‹ Le lauréat [microforme]Chapitre 63 sur 66 · LE LAURÉAT BERTHET · texte numérisé non relu

LE LAURÉAT BERTHET

—Je ne l’obtiendrais pis, et Linguard, prenant l'alarme à ma vue, redoublerait de rigueur envers cette malheureuse enfant. Et, Monsieur, il faut vous avouer la vérité, quelques mots de la lettre d’ Elizabeth me font craindre que l’on n'ait l'intention d'exercer sur elle d’indignes violences.

FRECHETTE Je ne l’obtiendrais pas, et Jolin, prenant l'alarme à ma vue, redoublerait de rigueur envers cette malheureuse enfant. Monsieur, il faut vous avouer la vérité, quelques mots de la lettre de Blanche me font craindre que l’on n'ait l'intention d'exercer sur elle d’indignes violences.

Quel habile assimilateur que ce M. Fréchette! Il a réussi à remplacer Linguard par Jolin et Elizabeth par Blanche.

Bravo, monsieur Fréchette, bravo !

Encore une fois, le lauréat n’a fait que transcrire le Bonhomme dans la lune, et je crois pouvoir en dénicher l’original avant que le grand inspiré publie un nouveau conte de Noël dans l’un ou l’autre des

journaux qre je viens de nommer.

En attendant, que M. Fréchette s’archoute bien

sur ses jambes.

Le sac aux surprises n’est pas près d’être vidé.

Se voyant tout à coup dépouillé du manteau d'emprunt dont le fallacieux éclat avait si longtemps ébloui les lunettes des sociétés d’admiration mutuelle de Québec et de Montréal, comprenant que, une fois ses plagiats et ses rabâchages connus, il ne lui resteait rien, absolument rien de sa renommée littéraire, M. Fréchette, dès mes premiers articles sur son œuvre poétique, voulut faire croire à ses compatriotes qu’il savait, au moins, le français, s’il n'avait plus d'autre titre à leur admiration.

Pour prouver ses connaissances lexicologiques, le collaborateur d’Elie Berthet, son gros Larousse tout grand ouvert devant lui, se prit à publier, au milieu de l’été dernier, sous le titre : À travers le dictionnaire et la grammaire, une série d'articles qui dure encore, et sans doute devra durer aussi longtemps qu'il croira que son érudition apparente sauve sa réputation de lettré.

Drapé dans sa dignité bien connue de poseur, M. Fréchette Gébuta, dans ce nouveau genre de littérature, en alignant dans la Patrie une longue suite d'anglicismes, que tout le monde connaissait comme tels, donna leurs équivalents en français, ce qui n’était pas le pont Victoria à construire, et du mème coup invita le publie à lui demander toutes les explications dont chacun pourrait avoir besoin pour bien parler et bien écrire.

Et tout de suite parut dans le coin réservé aux lecons du maître d'école de la rue Sherbrooke toute une pléthore de questions que, sous des pseudonymes, des personnes de toutes les parties du Canada, voire même des Etats-Unis, posaient, chaque semaine, au lauréat, sur la signification de tel ou tel vocable,

sur la valeur de telle ou telle expression.

Et, naturellement, les réponses de M. Fréchette:

afuaient en proportion.

Jamais on n'avait vu une pareille ardeur à vouloir s'instruire chez les Canadiens, d'ordinaire si peu

soucieux de corriger leur langage.

Cette ardeur, au lieu de diminuer avec le temps, s’est maintenue très vive, et elle n’est pas près, j’en suis sûr, de s’éteindre, pour la simple raison que les trois quarts et demi des questions adressées au maître d'école de la rue Sherbrooke sont écrites de. la propre main du lauréat, qui veut laisser entendre

LINGUISTE 247 t ses amis les ennemis, selon son expression, que beaucoup de personnes ont encore foi en sa compétence littéraire.

Si M. Fréchette croit faire avaler cela, il est dans une erreur bien profonde.

