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Au mot Zowr de Nestes, page

laissaient transpirer au détenu qu’une faible lumière. En hiver, ces caves funestes sont des glacières, parce qu’elles sont assez élevées pour que le froid y pénètre; en été, ce sont des poêles humides où l’on étouffe, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher...

LAROUSSE

Les prisonniers étaient conduits à la Bastille par des exempts sur une simple lettre de cachet laissée peut-être aux mains d’une... avec le nom en blanc.

‘“ Pendant les sept années que j'ai passées à la Bastille, dit Palissery. je n’y avais point d’air durant la belle saison.

‘“ Mon grabat était insupportable, et les couvertures en étaient sales, percées de vers. Je buvais, ou plutôt je m’'empoisonnais d’une eau puante et corrompue. ‘Quel pain et quels aliments on m’apportait! des chiens affamés n’en auraient pas voulu. Aussi mon corps fut-il bientôt couvert de pustules; mes jambes s’ouvrirent, je crachai le sang ct j'eus le scorbut, Les cachots ne reccvaicnt l’air et le jour que par un étroit soupirail..... Les plus belles journées ne laissaient transpirer au détenu qu’une faible lumière. En hiver, ces caves funcstes sont des glacières, parce qu'elles sont assez élevées pour que le froid y pénètre ; en été, ce sont des poêles humides où l’on étouffe, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher. 1

FRECHETTE

Un jour, le malheureux (Latuae) écrivit à sa persécutrice (la Pompadour) un billet contenant ces mots: “Le 25 de ce mois de septembre 1760, il y aura cent mille heures que je

souffre.

LAROUSSE

Un jour, Latude put même faire parvenir à Mme de Pompadour un billet laconique où il lui disait : ‘“ Le 25 de ce mois de septembre 1760, il y aura cent mille hcures que je souffre,” ?

1 Au mot Pastille, page 335. 2 Au mot Zatude, page 245.

Parlant d’ITenri IT et de Diane de Poitiers, les deux écrivains s'accordent encore comme larrons

en foire :

FRECHETTE

IL (Henri ID) fit sculpter dans la pierre son propre chiffre, c'est-à-dire une H surmontée d’une couronne royale, entremêlée avecun D ct un croissant, chiffre et emblème de la fameuse...

On ne dit pas entremêlé avec, M. Fréchette, mais

bien entremêlé de.

Votre collaborateur aurait dû vous enseigner cela

Mais continuons à citer le lauréat :

Henri IT fit frapper des médailles en l'honneur de cette. On en voit une où elle est représentée avec ces mots en exergue : Omnium viclorem vici, j'ai vaincu le vainqueur de tous !

LAROUSSE

L'H de Ienri se mêle au D de Diane sur tous les murs dés résidences royales. Pour elle le roi fait frapper des médailles ; on en voit encore où Dianc est représentée foulant l'amour avec ces mots : “ Omnium viclorem vici,” j'ai vaincu le vainqueur de tous. 1

il lui fit cadeau de toutes les terres vacantes du royaume. LAROUSSE

Un jour, il lui donna toutes Les terres vacantes du royaume.

À propos de Louis XIV, les deux historiens s’entendent encore superbement :

1 Au mot Diane de Poitiers, page 732.

FRECHETTE

Plus tard, elle (Mme de Maintenon) fit chasser su bienfaitrice, (Mme de Montespan.)

Mre de Montespan, dit Eugène Pelletan, trahie et remplacée par la femme qu'elle avait prise par In mains

LAROUSSE

Mme de Montespan, dit Eugène Pelletan dans sa Décadence de la monarchie française, Mme de Montespan, trahie et remplacée par la femme qu’elle avait prise par la main...

Tout ce qu'on lit à propos du règne de Louis XV dans M. Fréchette a été écrit dans le même genre et avec les mêmes moyens ; mais il m’est impossible d’en citer autre chose qu’une couple de phrases, à propos du Parc-aux-Cerfs :

FRECHETTE

Le nombre de celles qui y furent conduites fut immense, dit Lacretelle. Elles étaient ensuites dotées ct marites à des hommes vils, etc.

LAROUSSE

La tradition et les témoignages de plusieurs personnes attachées à la cour, dit Lacretelle, etc. 1

M. Fréchette est donc convaincu une deuxième fois d’avoir volé Larousse ; et si jamais il publie une troisième édition de sa Petite Histoire des Rois de France, ct s’il enlève les citations que je viens de transcrire, comme il a fait disparaître celles que M. Chapais lui reprochait en 1882, je crois qu'il pourra loger ce qui restera dans une seule... .galée.

1 Au mot Parc-zux-Cerfs, page 205.

Encore, si M. Fréchette n’eût fait que plagier Larousse pour écrire son pamphlet anti-monarchique; mais ily a, de son chef, faussé l’histoire À chaque page, et, pour ne parler que des accusations portées contre Charlemagne, Jeanne de Navarre et Blanche de Castille,—il y a affirmé les choses les plus mensongères et les plus scélérates qui soient tombées de la plume d’un écrivain déterminé à tout dénaturer ct à tout salir.

Je l'ai déjà dit, le poète national a faussé aussi l’histoire dans sa Légende d’un Peuple, et une pièce de ce volume, les Lrcommuniés, est tout ce qu’il y a de plus monstrueux comme outrage à la vérité ctau sentiment religicux.

Pour prouver mon assertion, laissez-moi d’abord analyser les Æxrcommuniés, dont le plan, comme on le verra, est aussi incohérent que les faits qu’il renferme sont audacieusement défigurés :

. Québec était tombé. Un Bourbon avait livré le Canada à l'Angleterre. Ce fut un coup mortel, un long déchirement, quand nos populations entendirent le roi de France dire aux Saxons :—Prenez-les ! ma gloire n’en a plus besoin. Alors on entendit soixante mille voix crier :—* Nous serons français malgré la France”. Chacun a tenu parole, et maintenant, sous le sceptre anglais, les Canadiens conservent le culte dela France. Mais d’autres, (quels autres ?), repoussant tout servage, après avoir brûlé leur dernière

cartouche, révoltés impuissants, voulurent, libres même en face de la-mort, emporter au tombeau leur éternelle haine. En vain on invoqua l'autorité de Rome, en vain le prêtre déroula aux yeux de ces naïfs croyants les tableaux des châtiments que Dieu réserve aux superbes ; en vain l’on épuisa les menaces : menaces et sermons furent inutiles. —Non, disaient ces révoltés, nous sommes des Français, ct nul n’a le droit de nous vendre à l'enchère. Un jour, les foudres de l’execommunication tombèrent sur les rebelles. Z{ n’en resta que cinq. (Il n’en resta que cinq qui furent excommuniés ou qui ne le furent pas ?) Malgré les affronts, malgré les frayeurs, ces cinq-là ne voulurent servir d'autre Dieu que la France. Les excommuniés moururent, et furent enterrés, sans nrêtre, dans un des champs de Saint- Michel-de-Bellechasse, au délour d’une route fangeuse où la brule se vautre.

Et M. Fréchette termine sa pièce, dont la versification est boiteuse comme celle de Jean Sauriol et du Drapeau fantôme, en disant que chaque fois que le hasard le met sur la route en question, il découvre son front devant les tombes de ceux qui gardèrent

jusqu’à la mort la haine de l'Angleterre et l'amour de la France.

Encore une fois, tout cela est un monstrueux outragce à la vérité historique ct au sentiment religieux.

Non, mille fois non, jamais un Canadien n’a été

excommunié pour s'être, au lendemain de la reddi-

tion de Québec, révolté contre l’autorité anglaise, et

je vais facilement rétablir les faits dénaturés par M. Fréchette dans ses Excommuniés.

Voici :

Quatorze ans après la cession du Canada, les colonies de la Nouvelle-Angleterre voulurent s’émanciper de la tutelle de la mère patrice, et cherchèrent

à entraîner les Canadiens dans leur mouvement de révolte.

