UNE TOUFFE DE CHEVEUX BLANCS
Tout ce que je viens de vous raconter s’est passé à Ia lettre.
Ce crâne qui se mouvail de lui-m£me, il y avait tout simplement un crapaud dessous.
S'il est vrai qu'il y a dans la dernière phrase un contresens,—la tête de mort n°2 ne se mouvait pas d'elle-même, puisqu'un crapaud la faisait marcher, — en revanche, quel trait de génie M. Fréchette a eu pour fourrer dans le crâne de la dictée française un
batracien à la place d’un rongeur, ou plutôt pour sortir de son crâne le ‘crapaud qu’on vient de voir s’avancer d'une facon si horripilante !
Done, plus on étudie l’œuvre du lauréat, plus on est convaincu de sa fourberie et de son impuissance : et je ne crains pas d'affirmer qu'il arrive aussi souvent à M. Fréchette de voler quand il fait de la prose que lorsqu'il fait des vers, ce qui n’est pas peu dire.
Aussi, pas plus tard que l'automne dernier, au moment même où tout le monde était stupéfié des révélations que je venais de faire contre le lauréat, celui-ci osait encore plagier Eugène Sue, pour tâcher de donner quelque intérêt à un très ennuyeux article qu’il publia dans la Patrie du 21 octobre.
Je fus averti de cette nouvelle escroquerie par un billét anonyme que je trouvai, un matin, sur mon
bureau, et qui était ainsi conçu :
© Québec, 3 nov. 1898.
Mon cher Monsieur,
Comme vous me semblez plus que jamais déterminé à faire connaître M. Fréchette tel qu'il est, je me permets de vous signaler un chapitre des Mystères de Paris, intitulé : Déjeuner de garçons, où vous constaterez que le lauréat, comme vous l’appelez, s’est servi largement pour une scène qu'il vient de décrire dans ses Notes sur Chicago.