Une des plus fortes preuves que les lettres de: correspondants de la Patrie touchant les dificultés grammaticales de la langue française sont écrites rue Sherbrooke, c’est que, chaque fois qu'au cours d’une de mes critiques de l'été dernier je reprochais à M. Fréchette des fautes de langüe ou de prosodie, j'étais sûr de voir, la semaine suivante, un semblant de réponse dans une des colonnes réservées à l’épurement de notre idiome ; et quelques citations que je ferai de mes articles du Courrier et de ce qu'y répondait le lauréat vont, je crois, intéresser le

lecteur :

CHAPMAN

Tout ceia est simplement de la prose rimée, et à la nui brune me semble mille fois inférieur à la brunante de M. Faucher de Saint-Maurice.

Uu Québecrquois m'écrit :

M. Faucher de Saint-Maurice à intitulé un de ses ouvrages : À la brunante, est-ce correct ?

Rép—A la brunante est une expression locale. En en faisant un titre de volume, M. Faucher était dans son droit ; c’est même là un titre très pittoresque. Mais cela ne doit pas faire oublier que, toute jalie qu’elle est, l'expression n'est pas française. Il faut dire à la brune, à lux nuit brune,

Quoi qu’en dise M. Fréchette, qui n'a pas le courage, et pour cause, de me répondre sous sa signature, 1l est certain que si à la brune, comme locution, est français, à La nuit brune n’est visible ni

dans Larousse, ni dans Bescherelle, ni dans Littré.

CHAPMAN

Premnicres saisons :

C'est encore Sauriol qui, dans l'ombre posté, Tire sur les Anglais, et Les crible à outrance,

[ya ici un hiatus et une grosse niaïserie, etc. FRECHETTE

Un versificatour désire savoir, si * peu à peu ‘peut entrer dans un vers,

Ce peut, qui vient immédiatement à la suite de peur à peu, est très harmonieux, n'est-ce pas ?

Un versilicateur désire savoir, si peu à peu peut entrer dans un vers.

Réponse :—Certainement, puisqu'il y a exception pour tout ce qui fait locution, comme çà et là, un à un, à outrance, ete...

Parbleu les vicilles règles ont du bon, mais seulement lorsqu'elles ne font pas de mal.

M. de La Palisse-Fréchette vient de prouver encore son ignorance, en insinuant que ce sont les poètes français du jour qui font entrer dans leurs vers peu à peu, à outrance, etc.

Bien au contraire, les locutions comme celles que je reprochais, l’été dernier, au lauréat, étaient usitées en poésie du temps de Mathurin Régnier ; et il n’y

LINGUISTE 249 a que les arriérés qui pourraient s'en servir encore, comme le prétend avec tant de justesse le célèbre philologue Quitard, qui, après avoir admis qu'on tolérait autrefois certains hiatus dans le bas comique, ajoute :

# Faut-il conclure de là que la règle puisse étre arbitrairement méconnue ? Non, certes ; car il en résulterait une foule d'abus. Nous en avons eu la preuve à l’époque où des romantiques en sous-ordre ne craignaient pas de remettre fn pratique de vieilles doctrines qui autorisaient quelques hiatus. Ces novateurs rétrogrades croyaient faire merveille en hérissant leurs vers des expressions tu as, tu es, il y a, çà et là, peu à peu, un à un, etc.”

Comme Quitard est une aussi forte autorité que notre poète national, ee qu'il dit relativement à pes à pen, ete ; règle donc la question, de même que les réponses à mes critiques du Courrier établissent que M. Fréchette s'adresse les lettres qui paraissent dans la Patrie à propos de linguistique.

Mais M. Fréchette ne s'adresse pas seulement des lettres pour se défendre contre mes critiques ; il s’en écrit pour injurier ceux qui le plaisantent sur son rôle de maître d'école.

Lisez :

Ma Leçon de français hebdomadaire va consister pour cette semaine dans l’article suivant adressé à la Patrie par un citoyen qui s’est instruit lui-même, presque sans livres, rien que par son intelligence, son courage et son amour de l'étude :

# Un nouveau champion.

# Encore un qui jaloux du bon effet qu'ont sur les masses

les bonnes leçons de français publiées dans ln Patrie du samedi, vient tout à coup se faire le champion des vicilles choses démodées, et tenter un nouvel effort pour enrayer le progrès, C’est peut-être le plus fort de toute ln Baillargerie, celui-là, C’est peut-être aussi un nouvel exploiteur de mines, qui se cache sous le voile de l’anonyme pour nous faire part de ses exploitations.

