‹ Le lauréat [microforme]Chapitre 23 sur 66 · Le Xetour de l’ Abeille, Gième vers · texte numérisé non relu

Le Xetour de l’ Abeille, Gième vers

2, Les Z'euilles d'Automne, 4ième strophe de À mes amis L, B.etS 3. 3. Les Poèmes barbares, 25ième vers du AMassacre de Mona. 4. Ibidem, S. /rlante, Revue Canadienne ”’ de 1870, page 70.

VICTOR HUGO

Avait éclaboussé d’étincelles Les plis De l'éendard témoin des devoirs accomplis. À

FRECHETTE

Le vieux drapeau français dut refermer scs plis, Et, fier {émoin de tant de hauts faits accomplis.

VICTOR HUGO Car dans les cœurs un ferment bout. ?

FRECHETTE Si ie remords au cœur est un ferment qui bout. BARBIER

Quinse ans, cile passa, fumante, à toute bride, Sur le ventre des nations. #

FRECHETTE

Car ce haillon troué, que tant de gloire inonde A passé, mon enfant, sur le ventre du monde,

Quelle similitude et quelle dissemblance à la fois

dans les derniers vers que l’on vient de comparer !

Quelle différence entre un poète et un

cateur !

Barbier, en nous représentant la puis

versifica-

sance de

Bonaparte par une cavale qui, durant quinze années,

passa, toute fumante, sur le ventre des nations, fait

une image aussi juste que grandiose, grandiose

comme l’épopée napoléonienne !

Les /ambes, 31 et 32ième vers du chant III de l’/do/e,

L' Année terrible, 6sième et 66ième vers du A/essage de Grant, Les Chdtiments, 11ième strophe de A l'obéissance passive,

On croit entendre dans l'éclat sonore et palpitant de son Tambe magistral non pas seulement le bruit d'une cavale lancée à toute bride sur un champ de bataille, mais celui de tout un escadron éerasant, dans sa course vertigineuse, les lourds carrés d'infanteries ; il nous semble oufr les clameurs du eanon, les cris saccadés des commandants, le ehiquetis des épécs, le crépitement de la fusillade, la voix des blessés qui se traînent, tout sanglants, sur le sol labouré par les obus, criant : A boire ! À boire ! par pitié !

M. Fréchette, lui, voulant, après avoir escroqué une des plus belles idées du fougueux Barbier, faire voir tout l’éclat triomphant qui a resplendi dans les plis du drapeau tricolore, fait tranquillement passer où plutôt glisser un haïllon froué sur le rentre... du monde,

L'effort que le lauréat à déployé pour imiter le grand poète français me rappelle la grenouille qui avait voulu se grossir à la taille du bœuf et dont le ventre, qui n'avait rien de commun avec le ventre du monde, se dégonfla si brusquement et d’une si triste facon.

En tout cas, puisque M. Fréchette n'a pas encore éprouvé le sort de la prétentieuse et stupide grenouille, j'aimerais savoir ce qu'il faut bien lui faire pour le dégonfler.

Lui remettre sous les yeux la Bastide rouge ?

Qu'il se tienne bien ! ...,.ca viendra.

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M. Fréchette est tellement tombé dans l'estime de son entourage, dont les promiscuités pourtant lui faisaient, naguère encore, une si forte carapace contre les attaques de la critique, qu'il n’a pu trouver une seule plume quelque peu élégante, quelque peu compétente, pour le défendre des coups qui, depuis quelque temps, ne cessent de le cribler.

Le lauréat en est réduit, pour pallier ses supercheries littéraires, à me faire injurier par le secrétaire universel, H. Roullaud, un Français récemment atterri sur nos rives, un prosateur dont le style a la lourdeur de tout le plomb que M. Fréchette a dans l'aile.

TU me semble que M. Fréchette—selon la remarque d’un de mes amis—était pourtant bien assez aplati par mes dénonciations, sans se laisser passer ce Roullaud-là sur le corps.

D2 LE LAURÉAT Mais, voyez-vous, rien de plus naturel aussi que la sympathie qui unit M. Fréchette et M. Roullaud :

ils exercent le même métier.