Le Congrès, après avoir ‘ adopté des résolutions ” exposant en détail les griefs des colonies naissantes, après avoir blâmé le parlement britannique d’avoir, par l’ Acte de Québec de 1774, accordé à nos compatriotes le libre exercice de leurs droits civils et religieux, envoya aux Canadiens une adresse qui fut répandue dans tout le pays par l’entremise d’un riche négociant de Montréal.

Cette adresse, qui avait été signée par les mêmes hommes qui faisaient un crime à l’ Angleterre de tolérer la religion catholique au Canada, disait hypocritement :

Saisissez l’occasion que la Providence elle-même vous présente. Osez être libres. Nous connaissons trop bier les sentiments généreux qui distinguent votre nation, pour croire que la différence de religion, vous détourne de faire

alliance et amitié avec nous. Vous n'ignorez pas qu'il est de la nature de la liberté d'élever au-dessus de toute faiblesse ceux que son amour unit pour la même cause, Les cantons suisses fournissent une preuve mémorable de cette vérité : ils sont composés de catholiques et de protestants, et cependant ils jouissent d'une paix parfaite ; grâce à cette concorde, qui constitue et maintient leur liberté, ils sont en état de défier et méme de détruire tout tyran qui voudrait la leur ravir,

Toutes ces belles promesses ne séduisirent qu’un petit nombre de naïfs, et les Américains, comprenant qu’ils ne pouvaient faire épouser leur cause par la majorité des Canadiens, résolurent d’envahir notre pays,

Aussitét cette résolution connue, le gouverneur Carleton proclama la loi martiale, le 9 juin 1775, et fit appel à la milice pour repousser les envahisseurs.

Mgr Briand, évêque de Québec, adressa à son clergé une circulaire dans laquelle il lui demandait : d'engager ses ouailles à prêter main forte à l'autorité militaire.

Cette circulaire, ou plutôt la proclamation de la loi martiale alarma nos populations, et força plusieurs personnes à sortir de la neutralité ct de l'indifférence où elles s’étaient tenues jusque-là.

Des émissaires bostonnais parcoururent nos campagnes pour engager les gens à se ranger sous le drapeau de l'indépendance, et leurs tentatives furent couronnées de succès en piusieurs localités, surtout à Sainte-Anne-de-la-Pocatière et à la Rivière-Ouelle.

Pendant ce temps-là deux corps d'armée amést

, , . , ’ 0 ' cains s'avançcaient, lun sur Montréal, l'autre ‘sur Québec,

Le général Montgomery, après avoir gagné à sa cause les cultivateurs de Chambly et des paroisses adjacentes, après avoir pris le fort de Saint-Jean, malgré l’héroïque défense de Carleton, attaqua successivement Montréal et Trois-Rivières, dont les habitants ne firent aucune résistance et sympathisèrent tout de suite avec les vainqueurs.

Carleton, obligé de retraiter devant l’ennemi, parvint à regagner Québec, qu’il mit aussitôt en état de soutenir un siège.

Mgr Briand, dit son biographe, Mgr Tètu, dans son remarquable ouvrage sur les évôques de Québec, faisait les vœux les plus ardents pour le succès des armes britanniques ; il connaissait la perfidie et Ia duplicité des Bostonnais; il n'avait pas perdu le souvenir des cruautés commises envers les pauvres Acadiens, et il ne désirait aucunement voir le pays changerde maîtres, au moment où la Grande-Bretagne venait d'accroître la somme de «cs libertés religieuses ct civiles, Aussi sctit-il un devoir d’exhorter toute Ja population canadienne de la ville à rester fidèle au rci et à se montrer plus loyale que les marchands anglais qui se retiraient en grand nombre à Charlesbourg ct à l'Ile d'Orléans.

Comme on voit, il s'agissait si peu d’une révolte de la population du Canada contre l’ Angleterre à cause de la France, que les marchands anglais euxmêmes sympathisaient avec les rebelles américains,

ct déscrtèrent Québec pour ne pas être obligés de le défendre.

Mais continuons à lire ce que Mgr Têtu dit sur le sujet :

La voix du premier pasteur fut écoutée; sa présence ranima le courage et ia confiance des citoyens; et, quand le gouverneur parcourut les rangs de la milice bourgeoise qu'il avait assemblée, en commençant par les Canadiens, tous l'acclamèrent ct lui promirent de cembattre comme de loyaux sujets pour sauver la patrie en danger.

Québec tint ferme contre les forces réunies de Montgomery et d’Arnold, et, grâce aux Canadiensfrançais, à qui Mgr Briand avait fait entendre la voix de la sagesse et de la loyauté, l'ennemi fut défait et dut battre en retraite, après avci: euhi des pertes considérables.

Cependant, le brandon de la révolte, allumé dans les paroisses des bords du Saint-Laurent, ne s’éteignit pas avec les feux des derniers bivouacs, et plusieurs endroits furent le théâtre de scènes déplorables.

Il y eut à Saint-Pierre de la Rivière-du-Sud une lutte sanglante entre les soldats de M. de Beaujeu et les rebelles, et M. l’abbé Baill y, l’aumônier du bataillon des royalistes, y fut grièvement blessé.

Des prêtres, qui combattaient l’insurrection et s’efforçaient d'empêcher l’effusion du sang, furent insultés même dans le lieu saint.

Pour tâcher de mettre fin aux désordres de ceux

qui persistaient à n’écouter que les pires ennemis de notre religion, coupables, à l'égard de nos frères les Acadiens, de la plus grande injustice qui ait déshonoré une race, Mgr Briand lança, en 1776, un nouveau mandement dont j’extrais les passages

suivants :

Non, Nos Très Chers Frères, les colonistes ne voulaient point votre bien ; ce n’est point une affection fraternelle qui les a amenés dans cette colonie; ce n’est point pour vois procurer une liberté dont vous jouissiez déjà avec tant davantage, et qui allait devenir encore plus brillante, qu'une poignée de gens, ni guerriers ni instruits de l’art militaire, sont venus s'emparer de ves campagnes et des villes de Montréal ct des Trois-Rivières sans défense...

Fermant les orcilles aux conseils de ceux qui vous aiment par les devoirs de la religion et du patriotisme, et les ouvrant trop aux discours malins, empoisonnés, intéressés ct pleins de fourberie de vos plus cruels ennemis, souffrez, encore une fois, que je vous dessille les yeux et que je vous découvre les ressorts criminels ct bien confusibles pour vous, qu’on «a employés pour vous perdre cet vous rendre indignes des faveurs de votre souverain,

Or, NT. C. F, ce sont là les crimes ct les trahisons que les colonistes méridiouaux ont commis à votre égard. Jaloux, disons plus, enragés des faveurs que le gouvernement vous accorde ct que vous n’avez pas assez connues, ils ont fait leurs efforts du côté de Londres pour les empêcher; et ils nese sont point encore désistés ; mais voyant toutes leurs menées inutiles, ils se sont tournés de votre côté.

Ils vous ont en conséquence représenté le Bill comme un attentat à votre liberté, comme tendant à vous remettre dans l'esclavage, à la merci de vos srigneurs et-de la noblesse ; ils vous ont promis l’exemption des rentes seigneuriales, ct vous avez aimé cette injustice ; et que vous ne paieriez plus

de dîmes, ct vous n'avez pas eu horreur de cette impie et sacrilège ingratitude envérs Dieu, sans la bénédiction duquel ni vos champs ne seraient fertiles, ni vos travaux ne réussiraient.

A quels dangers n’avez-vous pas exposé votre religion ! Quels obstacles n’avez-vous pas mis à votre salut !