# Vexé de ce que certains Canadiens—en tète desquels nous reconnaissons M, Louis Fréchette—ont assez de patriotisme pour essayer de corriger notre mauvais français, ce Le prend sa plume pour dire qu'il faudrait arrêter il, ete,

Deux grandes colonnes sur ce ton pour essayer de démontrer que M. Fréchette est compétent en fait. de lexicologic ; et les allusions à l’abbé Baillairgé et au P. Lacasse, qui sont tous deux, par le temps qui court, le cauchemar du lauréat, sont assez probantes pour établir parfaitement, à elles seules, que celui-ci est l’auteur de tout ce prétentieux verbiage.

Dans un autre numéro du journal de son cœur, toujours pour tâcher de faire croire qu’on s'occupe de lui comme linguiste, et à l'instar de ces vendeurs de remèdes brevetés qui prétendent être constamment ensevelis sous un amoncellement de commandes, le lauréat écrivait les lignes suivantes :

J'ai devant moi un tel encombrement de questions, que,

pour être plus méthodique, je procéderai dorénavant par ordre de dates.

Après une telle déclaration, on était en droit, n'est-ce pas, de s'attendre à ce que M. Fréchette

LINGUISTE 251 lançât, à la première occasion, une bordée de réponses à ceux qui devaient être si impatients de

corriger leur langage.

Au grand étonnement de tous, la Putrie du samedi suivant ne contenait pas un traître mot à l'adresse des nombreux correspondants du lawréat, mais, par contre, on y pouvait lire une lettre d’une colonne et demie que M. Fréchette s'était encore adressée, et dont j'extrais le passage suivant :

L'autorité qui s'attache à votre nom, et l'avantage que vous avez d'être né dans le pays même vous permettent de donner à vos compatriotes des conseils qui seraient moins bien acceptés d'écrivains de nationalité simplement franqaise,

N'était-ce pas écœurant de voir un éerivain faire ainsi son propre éloge ? N’était-ce pas révoltant de voir M. Fréchette—même s'il n’eût pas été l’auteur d’une pareille réelame—la publier dans les colonnes

dont il a le contrôle comme magister ?

Enfin, se disait-on, le prochain numéro dela Patrie ne peut manquer d'être littéralement couvert de questions et de réponses touchant les lecons de francais de M. Fréchette.

Cette fois encore, pas plus de leçons que sur la main ; mais, en revanche, une lettre interminable que le lauréat attribuait hypocritement à l’un de ses ennemis, et dans laquelle il avait glissé toute espèce d’anglicismes et d’incorrections pour tâcher de jeter

du discrédit sur ceux qui ne veulent pas se laisser endoctriner par l’auteur d'Originaux et Détraqués, pourtant si désireux d'introduire dans notre langage les innovations de Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Henri Roujon ct autres décadents de même couvée.

Le début de la lettre en question se lisait ainsi :

Je suis avec intérêt les efforts que vous faites dans Ja Patrie pour réformer le langage de nos Canadiens.

Je ne veux pas compéter avec les Académiciens ; mais, tout en ne méconnaissant pas vos bonnes intentions, permettez-moi de vous dire que vous faites fausse route et que vous voulez substituer à notre langage si pur et si correct un idiome défectueux, et je dirai semi-barbare,

Nous parlons et nous écrivons le français du siècle de Louis XIV, la belle langue de Fénelon et de Molière. Les hommes soucieux de Ja pureté du langage s’objecteronttoujours à cette invasion de mots, de locutions bizarres, inintelligibles et ridicules qui ont originé dans les écrivains ‘10 la fin de ce siècle.

J'avais fait dernièrement une application à mon libraire pour qu’il me procure quelques livres de Zola, Catulle Mendes, Armand Silvestre, mais j'ai bien mal énvesti mon argent. Bon Dieu ! quel charabia, quelle lourdeur d'esprit et de style! Je vous avoue que j'ai peine à les comprendre,

Il faut être bien smart pour débrouiller ce grimoire. A qui fera-t-on accroire que c'est là un beau langage. Plutôt que de rencontrer un payement pour une pareille littérature, mieux vaut encore, n’en déplaise à messieurs de la Tempérance, se régaler de quelques verres dans une bar, où mieux encore, faire l'acquisition d'un bon capot à fourrures, ete,

Décidément, M. Fréchette prend ses lecteurs pour des jobards.

