémistiche-là.
JEAN-BA PTISTE DE LA SALLE
Et cet autre profil dont l'aspect seul réveille, Calme et majestueux, dans l'âme du passant.
Des demi-dieux romains le peuple éblouissant, Quel €st-il ?
Oui, quel est-il ?
Je vous avoue, M. Fréchette, que je ne puis ■deviner — de la manière dont vous avez écrit ce qui précède — quel est ce profil qui réveille le peuple éblouissant des demi-dieux romains dans l'âme du passant.
Est-ce vrai que c'est de Corneille que vous voulez parler ?
Seule f et voulant donner un exemple à VhUtoire^ Paris, ce boulevard de dix siècles de gloire, Orgueil et désespoir des rois et des césars, Foyer de la science et temple des beaux-arts, Folle comme Babel, sainte comme Solime, En un jour transformée en guerrière sublime, Le front haut, l'arme au bras, narguant la trahison, Par-des8H8 ses vieux forts regardait Vlwnzon,
Huit vers de douze pieds pour dire qne Paris
regardait seul l'horizon par-dessus ses vieux forts: pour donner une leçon à l'histoire !
Si ces huit vers ne sont pas ce qu'on nomme en littérature une lenteur^ je voudrais bien savoir ce que c'est.
Et puis, comment Paris i)Ouvait-il, rien qu'à regarder seul l'horizon par-dessus ses vieux forts^ donner une leçon à l'histoire ?
Quoi qu'il en soit, M, Fréchette, ouvrez le premier petit traité de littérature venu, et vous y verrez qu'il ne faut pas faire les phrases trop longues, parce que l'esprit se fatigue à suivre cette multitude d'incidentes qui les surchargent et suspendent trop longtemps l'attention, — qu'on ne doit présenter à l'esprit que l'image exacte de ce qu'on veut exprimer, . . . et pardonnez-moi cette période qui ne prêche certainement pas d'exemple.