Et 1° Nos Très Chers Frères, vous vous étes rendus parjures, crime des plus grands ; vous vous êtes impliqués dans tous les incendies ; vous vous êtes rendus criminels de toutes les morts qui sont de vrais assassinats, responsables de tous les torts faits au prochain, de toutes les pertes qu’il a essuyées, de toutes les dépenses que votre indocilité, et dans plusieurs la rébellion, a occasionnées au Gouvernement. Considerez donc après cela dans quel abîme de péchés vous vous êtes plongés.. Comment en sortir? Comment réparer le mal ? qui ne se pardonne pourtant point sans réparation, suivant l’asiome de saint Augustin : Non dimillitur pecca- Lui, nisi restituatur ablatum. Je vous avoue, mes Frères, que cette considération me navre le cœur depuis plus de dix mois Je n’ai pas craint la conquête de la colonie pour deux raisons : parce que j'avais confiance en Dieu et en notre sainte Protectrice, et parce que j'étais instruit des forces ennemies et de l’état de nos forces. Mais ce qui m’occupait, c'était votre salut, et de quelle manière je pourrais vous mettre en conscience, surtout pour la restitution. Et c’est surtout cet article qui me force À suspendre l'administration des sacrements jusqu’à ce que les affaires soient finies et que Sa Majesté ait accordé le pardon, la rémission, et l’amnistie.

2° A quel dangers n’avez-vous pas exposé votre religion! Vous ne les avez pas aperçus, ni compris, sans doute, Mes Frères ; je vous crois pour la plupart trop attachés à la religion de vos pères pour en vouloir changer, pour vouloir apostasier. Et cependant, il n’est que trop vrai que vous y courriez évidemment, et que si Dieu n'avait pas usé de miséricorde, vous deveniez en peu de temps, après la prise de Québec, des apostats, des schismatiques et de purs hérétiques, protestants du protestantisme le plus éloigné de la religion romaine cet son plus cruel ennemi. Car nulle autre secte

n’a persécuté les romains comme celle des Bostonnais ; nulle autre n’a outragé les prêtres, profané les églises, les reliques des saints, comme elle,

Et je ne vous mets pas vos crimes devant les yeux par un esprit de simple reproche, ni pour vous injurier, mais pour vous les faire envisager du côté de la religion, vous en faire comprendre toute l’énormité, afin que vous les pleuriez amèrement, et en fassiez une digne et convenable pénitence. qui vous en mérite du Seigneur un pardon entier et une totale rémission. C’est là le seul but de mes prières et de mes sacrifices. J'espère que le Seigneur les exaucera, ct que vous m'en donnerez des preuves consolantes avant que mon Créateur et mon Juge m'appelle à lui. Le charme tombera, vos yeux se dessilleront, vous rougirez de vos écarts, et tournant les yeux vers Jésus crucifié qui pria sur la croix pour ses bourreaux, persuadés de son infinie miséricorde, vous ne désespérerez pas de le flétrir, vous vous prosternerez avec un cœur contrit ct humilié aux pieds de ses ministres mêmes persécutés, méprisés et outragés, vous leur confesserez avec larmes vos désordres ; revenus de vos préventions contre eux, vous les remercierez de leur fermeté qui vous a épargné des absolutions et communions sacrilèges qui auraient augmenté le nombre de vos péchés et vous auraient entretenus dans l’aveuglement et conduits à l’endurcissement et à l’impénitence finale. Et je vous promets que vous les trouverez encorc pleins de cette charité et de cette compassion dont vous avez si souvent éprouvé les effets...

Mgr Briand n’a donc fait, et cela, bien à regret, que refuser les sacrements à ceux qui, n’écoutant que les embaucheurs des colonies de la Nouvelle-Angleterre, persistaient à vouloir répandre le sang. Il n'a donc excommunié personne, à cause de la France, dont il ne fut nullement question lors de lu petite rébellion de 1775-76, et M. Fréchette, en affirmant que cinq paysans furent maudits par leur évêque,

parce qu’ils s'obstinaient à rester Français sous le sceptre de l'Angleterre, à maculé son nom d’une tache ineffacable,

“ Le refus des sacrements, ordonné par l’évéque Briand, dit encore Mgr Têtu, ne dura pas longtemps, du moins dans la plupart des paroisses, car les habitants ne tardérent pas à écouter la voix de leur premier pasteur ct à se repentir de leur rebellion.

Quelques rebelles cependant ne voulurent jamais se soumettre ct recourir au tribunal de la miséricorde et du pardon, On en connaît cinq qui furent enterrés dans un champ, au quatrième rang des concessions de la paroisse de Saint- Michel de Bellechasse. Leurs corps furent exhnmés en 1880, et confiés à la partie du cimetière réservée aux enfants morts sans baptême. Ilest bien permis de s’apitoyer sur l’obstination et l'aveuglement de ces malheureux qui moururent ainsi dans l’impénitence finale, mais l’on ne saurait blâmer le grand évêque, qui, en les condamnant, ne fit que suivre les lois ordinaires de l'Eglise.

Les mesures de rigueur prises par Mer Briand ctaient non seulement conformes aux règles ecclésiastiques, mais ellcs étaient opportunes, et produisirent un execllent effet. Elles amenèrent la conversion presque immédiate des coupables et inspirèrent aux catholiques et aux protestants une plus. haute idée et un plus profond respect pour l'autorité de l'évêque.

Mgr Briand écrivait à une de ses sœurs, au sujet des. tristes événements qui venaient de se passer : ‘“ On peut dire que la conservation de la colonie au roi d'Angleterre cst le fruit de La fermeté du clergé et de sa fidélité ; car, quoique les peuples ne se soient pas opposés aux Bostonnais, ils ne se sont pas joints à eux, ct on ne compte pas cinq cents qui aient suivi l’armée; et encore le plus grand nombre n'étaient que des malheureux, des gueur ct des voyageurs,

Ce sont les exploits de ces gueuxr qui ont inspiré M. Fréchette ; et son biographe nous apprend dans les Hommes du Jour que le lauréat est satisfait de sa pièce, comme le prouvent les lignes qui suivent :

IL (M. Fréchette) ne manque pas une occasion de faire connaître Ics héroïques abandonnés, qui, sur ce continent, ont fait souche de nation. Leurs actes de bravoure, leur dévouement patriotique, leur fidélité à la France, il les proclame bien haut et sait les faire admirer.

—C'est un plaisir, me disait-il dernièrement, de voir combien les personnes instruites s'intéressent à nos grandes luttes. Ainsi, ajoutait-il, j'étais, il y a cinq ans, l'hôte de Mgr Thomas, fait cardinal au dernier consistoire. Nous étions réunis dans le salon du palais archiépiscopal, Mer Thomas avait auprès de lui un certain nombre de membres éminents de son clergé, et il me demanda de lui dire quelques uns de mes poèmes historiques. Après en avoir donné plusieurs, je me risque à déclamer les ÆErcommuniés, où, comme tu sais, je raconte la mort des derniers réfractaires à la domination anglaise maudits par Mer Briand et enterrés dans un champ sans les prières de l'Eglise. Je n'étais pas sans quelque inquiétude sur le sort de ma tentative ; pourtant, je remarquai, à ne pas m’y tromper, que le digne prélat me suivait avec une attention et un atténdrissement non dissimulés. Enfin, quand je terminai par ces vers:

Sans demander à Dieu si j'ai tort en cela, Je découvre 1on front devant ces tombes-là,

j’eus la joie d'entendre Mgr Thomas dire aux chanoines qui étaient les plus rapprochés de lui, de façon à ce que tout le monde entendît : ‘“ Je ne doute aucunement du salut de ces braves ; le patriotisme porté à cet excès est une veriu dont Dieu sait tenir compte.” Des paroles comme celles-là, ajoutait Fréchette en concluant, consolent de bien des injures,

L’imputation de M. Fréchette à l'endroit de Mgr Thomas est très grave.