Toujours est-il qu'il a été trop maladroit pour

donner quelque apparence d’authenticité à la lettre d’Un vieux castor ; et les expressions smart, capot à fourrures, bar, rencontrer un payement, etc., dans une phraséologie dont l’ensemble est parfaitement francais, et dont l’auteur veut démontrer au lauréat que notre langage est celui du siècle de Molière,-—sont tout ce qu'un cerveau malade et dépravé peut imaginer de plus sot et le plus hypocrite.

Quoi qu'il en soit de tout ce qui précède, voici la raison qui doit par-dessus tout faire comprendre que M. Fréchette n’a reçu aucune lettre touchant les difficultés grammaticales de la langue française : ceux qui pourraient d'aventure lui écrire à ce sujet seraient les journalistes, quelques rares négociants, les membres du clergé et des professions libérales, et, tout naturellement, ces personnes ne lui écrivent pas, ayant, comme le lauréat, des dictionnaires qu'ils

consultent à loisir.

Quant aux gens du peuple, qui, iei comme ailleurs, se soucient du beau langage comme du shah de Perse, ce serait, par ma foi! le comble de la naïveté que de croire qu’ils prennent la peine de faire une lettre, d’y apposer un timbre, et d’aller porter le tout au bureau de poste, à seule fin de flatter la superbe du maître d'école de la rue Sherbrooke.

Non, personne ne s'adresse au poète national pour se faire éclairer, et tout cet étalage d’érudition à

coups de dictionnaire ne servira guère à faire voguer plus légèrement la gatère où il est condamné à ramer jusqu'à la fin de ses jours, en expiation de tous ses vols.

Et puis, supposons, pour un instant, que les correspondants de la Patrie soient des étrangers, et que M. Fréchette puisse leur répondre mieux que personne sur les difficultés lexicographiques du français.

Qu'est-ce que cela prouve ?

Tout simplement que M. Fréchette a les meilleurs dictionnaires qui aient été publiés jusqu'ici, qu’il a le temps de les feuilleter, et que M. Beaugrand tolère ses leçons de linguistique comme il laisserait le premier hâbleur venu jouer du tam-tam au profit

de son journal,

Au reste, ce qui frappe tout de suite un homme instruit en face de la voyante rubrique : À travers le dictionnaire et la grammaire, c’est que le poète national devrait bien se corriger lui-même avant de corriger les autres.

En effet, de tous ceux qui tiennent une plume au Canada, l’auteur d'Originaur et Détraqués est peutêtre celui qui sait moins le français.

Le lauréat n’a aucunen'ent le génie de la langue,

et l'absence de toute logique dans sa prose ordinaire

ou sa prose rimée fait de ce poseur éhonté l’auteur le plus saugrenu que je connaisse.

Bien qu’il sache—je l’admets—assez bien l'anglais pour éviter les anglicismes qui déparent généralement le style des écrivains canadiens, il en commet encore assez souvent, comme je vais le démontrer dans le présent article.

Mais, encore une fois, ee qui gâte surtout sa phraséologie, c’est l’illogisme :; et la mise en relief des fautes de toute sorte que j'ai relevées un peu au hasard dans quelques-uns de ses écrits en prose, va prouver que M. Fréchette doit avoir complètement perdu le reste, comme on dit, pour s'être donné

comme juge en linguistique.

Commençons par examiner quelques-unes des fautes grammaticales qui se trouvent dans les lettres qu'il adressait, en 1871, à M. Routhicr :

C'est une nouvelle qualité que j'ajoute à toutes celles pour lesquelles je vous ai donné crédit,

Un bel anglicisme, n'est-ce pas, and ÿE is to your credit, M. Kréchette.

TL est heureux que vous ayez compris que vous commettiez une pyramidale naïveté, en niant emphatiquement avoir jamais accusé M. Pelletier d'avoir démoli la +: Ilonne Vendôme, etc.

Emphutiquement (emphatically) est presque aussi pyramidal, comme anglicisme, que l'ignorance et

l'infatuation de M. Fréchette, et assurément tout aussi monumental que la colonne Vendôme, à laquelie le poète national s'est comparé dans une de ses lettres à M. l'abbé Baillairge.

La moindre chose, ee me semble, qu'on puisse exiger d’un adversaire, c'est au moins assez d'intelligence pour comprendre ce que parler veut dire.