Les deux font Ja paire, ét la seule nuance qui les différencie, c’est que Pauteur de la Bastide rouge

2 prend tout entier ce qui lui tombe sous la main, tandis que M. Roullaud enlève tout ronds les

Inorceaux à sa portée.

Badinage à part, ce M. Roullaud, qui, comme tous les Roullauds de passage, à deux L pour voler, est certainement le seul qui pouvait tenir tête à M. Fréchette daus le brigandage poétique. Il ne s'en est pas fait faute, non plus, comme vous allez vous en assurer par les lignes ci-dessous détachées d'un article publié récemment dans la Patrie, sons la

sieænature du Dr C :

“Le Monde Illustré de Montréal, dans son # numéro du 11 mars, dénoncçait par la bouche de ‘son directeur ce misérable plagiaire (I. Roullaud) qui avait eu l’audace de collaborer à ce journal, et qui dernièrement étalait encore sa signature, sinon ‘ sa prose, dans Îles colonnes de la Patrie et de la

& Canada-Revue.

“ A l'appui de cette dénonciation, je vous offre

Pa Ca

les preuves brutules qui suivent. Lisez :

VIE ÉTERNELLE Fragment du Poîmne du siècle.

Mort ct désert, à quoi pourrait servir un monde ?

Dans l'espace il n'est point de planète inféconde ;

Qu'un astre soit brillant, éteint ou rallumié,

Le germe de Ja vie est en lui renfermé ;

Le rapide soleil, l'étoile la plus lente,

Tout ce qui trace au ciel sa courbe étincelante, Eternellement vit, meurt, revit tour à tour,

Et, s’il n’est pas peuplé, le sera quelque jour.

Oui, la vie est partout : c’est une loi suprême.

Regarde : trouve un coin de la terre elle-même

Où ne pullulent pas des flots d'êtres vivants!

Tout n'est-il pas fécond, les bois, les mers, 1cs vents? Sous l'herbe et dans le sol, sur l'arbre et sous la feuille, Dans la fleur qui s'entr'ouvre ou le fruit que l’on cneille Grouille la vie, au fond des eaux, en haut des airs... Et maintenant veux-tu que des astres déserts,

Lorsque de se peupler tous cs cieux sont avides, Roulent dans l'infini comme des berceaux vides !

MaARr® DE BONXEroY, LA VIE UNIVERSELLE

A. M. Guibée, après l'audition de sa conférones “L'astronome populaire.”

Mort et désert, à quoi pourrait servir un monde ! Dans l’espace 11 n'est point de planète inféconde ; Qu'un astre soit brillant, éteint où rallumé,

Le germe de la vie est en lui renfermé ;

Le rapide soleil, l'étoile la plus lente,

Tout ce qui trace au ciel sa courbe étincclante, éternellement vit, meurt, revit tour à tour,

Et, s'il n’est pas pouplé, le sera quelque jour. Oui, la vie est partout ; c’est une loi suprême, Regarde : trouve un coin de la terre elle-même

Où ne pullulent pas des flots d'êtres vivants !

Tout n'est-il pas fécond,-les bois, les mers, les vents ? Sous l’herbe ct dans le sol, sur l’arbre et sous la feuille, Dans la fleur qui s'entr'ouvre ou le fruit que l’on cueille: Grouille la vie, au fond des eaux et dans les airs,

Et maintenant veux-tu que des astres déserts,

Lorsque de se peupler tous les cieux sont avides,

Roulent dans l'infini comme des berceaux vides ?

H. RoULLAUD.

“ Mais, poussant le cynisme à sa limite extrême, il ‘# (IT Roullaud) va jusqu'à dédier cette pièce à

& M, Guibée.

“# C’est le comble, l’archi-comble, le très archi-

‘ eomble.”?

Et le directeur du Monde Illustré ajoutait en parlant de la dénonciation du Dr C., qui flagellait de la sorte le plagiaire Roullaud :

“ Mais, quelqu'un qui va bien s'amuser, en cons- ‘ tatant votre attitude d'aujourd'hui, c’est mon ‘ confrère et ami distingué de Paris M. Charles ‘“* Fuster, rédacteur en chef du Semeur, qui nous “ révéla en termes indignés cet attentat anti-littc-

“ raire contre la propriété de son collaborateur.”