J’ignore si les paroles qu’il lui prite ont été dites, et si, ayant été dites,-elles ont consolé M. Fréchette des injures qu’il a reçues pour ses Ercommuniés ; mais ce que je sais, par exemple, c’est que le grand prélat devra difficilement se consoler d’avoir été trompé de la sorte par un étranger, et qu'il lui faudra toute sa sainteté pour lui faire pardonner une fumisterie aussi révoltante.

Quoi qu'il en soit, M. Fréchette était connu jusqu’à présent comme poète lyrique, dramaturge, feuillctoniste, fabuliste, sonnetiste, linguiste,....et b'en d’autres choses en ste.

Désormais il sera connu aussi comme historien,

Il s’est donc distingué dans presque tous les genres de littérature.

Dans presque tous les genres il s’est fait une réputation, ct cette réputation est solidement fixée, puisqu'elle est À la chaîne, à la chaîne des pirates littéraires.

Et que le lauréat paie autant de parasites étrangers qu’il pourra pour se faire remettre à flot au moyen de la réclame, qu’il déchaîne tempête après tempête pour tâcher d’arrondir sa voile si tristement dégonfée, jamais il ne parviendra à renflouer sa barque crevée sur l’écucil du plagiat et du mensonge histotorique, enlizée dans l’ordure de sa Petite ITistoire des Rois de France ct de ses lettres an Père Lacasse.

Après avoir lu les nombreux articles dans lesquels J'ai réduit le lauréat à sa juste valeur, le public se demande, étonné, comment une pareille nullité était parvenue à se créer unc réputation d'écrivain.

Les causes du succès de M. Fréchette sont multiples et s’expliquent facilement.

Par suite du départ de Crémazie, il s’est trouvé seul à publier des vers dans les différents journaux et revues du pays.

Il a commencé d'écrire à une époque où la littérature nationale donnait à peine signe de vie, où il suiñisait 4e mettre son nom au bas d’un article quelconque pour passer pour un grand homme.

Il est le premier Canadien qui ait réuni ses poésies en un volume, et ce coup d'essai fut tout un événement,

La politique primant presque tout dans notre

province, son élection, comme député au parlement pour une circonscription électorale aussi importante que celle de Lévis, lui donna un prestige qui ne fit qu'accroître celui qu’il avait déjà comme poète.

Le miroitement des éeus accumulés inopinément devant lui —à la suite de son union avec une riche héritière—cblouit les yeux de la foule et lui fit prendre pour de l'or le elinquant qui brille dans ses opuscules,

Maïs les principales causes qui out permis à M. Fréchette de se hisser sur le pavois littéraire sont notre apathie en ce qui concerne les travaux intellectuels, l’absence parmi nous de toute critique, la rareté chez nos libraires des ouvrages dans lesquels il puisait à pleines mains, l’assiduité de plusieurs journaux à chanter ses louanges, ct, enfin, son couronnement par l’Académie française.

Aussi, parfaitement sûr que personne ne s'apercevait ni de ses plagiats ni du ridicule des éloges abracadabrants qu’une certaine presse ne cessait de lui prodiguer, le lauréat s’est fait toute la réclame qu'emploie un charlatan en train de populariser une nouvelle drogue.

Pour se faire mousser, il n’a reculé devant aucun moyen, ct, aa lendemain de la première représentation deson drame historique Papineau, dont toute l'intrigue a été prise dans les Anciens Canadiens de

M. de Gaspé, et dans lequel l’histoire est atrocement

faussée, on pouvait lire dans la Patrie les lignes suivantes, écrites probablement par M. Fréchette lui-même :

La patrie, dans son orgucil ct dans ses folles émotions de mère, presse sur son sein le sublime enfant qui, d’un seul coup de son aile de poète, vient de la placer à côté de la nation la plus avancée de la terre...

Avec son petit livre de poésies, Fréchette a fait ce que n'ont pu faire ni les plus vaillants guerriers ni les hommes d'Etat lés plus consommés.

IL est notre plus grande glaire nationale.

S'il était possible pour un homme des’abîmer sous le data de sa propre gloire, M. Fréchette aurait de quoi s’abîmer.

Son grand drame historique Papineau vient de le placer au premier rang des auteurs du genre.

La plus graude difficulté sera peut-ctre de savoir qui des deux fut le plus grand patriote, ou du héros (Papineau) ou de l’auteur de Papineau.

Quand on songe que pas une seule voix ne s’est clevée dans notre presse pour ridiculiser et stigmatiser à jamais l’imposteur qui a écrit ce qui précède ; quand on songe que cela a été lu en France, où nos journaux aujourd’hui pénètrent en nombre relativement considérable, on se sent ployer sous le poids de l’humiliation, on est envahi par un sentiment de tristesse qui nous fait désespérer de notre avenir intellectuel, on s’indigne, à bon droit, contre notre petit monde des lettres, qui pourraït peut-être laisser, sans protester, se répéter un acte de charlatanisme aussi bas et aussi déshonorant.

Enbhardi par le mutisme d’un publie qui venait d’avaler, sans mot dire, cette monstruosité de la Patrie, M. Fréchette publiait, presque dans le même temps, à la date du 14 juin 1880, à l’occasion du couronnement de ses Fleurs boréales, la non moins abracadabrante réclame que voici :

La première dépêche reçue de France par M. Fréchette, au sujet de son couronnement par l’Académie française, disait ln vérité, mais pas toute lu vérité. ,

Une deuxième dépêche, reçue samedi soir, annonce au poète que, non seulement ses œuvres ont été couronnées, mais qu'elles ont obtenu, de plus, le premier prix de poésie décerné par l’Académie,

A cette déclaration de M. Fréchette j’oppose le démenti le plus énergique dont je suis capable, — et je me fais fort de prouver dans un article ultérieur que le poète national n’a jamaïs obtenu de l’Académie française ni un premier, ni un deuxième, ni même un dernier prix de poésie, qu’il a reçu simplement une de ces gratuités que l'institution des Quarante accorde à ceux dont lesécrits en vers ou en prose ne contiennent rien de contraire à la morale.

Trois jours après la publication du petit article de la Patrie annonçant que M. Fréchette avait obtenu le premier prix de noésie décerné par l’Académie, le Free Press d'Ottawa, trompé par des intéressés qui touchent de près au lauréat, insérait la dépêche suivante : ”.

Les œuvres poétiques de M. L.-H. Fréchette ont été couronnées par l’Académie française, C’est le premier Canadien qui ait mérité un tel hommage. A l'exception de Victor Hugo, M. Frévhette l'emportesur tous les poètes français de notre époque.

Tout ce hourvari, à propos d’nn prix Montyon, d’un prix que seules les médiocrités acceptent, chauffa à blanc l'enthousiasme du public, et l’on fit au lauréat des ovations qu’on aurait peut-être refusées à un général d'armée au lendemain d’une

grande victoire ; on lui donna au Windsor un banquet qui comptait mille couverts et où l’on voyait réunie toute l'élite de la société de Montréal.

Tout cela est bien renversant, et cependant ce n’est rien, selon moi, à côté de ce que M. Fréchette disait, à la date du 21 décembre 1887, à un reporter de la Patrie, à son retour d’un voyage en France.

Lisez cette entrevue :

—Etes-vous entièrement satisfait de l'accueil qu'on vous a fait en France ?

—Je suis non seulement satisfait, mais encore je trouve qu'on s’est montré trop aimable pour moi. Je n'ai reçu que des marques de la plus chaude sympathie de la part des personnes les plus éminentes du pays, aussi bien dans la capitale que dans les diverses autres villes que j'ai visitées. Les individualités marquantes ont lutté d'amabilités avec les institutions littéraires pour me rendre le séjour de France le plus agréable possible... ss

M. Louis Ulbach a été jusqu’à m'ofirir de me proposer pour le premier siège qui serait vacant à l’Académie française, voulant, a-t-il déclaré, voir siéger le poète canadien parmi les immortels.