Je vois que M. Fréchette ne sait pas, lui, non plus, ce que c'est que parler, et son au moins, qui vient \ . .. re après sa moindre chose, est le comble de l'inexpérience chez un homme qui à la prétention d’être un lettré.

En rebächant toujours la même rengaine, ete.

Rabâcher—non pas rebâcher—signitiant revenir souvent et inutilement sur ce qu'on a dit, et une rengaine étant une chose que quelqu'un répète à satiété, il s'ensuit done que, en reprochant à M. Routhier de rabâcher toujours la même rengaine, vous vous êtes, M, Fréchette, platement aplati dans un pléonasme,

Vous sentez bien qu’en face d'un adversaire de cette force, un homme sérieux n’a rien de mieux à faire qu'à cesser toute discussion.

Et moi, je vous dis, M. Fréchette, que, vu votre ignorance du français, vous mavez rien de mieux à

faire que de cesser d'écrire.

Nous en serons mieux, et vous n’en serez pas pire.

Pire étant synonyme de plus mauvais, plus nuisible,

LINGUISTE 957 vous atriez dû dire à votre adversaire: ‘ Nous en

serons mieux et vous n’en serez pas plus mal.”

Un écolier de dix ans vous aarait appris cela, M. Fréchette.

Je suppose que c'est aussi grace à eotte sèéconde vue dont vous êtes doué, que vous avez découvert que j'avais diffamé les institutions de mon pays, et que vous avez écrit, tont en m'appelant votre ami, que je glissais sur la pente de lirréligion,

C'est un fanicux maître d'école que ce M. KFréchette, que l’on a acclamé pour des vers qu’il avait pris dans les volumes qu'a publiés Vietor Hugo, le

\ e À A A poète lyrique que fout le monde connaît.

Si la victime n'est pas de ceux qui ont l'habitude de

monter sur les toits pour faire leurs actes de vertus théologules, ete.

Comprends pas.

Quelqu'un pourrait peut-être s'étonner de ce que quelques milliers d'émigrants Canadiens pussent exercer, ete.

Ce pussent, qui vient après ce pourrait suivi de peut-être dans une phrase de deux lignes, fait un très bel eftet.

Il est surprenant cependant que nos hommes d'Etat et nos journalistes n'aient pas encore songé à cela, et qu'ils persistent à considérer l'émigration comme une plaie à lu quelle il fuille porter remède.

Il faut, M. Fréchette, que vous retourniez à l’école pour savoir jusqu'où l’influence du que du subjonctif

peut se faire sentir dans une p‘riode.

Lorsqu'on se trouve comme au coin d'un bois où il faille,ete. Ce Jaille-là est assurément une toquade.

Lorsqu'on se trouve comme au coin d'un bois où il faille défendre sa réputation contre des voleurs de grand chemin, etc. Avez-vous jamais entendu parler de voleurs de

grand chemin— sans s—embusqués au coin d’un bois

pour voler la réputation des poètes ?

Tandis que vous étiez en frais, vous auriez pu citer aussi mes vers.

En frais de quoi, M. Fréchette ?

Je soumettrai aussi à vcs dévotes méditations ce que Jésus disait du pharisien hypocrite qui se tenait debout dans le devant du temple.

Mais si le pharisien était dansle devant du temple, le publieain, qu’il ne faut pas oublier ici, était donc dans le derrière,

Je pourrais vous citer d’ici à demain des fautes et des ineptics comme celles-là, toutes prises dans les lettres que M. Fréchette adressait autrefois dans l'Evénement à M. Routhier. Mais je garde de l’espace pour celles qu’on trouve dans Originaur et Ditraqués, le dernier volume du lauréat.

Je prends le dessus du panier :

La dernière note de l’intonation s’éteignait à peine, et le

chœur n’avait pas encore eu le temps de reprendre la continuation de l’antienne, cte.

On reprend où l’on continue une antienne, M.

Fréchette, mais on ne reprend pas une continuation, et la redondance que je viens de souligner prouve encore une fois que vous n'avez pas la logique du

langage.

Sa vie tout entiire fut une plaisanterie perpétuelle.

Vous avez encore commis là une affreuse redondance, M. Fréchette, et vous auriez dû vous borner à dire : Sa vie fut une plaisanterie perpétuelle, ou bien ‘ sa vie tout entière fut une plaisanterie.”