Et c’est ce même Roullaud, ce plagiaire aussi gauche qu’éhonté, qui vient dire au publie, de la part de M. Fréchette, que le lauréat n’a donné, un jour, mon pain en me faisant entrer à la Patrie comme traducteur et chroniqueur ; c’est ce même

ARCADES AMBO 55 Roulland, dont les instincts de rapines ne le eèdent qu'à ceux de M. Fréchette, qui vient essayer de. jeter de la poudre aux yeux de la masse en citant des hémistiches qui appartiennent à tout le monde, et qu'il m’aceuse d’avoir filoutés au lauréat ; c’est ce même individu qui répète comme un perroquet une prétendue conversation au cours de laquelle j’aurais, il y à dix ans, demandé à M. Fréchette si je len-

nuyais quand je pillais ses vers.

Avec le Dr C., c’est le temps, ou jamais, de dire que ça c’est un très arehi-comble,

Non, M. Fréchette, vous avez beau vous débattre, vous ne parviendrez pas à faire croire que je vous ai volé les hémistiches que votre Roulland vient d’aligner dans la Minerve. Vous n’y parviendrez pas, pour la raison bien simple que ces moitiés de vers ne sont pas, comme on dit en termes du inétier, des hémistiches-médailles, des hémistiches portant la marque ineffaçcable de lartiste qui les à

ciselés.

Au nombre des citations de votre Roulland se trouve la suivante :

FRECHETTE Sans vivres, sans souliers, chantant la Marseillaise. CHAPMAN

De charmants tapageurs chantant la Marseillaise.

Je vous avouerai, M. Fréchette, que cette comparaison m'a un peu ahuri, et j'ai eru que ma ‘mémoire pouvait m'avoir joué un mauvais tour. J’allais vous avouer que je vous avais pris—bien inconsciemment, par exemple—l'hémistiche que votre Roulland signale, quand tout à coup mes veux sont tombés, par pur hasard, sur une page de

Théodore de Banville, où j'ai lu :

Et, chotcux dénoucs, chantant la Marscilluise. 1

J'ai compris alors que chanter la Marseillaise est,—dans les vers comme ailleurs, une banalité, et je ne vous accuse certainement pas d’avoir volé ici l’auteur des Odes funambhulesques, pas plus que je ne vous tiens compte des hémistiches en regard el-dessous :

VICTOR HUGO Fait voir plus clairement la destinée lrrmaine, © FRECHETTE Pourquoi ? mais n'est-ce pas l« destinée lnrinaine. FRANCOIS COPPÉE Cette barque perdue entre le ciel et learn. 5 FRECHETTE

Bercé depuis l'enfance entre le ciel et l'eau. 1 Les Occidentales, 12ième strophe du Siècle à aiguille, 2 Les Z'euilles d'Automne, 3eième vers de la poésie XIIème, 3 Le Naufragé, 192ième vers,

ARCADES AMPBO 1

VICTOR HUGO Jaillir sous son doigt souverain. | FRECHETTE Au bout de son doigt souverain.

VICTOR HUGO Prodigicux cyelope à la tonnante voir. ?

Echangaient leurs saluts de leurs lonnantes voir. THEOPHILE GAUTIER Avec ses flots fangeux de lourds quartiers de rocs. FRECHETTE De lourds quartiers de rocs de leur base arrachés, VICTOR HUGO Vous tes parmi nous la colombe de l'arche. 1 FRECHETTE Comme la colombe de l'arche.

VICTOR HUGO Sur ce fleuve qui glisse ainsi qu'une couleurre. * FRECHETTE Ainsi que la fouine, ainsi que la coulenvre.

Non, M. Fréchette, je ne vous reproche pas ces hémistiches, qui ne contiennent aucune pensée forte-

ment exprimée, aucune pensée comme celles qui se ; Ï

1. Les Chants du Crépuscule, 6èime strophe de Durs l'église de **° 2. Les Chants du Crépuscule, 33ième vers de 1 Curaris.

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