302 LE LAURÉAT Vraiment, on éprouve des haut-le-cœur devant une audace aussi niaise et aussi éhontée,

M. Fréchette membre de l’Académie française !

Quand une foule des plus grands écrivains de France ineurent, à un âge avancé, sans avoir pu faire partie de cet aréopage unique au monde, quand Leconte de Lisle s’est vu battu six ou sept fois avant : d'aller prendre le fauteuil laissé vacant par la mort de Victor Hugo, on viendrait chercher au Canada un plagiaire et une insignifiance comme l’auteur de Jean Sauriol et du Drapeau fantôme pour le faire siéger au milieu des hautes sommités artistiques, littéraires et scientifiques du siècle !

Je le répète, ça donne la nausée.

Mais continuez, si vous en avez le courage, à écouter ce que dit M. Fréchette au reporter de la Patrie :

—-Votre nouveau livre de poésie, la Légende d'un Peuple, a-t-il été bien accueilli ?

—Oui, je n'ai qu'à me féliciter du succès qui a accueilli sa publication.

La presse française en général en a fait les plus grands éloges et tous les littérateurs de la capitale ne m'ont pas marthandé leurs félicitations. La première édition du livre a été tirée à mille exemplaires qui se sont rapidement écoulés.

Les mille exemplaires de la Légende d’un Peuple se sont écoulés si rapidement à Paris, que, à part deux ou trois cents que M. Fréchette a envoyés

gratuitement aux littérateurs, aux intimes et aux journaux de France et du Canada, à part un bon nombre qu'il a distribués dans les librairies de Montréal et de Québec, il a trouvé moyen d'en vendre un demi-millier au gouvernement Mercier,

—J'étais en pourparlers avec mon éditeur pour en fuire tirer une nouvelle édition à meilleur marché, lorsque les erises que vient de traverser Paris : l'affaire Caflurel, l'élection d’un président, le changement d'un ministère, sont venues interrompre ces négociations.

De quel rire ont dû s’esclaffer les Parisiens en lisant cette déclaration de M. Fréchette, qui insinue que des incidents politiques pouvaient influer sur la publication d’une édition populaire d’un piètre volume de vers venant d’une colonie anglaise !

— Avez-vous un programme arrèté sur ce que vous vous proposez de faire ?

—QOui, je compte me rendre à Nicolet, où se trouve ma famille, dont j'ai été si longtemps séparé et que j'ai hâte de revoir. Je vais me mettre au travail immédiatement. J'ai, en ce moment, plusieurs ouvrages en vue,

Le premier (et celui dont je vais m'occuper sans délai) est la traduction en vers du Roi Lear, de Shakespare, qui m'a été confiée par Jules Clarctie, directeur de la Comédie francaise, Ce drame sera joué en France, pendant l'exposition de Paris, en 1899. Le principal rôle sera tenu par M. Mounet- Sully, avec qui j'ai eu plusieurs entrevues au sujet de cette pièce.

—Est-il vrai que nous pouvons compter sur la visite de Jittérateurs français distingués ?

—QOui, M. François Coppée, le poète si connu, se propose de venir à Montréal vers le mois de mai ou juin, et dedonner deux conférences en cette ville, une autre à Québec ct une autre à Ottawa. M. Jules Claretie eût beaucoup désiré venir

visiter notre pays, mais ses nombreuses occupations de directeur de la Comédie-Française l’empéchent de donner suite à son projet.

Ce qui prouve que M. Fréchette lu faisait à l'oseille au reporter de la Patrie, c’est que M. Mounet-Sully n’a pas plus utilisé, durant l’exposition de 1889, la traduction du lauréat que les vers de mes Québecquoises ; c’est que M. François Coppée, qui à dû, au dire de l’auteur de Jean Sauriol, quitter la France pour le Canada, il y aura bientôt sept ans, n'a pas encore été signalé à la Pointe-au-Père.

Et puis l’idée d’une traduction en vers par M. Fréchette du Roi Lear, que Guiïzotet Francçoïs Hugo,

aidé par son père, ont à peine réussi à mettre en prose française—tant Shakespeare cest difficile à traduire—est un comble qui dépasse tous les combles.

Traduire Shakespeare, dit Victor Hugo, le traduire réellement, le traduire avec confiance, le traduire en s’abandonnant à lui, le traduire avec la simplicité honnôte et fière de l'enthousiasme, pe rien éluder, ne rien omettre, ne rien amortir, ne rien cacher, ne pas lui mettre de voile là où il est nu, ne pas lui mettre de masque là où il cst sincère, ne pas lui prendre sa peau pour mentir dessous, letraduire sans recourir à la périphrase, cette restriction mentale, le traduire sans complaisance puriste pour la France ou puritaine pour l'Angleterre, dire la vérité, rien que la vérité, le traduire comme on témoigne, ne point le trahir, l’introduire à Paris de plain-pied, ne pas prendre de précautions insolentes pour ce génie, proposer à la moyenne des intelligences, qui a la prétention de s'appeler le goût, l’acceptation de ce géant, le voilà! en voulez-vous ? ne pas crier gare, ne pas être honteux du grand homme, l’avouer, l'afficher, le proclamer, le pro-

mulger, étre sa chair ct scs os, prendre son empreinte, mouler sa forme, penser sa pensée, parler sa parole, répercuter Shakespeare de l'anglais en français, quelte entreprise !

Shakespeare cst un des poètes qui sc défendent le plus contre le traducteur.

La vieille violence faite à Protée symbolise Peflfort des traducteurs. Saisir le génie, rude besogne. Shakespeare résiste, il faut l’Ctreindre; Shakespeare échappe, il faut le poursuivre.

Il échappe par l'idée, il échappe par l'expression...

Shakespeare échappe au traducteur par le style, il échapze aussi par la langue. L'anglais se dérobe le plus qu'il peut au français. Les deux idiomes sont composés en sens inverse. Leur pôle n'est pas Le même ; l'anglais est saxon, je français est latin.

Shakespeare résiste par le style ; Shakespeare résiste par la langue. Est-ce là tout ? non. Il résiste par le sens métaphysique; il résiste par le sens historique; il résiste par le sens légendaire.

Je pourrais multiplier à l'infini les citations de réclames aussi retentissantes et mensongères que celles que j’ai transcrites avant de citer Victor Hugo.

Je crois, cependant, en avoir fait assez voir pour établir de Ja manière la plus irréfragable que ce n’est pas le mérite littéraire de M. Fréchette qui lui a valu la réputation dont il a joui si longtemps, mais que cette réputation a été le résultat d’une claque aussi tapageuse que constante, qu’il a lui-même entretenue, comme d’un concours de circonstances que seuls les audacieux sans vergogne se sentent le triste courage d’exploiter.

Je ne puis, malgré tout, terminer cet article sans reproduire de la Putrie les lignes suivantes, écrites au moment où la Légende d'un Peuple venait d’être publiée à Paris :

Nous empruntons à uneentrevue publiée dans le Nicoletuin les renseignements suivants sur 16 mouvement littéraire en France.

C’est M. L. Fréchette qui parle.

D. Avez-vous soumis votre nouveau volume à l’Académie ?

R. Oui. Ce n'était point d'abord mon intention. Ayant déjà obtenu un prix pour un de mes ouvrages, je craignais que cela ne fit du tort à celui-ci ; mes amis académiciens m'ont engagé à le présenter quand même ; il en sera ce qu’il pourra.

Il est donc prouvé par les paroles de M. Fréchette lui-:même—au reste, la chose était connue—que la Légende d'un Peuple a été soumise à l’Académie française. Or, comme cet ouvrage n’a pas été couronné, il s’ensuit donc, comme je lai toujours prétendu, que les Fleurs boréales ne l’ont pas été pour leur valeurpoétique, mais pour des raisons tout

à fait étrangères à la littérature.

En effet, comment pourrait-on autrement expliquer que la Légende d’un Peuple—qui est l’œuvre d’un homme mûr—aurait eu moins de succès à l’Académie que les Fleurs boréales, dont les trois quarts des pièces ont été écrites alors que M. Fréchette était encore un tout jeune homme.