Comprenez-vous la différence ?

Plus d'uneurent à s'en repentir.

Ce pluriel, qu'emploient si souvent les journalistes canadiens, est une grosse faute, et la petite grammaire de Lhomond vous l'aurait fait éviter, monsieur le puriste.

Et puis, il y ax dans plus d’un eurent unc sorte d’hiatus auprès duquel peu à peu et à outrance sont de véritables soupirs de harpe éolienne.

. Il les servait souvent à la Jocrisse, et montait tout aussi bien une scie à un prince de l'Eglise qu’à un cocher de la place.

Un cocher de place, M. Fréchette, un cocher de place.

On cite même un nommé Vaillancourt qui en fut quitte

pour un œil crevé ; et—disons-le «u crédit de l'humanité québecquoise, ete.

On voit que, depuis 1871, vous ne vous êtes guère corrigé de vos anglicismes, monsieur le linguiste, et cet au créditto the credil,—que je vous ai déjà signalé, n’est pas à votre louange, locution dont vous auriez pu vous servir avec avantage au sujet de humanité québecquoise,

Quel était l'individu assez irrévérencieux pour oser troubler l'oflice divin par une farce de ce calibre ?

Onlesut bientôt, Du reste, la voix n'était pas inconnue, Elle appartenait à un pauvre innocent de bon garçon, etc.

Cette manière de dire que la voix qui avait troublé l'office divin était celle d’un pauvre innocent est tout à fait pittoresque, et l’on ne peut s'empêcher de songer que le lauréat n'aurait pas autrement répondu, si quelqu'un lui eût demandé :—A qui était la vache ?

--Elle appartenait, ete,

(Chouinard) portait à pied cette lettre à Kamouraska, à Riinouski, au Bic, à Matane, et, naturellement, à n'importe quel point intermédiaire, la livrant ex nains propres on à domicile, ete.”

D'après la phrase ci-dessus on croit que, lorsque Chouinard livrait la lettre dont il était porteur en mains propres, celui à qui elle était adressée n'était pas à son domicile,

M. Fréchette aurait dû dire que Chouinard livrait la lettre au destinataire lui-même ou à quelqu’nn de

sa maison.

“ Avec de grands airs de dévotion qui n'imposaient pas à tout 16 monde."

Interrogez votre Larousse, monsieur le maître d'école, et vous verrez que le verbe en ‘mposer existe, -et sachez, en attendant, que toutes vos lecons de français n’en imposent à personne,

Et puis,—j'oubliais,—un homme peut fort bien avoir l'air d’un dévot, mais jamais il n’a des airs de

’ . \ . . A dévotion,--à moins que ce ne soit un maître de... chapelle.

Quand vous aurez étudié encore quelques années dans votre Larousse, vous vous apercevrez peut-être de la nuance qu'il y a là.

{la brune, il entrait—n'importe où.

Pourquoi, monsieur Fréchette, ne vous êtes-vous

pas servi là de la locution à læ@ nuit brune ?

Sans doute, parce que dans votre prose vous n'aviez pas besoin de chevilles, —dont vous faites un si grand usage dans vos vers.

Et nous vîmes apparaître un succulent pâté d’airelles, ou, pour me servir de la langue du pays, un suecculent pâté aux bleuets qui fut accueilli par des bravos enthousiastes,

Littré va vous prouver, monsieur le lexicologue, qu'un pâté auc bluets n’est pas aussi mal que vous voulez le laisser entendre, car il dit :

Bot. Bluet du Canada. Nom vulgaire d'une espèce du genre airelle,

Ainsi done, puisque notre bluet a fait assez sûrement son petit bonhomme de chemin pour pénétrer chez Littré, servez-vous-en, monsieur Fréchette, et eachez votre pâté d’airelles, qui fleure son pédant à dix pas.

.…©t s'achemina clapin-clopant ete.

On dit : ‘clopin-clopant, monsieur le lexicographe.

Nous échangeñmes une cordiale poignée de maüns,

M. Fréchette a cru que, puisqu'il y avait là deux mains qui se touchaient, le pluriel était de rigueur, ou bien qu’on pouvait dire : une poignée de mains, comme on dit : une poignée de... .dragées.

Très fort sur le francais, notre homme.