En tout cas, ce nest toujours point parce que

M. Fréchette avait déjà obtenu un prix Montyon pour son premier volume qu’on lui en a refusé un pour son second, puisqu'il est certain que ce sont toujours les mêmes auteurs que l’Académie couronne, — <omme le prouve un des meilleurs amis du lauréat, le grand Larousse, qui, après avoir donné la nomenclature des personnes couronnées, de 1805 à 1874, ajoute ce qui suit :

Il y a en tout vingt noms pour soixante concours, les mêmes lauréats ayant été couronnés à plusieurs reprises, et pas uu nom de grand pote.

Il est donc de la dernière évidence que M.

Fréchette, à eon retour d'Europe, blaguait autant les gens du Micoletain que ceux de la Patrie.

Et ce qui est aussi évident, c’est que M. Xavier Marmier, qui, par courtoisie envers les Canadiens, avait fait donner un prix académique à l’un des nôtres pour un volume qu'il n'avait peut-être pas ouvert, n’a pu en faire accorder un pour la Légende

- dun Peuple, qui, elle, a été ouverte et appréciée comme elle devait l’être.

Maintenant, si vous voulez savoir ce que pense le grand critique Jules Lemaître des prix que l’Académie française distribue chaque année, lisez ce qu’il en dit dans ses Contemporains :

L'Académie ‘est une institution radicalement immorale,

puisqu'elle n’ajoute rien au vrai mérite et qu’elle en donne les apparences à l'intrigue ou à la médiocrité...

308 LE LAUR ÉAT

Quelle cuisterie insupportable de vouloir que l’art et la littérature continuent à relever d’une sorte de tribunal revéta d’un caractere officiel let quel enfantillage que ces distributions de prix, ce prolongement du collège qui assimile pour toute la vie Les littérateurs à des écoliers !

Larousse est encore moins flatteur :

La liste des lauréats de l’Académie, depui; deux siècles, devrait être le livre d’or des poètes français et toute composée de noms rayonnants de gloire: ce sont des inconnus ou des écrivains de la plus honnête médiocrité.

Les poèmes couronnés devraient représenter comme l'essence du génie français : la plupart sont de pitoyables déclamations en style fané, usé, vieillot.

Sans doute, ce que je viens de citer fait bien voir l’inexprimable ridicule dont s’est couvert M. Fréchette en posant au grand homme parce qu’il avait obtenu un prix Montyon, un prix d’écolier, et pourtant ce n’est qu’une fleur au prix de ce que l’on

verra dans mon prochain et dernier article.

En attendant, qu’on n’oublie pas que je me suis engagé à prouver que le lauréat n’a recu de lAcadémie ni un premier, ni un deuxième, ni même un dernier prix de poésie.

Le jour où l’auteur des Fleurs boréales faisait dire à la Patrie qu’il avait remporté le premier prix de poésie décerné par l’Académie française, il devait, grisé par la superbe inhérente anx médiocrités, avoir complètement perdu la tête : et ce que Ferdinand Brunetière, un des quarante immortels, dit dans la Grande Encyclopédie du XIXème Siècle va prouver tout de suite que le démenti que j'ai opposé à la vantardise de M. Fréchette était mille fois justiiable.

Après le Dictionnaire, dit Bru netière, l’une des principales OCcupations de l’Académie française est le jugement de ses nombreux concours ct la distribution de ses prix. Elle n’en à pas actuellement moins de vingt-trois à décerner chaque année, dont dix-sept sont des prix littéraires et six par conséquent des prix dits de vertu. Le Prix d'éloquence, fondé par Balzac, et le prit de poésie, dont les fonds, après avoir été faits abord par les académiciens eux-mêmes, l’ont été longtemps par une fondation qui remontait à M.de Clermont-Tonnerre, évêque de Noyon, membre de l’Académie française, ct le sont aujourd’hui par le budget, sont les seuls qui soient mis &u concours, À proprement parler, c’est-à-dire, les seuls dont & sujet soit donné par l'Académie.

Donc, M. Fréchette, n’ayant fait que soumettre à l'Académie, sous le titre de Fleurs boréales et Oiseaux de Neige, des pièces qui avaient déjà paru dans les différents journaux du pays, dans Mes Loisirs et Pêle-Mêle, n’a pas pris part à un concours dont le sujet était imposé par les immortels, et conséquemment n’a obtenu ni un premier ni un dernier prix de poésie, mais simplement un prix de vertu.

Au demeurant, M. Fréchette, en 1880, ne cherchait pas, non plus, à décrocher autre chose qu’un prix de vertu, témoin la correction qu’il fit —avant de soumettre ses Fleurs boréales à l’Académie, —àù l’une des strophes de Reminiscor, pièce qu’il avait adressée de Chicago à son ami Alphonse Lusignan, et dans laquelle on lisait les vers suivants :

Tout était pour nous sujet d’amusettes.

Sans le sou parfois, mais toujours contents, Nous suivions aussi le pas des grisetles..…

Le poète national, croyant que Académie seseandaliserait de ces grisettes-là, avait mis dans.

Reminiscor la variante que voici :

Tout était pour nous sujet d’amusettes.

Sans le sou parfois, mais toujours contents,

Nous suivions aussi le pas des fillelles.

Maïs ce qui est plus drôle que cela c’est que- M. Fréchette, une fois son prix de vertu dans sa

LES VOIX D'OUTRE-MER 911 poche, fit un pied de nez aux immortels et réinstalla les grisettes dans une édition subséquente, publiée en 1886,—-par pur amour pour la rime riche, comme de

‘aison.

D'ailleurs, on n’a qu’à ouvrir Larousse pour savoir quelle sorte de prix les Fleurs Loréules ont valu à leur auteur,

Parlant de quelques écrivains canadiens dans son suppplément, le grand encyclopédiste dit de M. Fréchette :

L'Académie française lui accorda! én 183), un prix de 2,500 francs sur la fondation Montyon, bien qu'il soit de règle qu'un Français seul puisse concourir pour ce prix.

Tous les littérateurs du pays savent. que c’est M. Xavier Marmier qui fit faire à l’Académie cette exception en faveur de M. Fréchette pour témoigner sa sympathie aux Canadiens, qui ne lui avaient pas imarchandé la leur lors de son passage au pays, pour reconnaître les efforts qu’ils ont déployés cn voulant conserver leur langue sous le régime britannique, et, enfin, pour resserrer les liens qui unissent la France et le Canada.

À propos, voici ce que le Bon Combat disait dans sou numéro du 1er mai de l’année dernière :

Nous prétendons que le couronnement de M. Fréchette par

l’Académie française est surtout une gracieuseté pour les Canadiens qui ont conservé leur langue parmi les Anglais.

A cela M. Fréchette, ne pouvant alors prévoir que quelqu'un viendrait; un jour, faire connaître la véritable valeur d’un prix Montyon, répondit, avec Vimperturbable aplomb qu’on lui connaît, par les lignes ci-dessous :

Quant à mes vers, il est entendn que si l'Académie les a couronnés c'est qu'elle n'a pas hésité à sacrificr sa réputation pour faire plaisir aux Canayens,—une drôle d'idée tout de méme que de vouloir récompenser tout un peuple avec un prix d'enfant, tellement ridicule qu’on ne l'offrirait pas à un poète de troisième ordre, un prix tellement insignitiant que c'en est une pitié:

M. Fréchette laisse entendre que, pour faire une gracieuseté à un petit peuple, il faut plus qu'un prix de vertu.

Pourtant la valeur d'un présent est dans la manière dont il est fait—une simple fleurette peut parfois valoir un bijou,—ct il est évident que ce n’est pas tant un des prix Montyon en lui-même qui devait honorer les Canadiens que lexception faite par l’Académie en faveur de l’un des nôtres, qui, comme étranger, ne pouvait prétendre à l’un de ces prix.