Mais cette brusquerie x'#mposait à personne,

Je le répète, le verbe en imposer existe, et son emploi s’inposait encore là.

Tout cela s'épanouissait entre deux vastes oreilles dont

la flaccidité flottait au moindre courant d'air.

L'état d’une chose qui est flasque flottant au moindre courant d'air, ça, c’est du Fréchette tout

craché, par exemple.

Mais ce qui attira mon attenticn particulière, cte.

J’attire ‘ particulièrement l'attention ” sur ce

charabia.

Pauvre Drapeau, il dort aujourd'hui son dernier somme duns le vieux cimetière de Saint-Michel de Bellechasse, côte à côte avec ses pères, attendant comme eur et avec eux la miséricorde de Celui qui pardonne à ceux qui ont beaucoup aimé.

D'après ce qu'on peut voir, il est certain que Drapeau, qui dort côte à côte avec ses pères, attendant avec eur et comme eux la miséricorde divine, ne quittera pas le cimetière de Saïint-Michel-dle-Belle

chasse pour s’en aller tout seul an paradis, .…0t Marcel Aubin efe:tua son apparition, Pas de commentaire possible.

[1 disparat un jour,sans prendre congé de personne, et l'on n'a jamais su ce qu'il étuit devenu depuis,

La phrase ci-dessus, qui n'avait pas plus besoin de l’appendice caudal depuis qu'un chat n’a besoin de deux queues, comme on dit vulgairement, prouve bien, à elle seule, que M. Fréchette devrait suspendre pour quelque temps ses lecons de la Patrie pour étudier encore un peu le français.

Avant de fermer Originaux et Détraqués, luissezmoi vous dire à quelle occasion ce volume a été écrit, ce qui en fuit le sujet, et ce qu'il vaut à tous

les points de vue.

Voici :

Lorsque le notoire Filiatrault fonda le C'arada- Revue, il eut. ca se comprend, le soin de s’assurer ? 2-3 9 ,

moyennant finance, de la collaboration de M.

Fréchette.

N'ayant aucun bagage dont il pût tirer parti pour la nouvelle publication,—les aigles, eux-mêmes ne peuvent pas toujours voler, n'est-ce pas, —le lauréat erut faire merveille en écrivant les monographies de douze fous, qu'ilavait connus dans sa jeunesse et avec

lesquels il semble avoir été intimement lié,

Ces pauvres fous, 1l les à portraiturés d'une manière tout à fait injuste, et il a, par endroits, tellement outré Icurs faits ct gestes, que je suis à me demander si le nom de M. Fréchette n’a pas été oublié parmi ceux qu'il a voulu immortaliser.

Cette impression qui doit venir à tous ceux qui lisent le dernier voiume du lauréat a inspiré À un étudiant de ma connaissance l’idée de parodier les vers que M. Fréchette a mis en tête de la dernière édition de PAistoire du Canada de Garneau. Je ne puis résister à la tentation de citer une strophe

de cette parodie :

Tu chantes Grosperrin ; tous nos fous, tu les comptes. Avec quel merveilleux brio tu nous racontes Les exploits de Dupil, que tu connais si bien. Mais, parmi les grands noms qui brillent dans ton livre, Il en manque un qui doit survivre, Et ce nom, Louis, c'est Le tien.

Que le nom de M. Fréchette ait été oublié ou

LINGUISTE 265 non, il suffit de lire quelques pages d'Originaur et Détraqués pour savoir que son auteur doit être parfaitement conscient du mépris qu’il inspire, pour avoir osé, par pur amour de l'argent, peindre les hideurs qui font le sujet du volume en question ; et tous les calembours latins ou français—déjà usés du temps de nos arrière-œ ands-pères-—que le lauréat met dans la bouche de Chouinard, toutes les insanités qu'il fait rép'iter À Cardinal, tous les jurons dont il émaille la conversation de George Levesque, tout cela vous laisse l'impression qu'on éprouve devant les contorstons d’un bateleur en maillot sur les planches d’un théâtre en plein vent.

Encore, si M. Frécherte, malgr' les grossièretés qui foisonnent dans ses Originaur et Détraqués, eût montré quelque talent en peignant ses douze fypes québecquois !

Mais le lauréat a fait vec son dernier volume un four aussi désastreux que la veste qu'il à remportée avec la Légende d'un Peuple, dans laquelle, à part les vers volés, 1l n’y a pas une page qui porte le moindre reflet postique.

D'un bout à l’autre de l'ouvrage donné comme primeur dans le Cinad:-Revue, M. Fréchette cherche à faire rire le lecteur, et, quand il y réussit, ce n’est pas, croyez-moi, aux dépens de ses douze fous.

Chacane de s23 moaozranhies est d’un décousu..

haïllonneux.

On dirait que le lauréat a écrit la moitié de ses phrases isolément, sans aucun lien d'idées, et que, après les avoir réunies les unes à la suite des autres, il a ficelé le tout avec les Jocutions adverbiales au reste, au surplus, au demeurant, d’ailleurs, quoi qu’il en soit, ete., qui commencent presque chaque paragraphe.

Il y a là dedans, selon l'expression de François Coppée, assez de ficelles et de câbles pour gréer une frégate.

Une locution, entre autres, revient à tout bout de. champ, pour faire les transitions,—comme ïl est

facile de le voir par les citations suivantes :

Un jour, il faisait voir au directeur du collège, le même: M. Gingras dout j'ai parlé plus haut, ete.

Quelquelais, par exemple, les prédications assumaient un

caractère un peu moins inoffensif que celles dont j'ai parlé die haut.

Je l'ai cit plus haut, ses cheveux, qu'il portait longs, etc.

Je l'ai dit plus haut, l'homme que nous avions devant nous. était un être singulier.

Comme je l'ai dit plus haut, tout ccla se chantait ou se récitait, cte.

Le brave homme a d'ailleurs, conne je l'ai dit plus haut, ete,

De sorte que, à mon regret, je ne pus insister pour retenir notre hôte, lorsque, sur le seuil de la porte, avec le geste: inimitable dont j'ai parlé...

Mon brave père—il fut réveillé en sursaut, dans la nuit qui suivit le départ dont je viens de parler, ete.

Il menait, je lui dit plus haut, une vie nomade, etc.

Je vous l'ai dit au commencement, je ne sais si j'avais, cte.

Mais il s'acquittait surtout, le soir, à la veillée, en chantant soit les couplets que j'ai cités plus haut, ete.

Il n’y mettait même pas—je l'ai dit—cte.

Mais c'est lorsqu'il se rencontrait avec les enfants de Fécole, j'en ai donné une idée plus haut, etc.,

A part les fautes de français, les répétitions fastidieuses et les ficelles qui tant bien que mal tiennent debout la charpente de chaque monographie dont j'ai parlé plus haut, il y à dans Originaur et Détraqués des incohérences qui prêtent beaucoup plus à rire que les calembours de Chouiuard et les sacres de Levesque.

Il y en a une surtout que je tiens à vous faire voir.

li s'agit d’une séance littéraire que Grosperrin avait donnée dans un local grand comme la main, et où il se passa, selon M. Fréchette, une scène qui relègue à l'arrière-plan tout ce que les dramaturges d EAU . ÿ : . , passés ont pu inventer de plus imprévu et de plus incroyable comme coup de théâtre.

Jugez-en :

Les autres accessoires étaient réduits à leur plus simple

expression, mais en revanche l’estrade était éclairée par une chandelle de suif fichée dns un goulot de bouteille.

Et trente lignes plus loin :

Je n'ai jamais été témoin d’un hourvari pareil. Tout à coup : Crac ! Obscurité complète.

Un loustic, qui connaissait les êtres, avait eu l’idée d'aller tourner la clef du principal conduit à gaz.

Et la chandelle, rronsieur Fréchette, la chandelle.

J'ai donc fait voir assez de solécismes et assez de

contresens dans Îles lettres à M. Routhier et dans Originaux et Détraqués, pour établir que M. Fréchette ne sait pas du tout le francais, et qu’il est suprêmement ridicule pour lui de vouloir l’enseigner.

Et que serait-ce, si je me donnais la peine de fouiller dans les liasses de la Patrie, où le lauréat écrit régulièrement, chaque semaine, depuis une quinzaine

d'années !

Je ne puis cependant résister à l’envie de relever quelques-unes des fautes de français qu’il a éparpillées dans les derniers numéros du samedi de la feuille de M. Beaugrand.

Je prends au hasard dans le tas :

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