Et puis, comment l Académie pouvait-elle sacrifier sa réputation en donnant à M. Fréchette un prix que, depuis un temps immémorial, elle décerne aux jeunes gens, à titre d'ercouragement ?

La prouve étant faite que l’auteur des Fleurs

boréales n’a eu qu’un des prix Montyon, voyons maintenant ce que Larousse dit de ces prix :

Prir Montyon. L'Académie a scindé en un grand nombre de prix la rente laissée par le célèbre philantrope à sa disposition pour qu'elle pût récompenser l'ouvrage le plus utile aux mœurs. En réunissant les intérôts arriérés ct les sommes provenant de prix non distribués les années précédentes, l’Académie décerne ordinairement trois, quatre ou cinq prix de 2000 à 2,500 francs, et de deux à cinq médailles de 1,500 francs à des ouvrages très divers. On voit figurer ensemble, parmi les ouvrages couronnés, des traités d’économie-politique, des études littéraires et même des biographies d'artistes,

Comme on voit, le couronnement d’un volume de

poésie dans la catégorie des ouvrages que Larousse mentionne n’a pas une bien haute portée littéraire.

Mais, puisque M. Fréchette s’est efforcé, par un trait ironique ct plus ou moins spirituel de dépister ceux qui scraient tentés de croire au peu d’importance d'un prix Montyon, je vais lui montrer qu’il a encore manqué là son coup, et cela, en publiant un passage d’une lettre queje reçois à l’instant du grand écrivain français, M. Edmond Biré, que les lecteurs du Courrier connaissent depuis longtemps, et à qui j'avais demandé quelle signification élogieuse il fallait voir dans le couronnement d’un livre par l'Académie française.

Tous les ans, dit M. Biré, l’Académie couronne une trentaine de volumes, et dans Le nombre il y en a toujours une bonne moitié qui sont parfaitement médiocres. Cela res-

semble un peu trop à ces distributions de prix des pensionnats de demoiselles, où, pour contenter tous les parents et achalander la maison, on donne des prix et acccssits à toutes les petites filles.

Bien que le prix décerné à M. Fréchette soit, selon M. Biré, quelque chose comme un prix de petite fille, le Polybiblion, revue bibliographique qui fait autorité en France, laissait entendre, dans son numéro de juin 1881, que le poète canadien n'avait. pas même mérité un tel prix.

S’il est une chose pour laquelle il soit convenable de manifester du respect, disait le Polybiblion, c'est le jugement de l’Académie, quoiqu'elle se trouve drop suuvent porlée à récompenser dans un auteur sans talent de bonnes intentions morules.

En couronnant le poète canadien, auteur des leurs boréales, elle a été guidée non seulement par l’honnèteté du livre, mais encore par sa provenance transatlantique.

Peut-on d’une manière plus polie dire à un homme qu'il n’a pas de talent et que son volume aurait été jeté au panier si M. Fréchette eût été un Français de là-bas ?

Peut-être aurivns-nous préféré rencontrer un talent plus personnel, plus original, plus canadien. Ainsi, M. Fréchette chante la découverte du Mississipi, la majesté des grands fleuves, le Saint-Laurent s’écroulant dans l’abîme gigantesque du Niagara. Ce sont des paysages cent fois plus grandioses que ceux du vieux monde; mais nous ne trouvons pas que le poète rende assez cette différence d'impression, ni que les tableaux se dessinent avec ln précision exotique qu'a mise, par exemple, l’auteur des Poèmes barbares dans ses paysages de l’île Bourbon. : Si le côté descriptif est faite, le côté idéaliste ne l’est pas moins.

Malgré quelques belles strophes ça et 1à, nous ne trouvons point cette large conception de la nature et de ses rapports avec l’homme qui se recontre chez certains poètes, comme M. de Laprade, et donne à leur œuvre une beauté d'ordre supérieur et une véritable portée philosophique. Trop volontiers M. Fréchette se contente d'impressions toutes failes ct rend plutôt l'émotion du voyageur vulgaire que du poète voyant et sentant autrement que ln foule.

C’est M. X. Marmier, qui, croyons-nous, en sa qualité de voyageur, a découvert la poésie canadienne et s'est fait le patron de M. Fréchette.

L'Académie a décerné pour la première fois un deses prix à une œuvre écrite en langue française par un sujet étranger.

lle a jugé que l’auteur appartenait à notre race et saisi cette occasion d'aflirmer l'unité d’origine et de resserrer l'amitié de la France et du Canada,

Tout cela confirme en tout point ce que j'ai toujours prétendu, que M. Fréchette n’a aucune originalité, qu’il n’est qu'un vulgaire versificateur, qu’il se contente d’impressions toutes faites, et qu’il n’aurait jamais été couronné par l’Académie si M. X. Marmicr n’eût pas été son patron et n’eût pas fait saisir par les immortels l'occasion d'affirmer l'unité d’origine et de resserrer l'amitié de la France et du Canada.

Et puis, qu’aurait dit l'éerivain du Polybiblion si, comme nous, il eût étudié minutieusement l’œuvre du lauréat, s’il eût découvert que les trois quarts et demi de ses vers sont de grossières imitations, quand ce ne sont pas des vols ?

M. Paul Féval, le grand romancier, n’a pas été

beaucoup plus tendre pour M. Fréchette, coinme en fait foi cet extrait d’une lettre adressée à un ami de l'honorable M. J. Tassé et publiée dans la Hinerre du 25 juillet 1881, à propos du vol de la Bastide rouge :

Ab ! saperlotte ! Cet infortuné de M. Fréchette, il a sautpérillensé ! ! J'en suis bien marri pour lui. C’était un joli talent, mais pas bien gros, où il y a la même différence entre

lui et notre vieux sauvage d'Hugo qu'entre l'incendie de Paris et l'incendie d’une botte d’allumettes.

Sans doute, il serait oiseux d'ajouter d’autres preuves à l'appui de ce que je soutiens depuis bientôt cinq mois.

Cependant, comme il existe peut-être encore des fanatiques qui persistent à voir en M. Fréchete un grand écrivain, je vais leur mettre sons les yeux ce que l’un de ses meilleurs amis, le poète et critique parisien, Charles Fuster, a dit, dans ses Poètes du Clocher, de la Légende d’un Peuple et de son auteur :

M. Louis Fréchette est, dit Fuster, sinon le premier, du moins le plus connu des écrivains canadiens...

Notre auteur appartient à cette race robuste en qui la vigueur anglo-saxonne complète la vivacité gauloise. Epaules carrées, teint frais, cheveux blonds, regards francs, lunettes d’or, démarche aisée, voix forte, —tel apparaît l’auteur de la Légende d'un Peuple... sonne serssonessessssee

Et tel je l’ai vu, tel je l’aime, car on n’a, en le regardant, en lui parlant, ni désillusion, ni mécompte : cet homme-là ne diminue pas son œuvre.

Après avoir fait une longue analyse de la Légende d'un Peuple, en avoir reproduit quelques fragments qu’il a été obligé, comme on a vu, de corriger pour ses citations, Charles Fuster ajoute :

"Je ne suis pas un pédant, ct sernis désolé d’en devenir un. Je ne m'attarderai donc point aux remarques de détail, aux observations de style, aux chicanes superficielles. Le livre de M. Fréchette a ses défauts. Quelques passages sont emphatiques ; la plupart rappellent trop, par leurs périodes oratoires el leurs beaux vers coulés en un moule uniforme, la manière et le procédé de Victor Hugo.

Certes ! je crois bien que la plupart des vers de M. Fréchette sont coulés en un moule uniforme et rappellent trop la manière et le procédé de Victor Hugo: j'en ai fait voir un grand nombre qui avaient été volés tout entiers dans les meilleures pièces du maître, et l’on n’aurait, sans doute, qu’à chercher pour en trouver bien d’autres.

Je l'ai déjà dit, continue M. Fuster, certains épisodes absolument remarquables ont été négligés par notre poète ; il les reprendra plus tard, sans doute, et, pour un volume acheté, l'ouvrage lui-même n’est pas fini.

L'ouvrage du lauréat est tellement fini pour lui, il lui cest si peu possible de reprendre les épisodes qui, selon Fuster, ont été négligés, que depuis que l’auteur des Poètes du Clocher a écrit les lignes ci-dessus, M. Fréchette a fait paraître une nouvelle édition de la Légende d’un Peuple et qu’il n’y a fait aucune correction. :

Je ne voudrais pas mettre en pratique l’histoire du pavé de l’ours. Prétendre que M. Fréchette a surpassé Hugo, Lamartine, Leconte de Lisle, Laprade où même Brizeux, ce serait exagérer.

Ce serait tellement exagérer que Charles Fuster n’a fait cette réflexion si pleine d’ironie que pour faire rire ses confrères parisiens ct s’en faire pardonner les quelques petits éloges qu’il adresse à M. Fréchette.

Je le reconnais, notre auteurs’est vu servi à souhait par un sujet exceptionnel, un ensemble d'actions intrépides, de mots héroïques, de sentiments qui nous étonnent, d'exemples qui nous relèvent. Des éléments pareils, assemblés par quelque artiste que ce soit, formeront toujours une œuvre intéressante, sinon parfaite, ct saisissante en sa nudité.

Effectivement, M. Fréchette avait un sujet exceptionnellement propre à être traité en vers,— l’histoire du Canada,—et cependant tout ce qu’il en a tiré est une nudité qui, pour sûr, est très saisissante,

Je ne sacre donc pas M. Fréchette grand écrivain; je ne vois en lui, jusqu'à l'heure présente, qu'un lettré de talent, (remarquez bien, un lettré, pas un littérateur) un historien évocateur, un patriote amoureux des blessure de sa patrie.

I] ne peut donc y avoir ici qu’un avis : toutes ces réflexions dans la bouche d’un écrivain qui veut du bien à M. Fréchette, que l’amitié tout naturellement porte à l’indulgence, constituent un éreintement en règle.

- D'ailleurs, est-il besoin des appréciations du Polybiblion ou de Charles Fuster pour ércinter M. Fréchette!

Il suffit d’avoir vu ce qui a été révélé dans les précédents articles pour savoir qu'il ne peut plus être question de lui comme écrivain.

Comme tel, il est mort, bien mort, et ii n’y a qu'une voix parmi les hommes bien pensants pour le reconnaître.

T1 cest mort, et nul ne pourra jamais l’exhumer de l'hypogée littéraire où il est enfoui avec tous ses plagiats, toutes ses incpties, toutes ses platitudes et toutes ses réclames de charlatan.

* Il est mort, ct pas un de ses anciens admirateurs n'aura le courage d’essayer à réhabiliter sa mémoire. Il est mort, et quelques-uns des rares amis qui lui sont restés fidèles jusqu’à son parfait enfouissement, wayant pu le défendre, ct pour cause, prétendent maintenant—le croirait-on ?—que j’ai accompli une œuvre antipatriotique en faisant la critique de l’œuvre An lauréat ?

. Mais M. Fréchette, lui-même, est-il un patriote ! : Et qu'est-ce donc que le patriotisme ? Le patriotisme, il me semble, est le culte qu’un citoyen professe pour son pays, pour le sol où reposent les cendres de ses pères, pour tout ce qu’il y a de

graud, de noble et de pur dans les annales et les souvenirs de sa race.

Le patriotisme ! c’est ce sentiment qui fait que le voyageur ne voit, dans ses courses lointaines, rien qui séduise son regard et parle à son âme comme les lieux—-bien humbles quelquefois—où il a grandi, où il a appris à prier, à travailler, à remplir les devoirs qu'impose à chacun la destinée humaine.

C’est cette flamme dont brûle le cœur de tout homme qui, soit dans les travaux des champs, soit dans le domaine des lettres et des arts, soit dans l’œuvre de la religion, cherche toujours à accomplir, pour se rendre utile à ses compatriotes et aider à la marche civilisatrice de son époque, la plus grande somme (efforts consciencieux ct d’exemples édifiants.

C’est ce souffle tout-puissant qui, à un certain: moment, soulève tout à coup un inconnu d’hier pour en faire un héros de demaÿn, le pousse à tout sacrifier et à donner même sa vie pour le triomphe d’une idée ou l'honneur d’un drapeau.

Le patriotisme étant tout cela, et l’œuvre de M. Fréchette étant tout le contraire, je prétends, moi, qu’il y a patriotisme à le combattre.

Comment ! voilà un homme qui, toute sa vie, a vomi le fiei à pleine gorge sur tous ceux qui ne

LES VOIX D'OUTRE-MER 921 partageaicnt pas ses vues en littérature comme autrement, et je n'aurais pu, sous prétexte que l’amour-propre national allait en être blessé, retourner contre M. Fréchette les coups qu'il m’a portés à propos d'une discussion où je n'étais nullement en cause !

Comment ! voilà un homme qui, un jour, a dit à sa patrie : Non servi om ! et qui, une fois ses deux oreilles bien à l'abri des soufflets dans sa retraite de Chicago, « écrit les choses les plus révoltantes contre nos gloires les plus pures ; qui à applaudi au meurtre de Darey MeGce ; qui à qualifié de charogne les restes d’un de nos premiers hommes d'Etat ; qui a récemment accusé M. l'abbé Paquin de s'être vendu aux Anglais lors des évéuements de 1837 ;qui a écrit à M. Edgar une lettre dont ln teneur est un abominuble outrage lane£ à la face des Canadiensfrançais ct dos catholiques ; qui, depuis plusieurs semaines, déverse sa bave de plagiaire pris au collet sur le Père Lacasse ; et ce serait ne pas aimer son pays que de démontrer que ect homme—considéré par un certain public comme notre poète national— n'est qu'un plagiaire, un grimaud et un imposteur !

À part les abominations dont je viens de parler, l'auteur de la Légende d'un Peuple s’est rendu cou-

322 LE LAURÉAT pable envers son pays de torts aussi nombreux qu'irréparables.

Il est entré en Vandale dans le domaine de notre histoire, il y atout faussé, tout dénaturé, tout saccagé.

Il «, par son insignifiance ct ses plagiats, rapetissé nos héros, jeté le ridicule sur les actes les plus sublimes de courage et de dévouement dont s’honorce notre nationalité, troublé les sources où les poètes de l’avenir auraient pu puiser leurs inspirations pour chanter les gloires d’autrefois, faussé l'imagination et le goût des élèves de nos collèges à quila L'yerde d’un Peuple et les Feuilles volantes ont été données en prix, découragé ct immobilisé bien des talents

par ses succès immérités,

Et si, pour avoir eu le courage de répondre sous ma signature, visage découvert, à un homme dont la réputation d'écrivain était en apparence solidement assise ; si, pour ne m'être pas laissé écraser par un individu que M.Fréchette avait chargé de le défendre ; si, pour avoir arraché le masque derrière lequel le prétendu poète national cachait ses incroyables trucs, sa lourde insignifiance et sa colossale vanité ; si, pour avoir fait un exemple qui ne peut manquer de servir à notreavancement intellectuel, il me fallait toute ma vie entendre un groupe de fanatiques piailler sur mes talons, et m’exposer aux représailles que me promettent tout bas, à ce qu’on me dit,

quelques vengeurs aussi rampants qu’influents en certains quartiers, ch bien, j'ai assez de patriotisme, moi, pour subir patiemment ce qui pourrait m'arriver de fâcheux de ce côté-là, consolé et récompensé à l’avance par la satisfaction qu’éprouve tout écrivain qui à mis sa plume au service de la justice cet de la vérité.

A TS em mme DATE ES

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